Footballskitrip Balkans #12 – On a vécu le grand retour de Zvezda sur la scène européenne

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 7 octobre 2017

Pour tout amateur de football et de ses ambiances les plus folles, Crvena Zvezda n’est pas un nom inconnu. Champion d’Europe à Bari en 1991, la fameuse Etoile Rouge de Belgrade a l’occasion, dix ans après sa dernière qualification européenne, de retourner en Europa League. C’était clairement le match de l’année en Serbie, et Footballski y était.

6 juillet 2017 à Malte, Crvena Zvezda vient difficilement à bout du modeste Floriana, avec un poussif 3-3 après avoir emporté le match aller. Même les plus fervents supporters du club de la capitale ne peuvent alors imaginer qu’un mois et demi plus tard, les Rouge et Blanc allaient venir à bout d’un FK Krasnodar pourtant largement supérieur sur le papier. Sur le papier, l’affiche est alléchante. Les Russes ont remporté la première manche 3-2 mais les Serbes restent largement dans le coup, un succès peut les propulser en Europe. Une telle rencontre ne pouvait se faire sans Footballski sur place. Après avoir bourlingué en Macédoine, au Kosovo et au sud de la Serbie, nous voici désormais dans la capitale de la république serbe. Nous sommes loin de la taille humaine des villes traversées jusque-là. Belgrade, c’est gigantesque. Un Serbe sur six habite dans la capitale. Dès les premiers faubourgs, les graffitis des Delije et Grobari se succèdent, les deux groupes ultras des faux-frères de la capitale. Nous débarquons sous un soleil ardent avec nos valises en plein milieu de la ville, direction l’auberge qui nous servira de repère au cours de notre fin de séjour. En plein quartier bohémien, dans la rue Skadarlija, nous établissons notre QG et imprimons nos tickets pour le match du soir. Pour une fois, nous avons décidé de jouer la prudence. Quelques jours auparavant, nous avons contacté le service de presse de Zvezda pour obtenir une accréditation, et bien que nous ayons finalement reçu une réponse positive, nous avons préféré assurer le coup en prenant deux précieux sésames pour le choc, n’étant pas certains de pouvoir les retirer dans les temps. Après avoir avalé un gyros, nous voici déjà en route pour voir l’antre de Zvezda.

En ce mois d’août et cette période de retour de vacances, les embouteillages font loi dans la ville. Belgrade est en travaux et la place de la République n’en fait pas exception. Manque de chance, c’est ici que nous devons prendre notre bus pour le stade! Une petite demi-heure de recherche intensive d’un arrêt de bus, nous finissons par trouver notre bonheur et crapahutons pour la première fois dans les bus non-climatisés mais couvert par le wifi. Direction l’enceinte. Même si nous sommes en plein milieu de l’après-midi, de nombreux supporters sont déjà présents aux abords du stade, que ce soit pour acheter des billets pour le derby contre le Partizan le week-end suivant, ou pour s’acheter un bob Delije. Tout d’abord, récupérer nos accréditations. Nous nous dirigeons vers le service de presse, qui est tristement vide à quelques heures de coup d’envoi. Nous trouvons finalement un salarié du club qui nous envoi vers un poste de sécurité censé distribuer les accréditations restantes. La chance n’est décidément pas de notre côté puisque notre nom ne figure nulle part. On nous dit de repasser plus tard et l’on se dit qu’acheter des billets n’était finalement pas une mauvaise idée. Nous profitons de notre présence au stade Rajko Mitic pour faire un tour dans la boutique officielle du club et découvrir à notre grand dam que les prix sont les mêmes que dans le reste de l’Europe. La vue du stade à travers les grilles nous redonne le sourire. A quelques encablures de là, les fresques rouges et blanches des Delije autour du stade vont rapidement se transformer en noires et blanches des Grobari.

© Footballski

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Car à quelques minutes du stade de Zvezda se trouve le stade du Partizan, anciennement appelé JNA. Cette proximité entre les deux frères ennemis n’est pas la chose la plus sûre en matière de sécurité dans la capitale puisque les bagarres et attaques au couteau entre les groupes ultras sont légion, mais elle permet surtout aux amateurs de football de découvrir deux enceintes mythiques en moins de quinze minutes à pied. Dans la rue adjacente au JNA, on retrouve une charmante fresque indiquant que « le Kosovo est un territoire de la Sainte Serbie. » Mais on voit surtout au loin les projecteurs de l’enceinte du Partizan qui menacent de s’écrouler. Loin d’être un exemple de modernité, le stade Rajko Mitic fait beaucoup plus neuf à côté du stade du Partizan qui, hormis une façade en verre du sponsor principal, offre un beau spectacle de rouille en suspension. Autour de cette enceinte, on peut imaginer les générations qui se sont succédées avec les couleurs noires et blanches. Au loin des bruits de tirs retentissent. Pas de panique, il s’agit du club de tir situé dans les souterrains du stade. Nous ne saurons jamais si les cibles sont aux couleurs du club ennemi. L’heure avance rapidement, avant de profiter de la chaude ambiance de Zvezda, nous rentrons à l’hôtel en express avant de repartir dans la foulée direction le stade.

© Footballski

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Déjà un peu émoussé par les nombreux kilomètres parcourus au cours du voyage, nous décidons de nous rendre au stade en taxi. La solution de facilité bien évidemment, mais qui nous déposera au bord de la rocade car l’accès au stade est bloqué. Pour rejoindre le Rajko Mitic, nous nous mêlons aux nombreux supporters qui sont en route. La présence policière est déjà impressionnante à deux heures du coup d’envoi. Aucun maillot du FK Krasnodar à l’horizon, mais quelques tee-shirts représentant l’amitié serbo-russe un peu partout. Arrivés devant l’enceinte, il nous faut en faire le tour en passant notamment à proximité du secteur des Delije. Les policiers ont beau inspirer confiance, on se dit en voyant certains ultras que ceux-ci ne sont pas venus pour rigoler et n’hésiteront pas un instant à en découdre si besoin est. Il est vrai que le supporter de Zvezda est un poil tatillon avec le Français, surtout quand celui-ci est supporter de Bordeaux, qui a sorti Zvezda en barrages d’Europa League il y a quelques années (quatre ans quand même).

Désespérément à la recherche de notre accréditation, nous tombons sur deux hôtesses nous annonçant qu’il faudra encore attendre pour les recevoir. Prenant notre mal en patience en dégustant quelques graines de courge grillées pour essayer de nous fondre tant bien que mal dans le paysage local, nous voyons finalement arriver le responsable de presse de Crvena Zvezda qui nous donne nos deux tickets en tribune de presse. Une tribune de presse qui sera au final une tribune comme une autre puisque les trois-quarts des spectateurs y sont des VIP qui n’ont pas du trouver de place dans la tribune. Nous sommes loin des standards de la Dinamo Arena de l’année passée. Ici, pas de wifi, des tables en bois et des prises électriques qui n’inspirent pas la confiance. Le stade est quant à lui déjà bien garni. Les Delije se chauffent la voix et nous donnent un premier aperçu de ce qui nous attendra dans la soirée. Le groupe ultra possède d’ailleurs sa propre boutique au sein du stade, à quelques mètres de celle du club. Vous avez ainsi la possibilité d’acheter un sweat représentant un mec brandissant une belle barre de fer, ou bien de revendiquer fièrement votre amour pour « le Kosovo c’est la Serbie » avec un beau tee shirt.

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Situé en pleine ville, le stade Rajko Mitic nous offre une belle vue sur la basilique Saint Sava, qui devra veiller sur les onze joueurs de Zvezda ce soir. Sur le terrain, nous remarquons qu’un seul côté du terrain est préparé pour l’échauffement. Ce sont les Russes de Krasnodar qui sortent les premiers sur la pelouse sous une pluie de sifflets et quelques pétards pour mettre d’entrée la pression. Ce seront finalement les seuls à s’échauffer, avec les pauvres arbitres, qui se demandent ce qu’ils sont venus faire à Belgrade ce soir. En effet Milojevic a tenté un énorme coup de poker en décidant que ses joueurs n’iront pas s’échauffer sur la pelouse avant le coup d’envoi afin de mettre encore plus de pression sur les épaules des Russes. Génie si ça marche, ennemi numéro un si ça ne passe pas. Il est 20h55 à Belgrade, l’heure des braves, l’heure pour Zvezda de retrouver l’Europe après tant d’années de disette. Pour l’occasion, les Delije ont sorti le grand jeu avec un tifo grandiose représentant les deux aigles, russe et serbe.

Au niveau des compositions, c’est du grand classique des deux côtés. On note toutefois l’absence de Damien Le Tallec, suspendu pour l’occasion. La pelouse n’est pas de très grande qualité. La sécheresse régnant sur Belgrade n’a pas rendu la tâche facile aux jardiniers. Malgré cela, ce sont bien les Serbes qui montrent d’entrée que Krasnodar devra se battre pour obtenir sa qualification. L’ambiance est grandiose, le stade est déjà debout.Certainement la plus belle ambiance que nous vivrons dans un stade de football. Celle-ci monte d’ailleurs encore d’un cran dès la huitième minute de jeu, Radonjic délivrant toute la passion du Rajko Mitic en reprenant une volée étonnante, qui rebondit sur le sol, lobe Krytsyuk et finit en pleine lucarne. Krasnodar est étouffé et n’existe pas sur le terrain. Méconnaissables par rapport à leur niveau habituel, les Russes sont surtout gênés par des milieux de Zvezda complémentaires qui coupent très vite les transmissions. Smolov, de retour de blessure, est fantomatique et n’est quasiment jamais trouvé par ses coéquipiers. Les Bykys frisent même la correctionnelle juste avant la pause puisque sur une contre-attaque d’école, l’avant-centre de Zvezda touche le montant.

C’est la pause, l’heure pour la tribune de presse de se rafraîchir et de se délecter du sublime buffet mis en place par la direction pour l’événement. Doux euphémisme puisque nous ne trouverons que des verres d’eau au bar. Nous avons juste le temps de retrouver nos sièges que la seconde mi-temps débute. Et le show Kanga également. Dès le coup d’envoi, ce dernier reçoit la balle aux vingt mètres et balance une mine en pleine lucarne! On était pas prêt pour ça, le journaliste devant nous est au bord des larmes et l’ancien joueur de Rostov prend son temps pour faire le tour du stade en mettant son maillot en étendard. Zvezda vient tout juste de trouver son nouveau Dieu. Le but de la saison vient d’être inscrit par les Crveno beli, la tactique d’intimidation d’avant match semble avoir marché, Krasnodar se fait littéralement bouffer. Les 50 720 spectateurs sont aux anges, les chants continuent, les « UEFA MAFIA, KOSOVO JE SRBIJA » retentissent au cours des dernières minutes. Les derniers instants sont intenables, Krasnodar obtient, totalement contre le cours du jeu, un pénalty à la 81ème minute et réduit le score par Granqvist. Toujours insuffisant puisqu’il faut égaliser pour se qualifier. C’est alors que Zvezda change totalement de tactique et se met à balancer de longs ballons devant. Même les ramasseurs de balle mettent la main à la pâte en prenant cinq minutes pour donner les ballons. Les Russes peuvent se mordre les doigts, surtout quand Borjan repousse à bout portant une tête sur un dernier coup-franc. Les six minutes de temps additionnel sont un véritable spectacle dans les tribunes, les pyros, pourtant absents jusque-là, font leur apparition et accompagnent les trois coups de sifflet final de l’arbitre.

Crvena Zvezda vient de gagner l’un des matchs les plus importants de son histoire récente. Tout un peuple est aux anges. De nombreux supporters sont en larmes, on a tous du mal à réaliser sur le coup. Le tour d’honneur effectué, les joueurs regagnent les vestiaires afin de fêter dignement cette qualification historique. De notre côté, nous quittons tranquillement le stade, des souvenirs gravés à jamais. Pour moi-même, supporter de Bordeaux, c’est également l’assurance de ne plus avoir aucune remarque sur mon club qui avait éliminé l’Etoile Rouge en 2013. Du moins durant une petite heure, jusqu’à ce que le vendeur de saucisses du quartier nous rappelle cette fameuse élimination.

Antoine Jarrige


Image à la Une © Footballski

Footballskitrip Balkans #12 – On a vécu le grand retour de Zvezda sur la scène européenne
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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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