Le FC Zestafoni, étoile filante géorgienne, disparaît

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 4 mai 2015

Le 11 avril dernier, Zestafoni (prononcer ZestaPoni) perdait 4-0 à Poti face au Kholketi. On ne le savait pas encore mais il s’agissait du dernier match de l’histoire du club en Umaglesi Liga car le 19 avril, l’équipe ne s’est pas présentée face au Dila Gori. Le club, double champion de Géorgie n’est pas de ceux que l’on regrettera longtemps: il n’a que peu de passé et fût avant tout une affaire d’argent. Retour sur une histoire qui ne l’aura jamais vu terminer au-delà de la cinquième place en championnat.

Le FC Zestafoni a disputé sans le savoir son dernier match en coupe d'Europe

Le FC Zestafoni a disputé sans le savoir son dernier match en coupe d’Europe

 

Une longue histoire avec le football

La ville de Zestafoni se situe au centre du pays et compte actuellement environ 75 000 âmes et on y évoque la pratique du football depuis le début du siècle dernier. Cependant c’est en 1937 que celui-ci y débarque officiellement avec la création du FK Metalurgi Zestafoni dont le nom évoque la métallurgie (comme souvent dans l’ancienne Union Soviétique). La ville est en effet réputée pour ses réserves de manganèses, qui seront notamment exploitées dans l’usine métallurgique dont seront issus les premiers footballeurs locaux. Ces derniers vont assez vite participer au tournoi annuel métallurgique avec une première finale dès 1938 (battus par « Faucille et Marteau »). Le club sera ainsi abonné aux deuxièmes places: trois dans le championnat régional de Géorgie, en plus des trois défaites en finale de Coupe de Géorgie. Le club va donc vivre dans l’ombre des grands du pays, bien loin des exploits européens du Dinamo Tbilissi. Zestafoni se contente de former quelques joueurs qui rejoindront notamment le Dinamo et n’écrit qu’une seule ligne à son palmarès, la Coupe de Géorgie 1962.

A l’indépendance, l’équipe est remplacée par le Margveti Zestafoni (qui était le nom d’une des autres équipes de la ville au début du XXe siècle) qui va arracher sa montée dès la première saison et connaîtra au mieux une deuxième place en 1996 derrière l’intouchable Dinamo (vainqueur des 10 championnats disputés dans les années 1990) avant de disparaître deux ans plus tard financièrement et de se voir remplacer par un « nouveau » Metalurgi Zestafoni, qui ne passera que deux ans en Umaglesi Liga avant de trépasser à son tour en 2004 pour les mêmes raisons que le Margveti.

 

L’arrivée de l’homme providentiel

La ville de Zestafoni renferme 6% des réserves mondiales de Manganèse et l’actionnariat de l’entreprise locale « AO Ferro » décide d’investir dans le club via son président Ilya Kokuya, qui devient alors le président du club nouvellement créé, le FC Zestafoni. Grâce à l’argent des nouveaux mécènes, le club peut commencer directement en première division en 2004 et entreprend des travaux pour mettre le stade David Abashidze (du nom d’un acteur soviétique qui a grandement soutenu le football dans la vie) est même rénové pour être mis au standards européens.

Le fameux David Abashidze

Le fameux David Abashidze

Si les trois premières saisons se terminent entre quatrième et cinquième place, le club atteint trois fois successives la finale de coupe, perdant face au Lokomotiv puis deux fois face au disparu Ameri Tbilissi. C’est face à cette même équipe que le FC Zestafoni remporte en 2008 son premier titre en coupe et termine pour la première fois sur le podium du championnat avec une troisième place. Le club découvre la coupe d’Europe cette même année mais ne passe pas le premier tour de l’Intertoto, défait face au Tobol Kostanay (Kazakhstan). L’histoire est désormais en marche et ils ne rateront la coupe d’Europe qu’une seule fois jusqu’à aujourd’hui. Trois présences consécutives en Europa League pour trois victoires, dont une face au Dukla Banska Bystrica (Slovaquie), et autant de défaites. Cela nous amène en 2011, l’année du titre tant attendu, remporté devant le Dinamo Tbilissi. La saison suivante le club remportera son second et dernier titre au goal-average devant le Torpedo. Les meilleurs buteurs du club s’appellent alors Nikoloz Gelashvili (passé ensuite par Bochum), Rati Tsinamdzgvrishvili et Jaba Dvali (aujourd’hui au Dacia Chișinău en Moldavie). En Ligue des Champions, le club ne fait pas que de la figuration et va éliminer ce même Dacia avant de tomber pour un but face au Sturm Graz et de perdre en Play-offs de l’Europa League face à Bruges (après un bon 3-3 à l’aller). L’année suivante, c’est le Neftchi Bakou qui va annihiler pour toujours les rêves européens du nouveau riche géorgien. Ce dernier terminera en effet sa saison à une modeste cinquième place en championnat, le pire classement de sa courte histoire.

Jaba Dvali, buteur emblématique du club

Jaba Dvali, buteur emblématique du club

La fin du rêve

La saison 2013/2014 marque un bref renouveau avec une deuxième place arrachée derrière le Dinamo Tbilissi, de retour au premier plan. Ce succès sportif n’empêche pas l’entreprise Ferro de réfléchir quant à la suite à donner au financement du club et c’est dans ce contexte que la saison en cours est marquée par une place anonyme en milieu de classement. Déjà fin mars, les supporters avaient senti le coup venir et manifestaient pour demander à la mairie de reprendre le financement de l’équipe de Zestafoni sous peine de la voir disparaître. Leurs craintes s’avèrent être fondées puisque le 19 avril, la direction du club annonce que le match face au Dila n’aura pas lieu. Quelques jours plus tard, le président Ilya Kokuya confirme que le club disparaît faute de financement, le AO Ferro ayant décidé de se désengager du club.

Le président en profite pour préciser que le club avait également des problèmes dus à de la corruption chez certains joueurs, sans toutefois apporter plus de précisions car « les juristes du club sont en train de se saisir du dossier.« 

Le club disparaît donc tel une étoile filante, laissant la ville de Zestafoni, à moins d’un nouveau miracle, sans football après 78 ans d’une histoire quasiment ininterrompue. Si l’on n’est pas supporter, on aura du mal à regretter le FC, mais on souhaitera ardemment que la ville retrouve un nouveau club en Umaglesi Liga le plus rapidement possible. Le FC Zestafoni s’en est donc allé, après une dernière défaite en coupe d’Europe face au Spartak Trnava, et quitte l’arène avec deux titres de champion national, cinq finales de coupe pour un titre et une actuelle 235eme place au coefficient UEFA. Giorgi Iluridze et Otar Khizaneyshvili sont eux désormais sans club.

Les montagnes de Zestafoni sont désormais orphelines du football

Les montagnes de Zestafoni sont désormais orphelines du football

 

Adrien Laëthier

Le FC Zestafoni, étoile filante géorgienne, disparaît
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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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