Fakel Voronej, vers la FNL et au-delà !

Adrien Morvan - Publié le 5 septembre 2015

A première vue, rien ne distingue le Fakel Voronej des autres clubs de province russe : fondation au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, parcours difficile dans le championnat soviétique, puis occasions manquées à la création du championnat national. Rien, si ce n’est son public dévoué, qui dépasse en nombre et en ferveur celui de bien des équipes de Première Ligue. Le Fakel, qui est possédé par l’administration régionale, vient de remonter en FNL après un long purgatoire de trois ans en PFL zone centre. L’occasion de faire plus ample connaissance avec les bleus et blancs.

Des Krylia Sovetov au Fakel

Au lendemain de la guerre, Voronej, qui compte alors environ 300 000 habitants, n’est qu’un vaste champ de ruines. On aurait du mal à trouver un seul bâtiment debout dans la ville, qui a été âprement disputée par l’Armée rouge et la Wehrmacht. Le pouvoir central décide de mener la reconstruction et l’industrialisation de la ville tambour battant. Comme ailleurs en Union soviétique, ce sont les industries lourdes qui sont les premières à se relever. Rien d’étonnant alors, à ce que le nouveau club de football de la ville soit placé sous l’égide de l’usine d’avions, tout juste reconstruite, et baptisé en conséquence Krylia Sovetov Voronej (« les ailes des soviets »).

De 1947 à 1953, les Krylia Sovetov évoluent dans l’anonymat du championnat de RSSR, avant d’accéder en 1954 au championnat d’Union Soviétique de classe B (équivalent de notre division 2). A partir de ce moment-là, la progression est rapide. Le club est renommé Troud Voronej (« le travail ») en 1960 et remporte son ticket pour la classe A la même année. Ce premier séjour dans l’élite soviétique aux côtés des grands Torpedo Moscou, Spartak Moscou et Dynamo Kiev sera de courte durée : Voronej est relégué fin 1961. Un dernier changement de nom a lieu en 1977, quand l’équipe passe sous le giron des industries chimiques : le Troud devient le Fakel Voronej (« la torche »). Le premier âge d’or du club s’ouvre en 1984 : la capitale du Tchernoziom remporte la deuxième division soviétique et se hisse en demi-finale de Coupe de Russie, perdue contre le Zenit Leningrad. Déjà, à l’époque, de nombreux fans (environ 7 000) font le déplacement dans l’ex-capitale impériale, un chiffre très important si on tient compte des restrictions à la liberté de mouvement qui avaient cours en Union soviétique.

Le Fakel Voronej en 1984, avant son quart de finale de coupe contre le Spartak.

Le Fakel Voronej en 1984, avant son quart de finale de coupe contre le Spartak

La deuxième expérience du Fakel au plus haut niveau se termine de la même manière que la première : sitôt monté, sitôt relégué. La chute de l’URSS et la création du championnat de Russie profitent à Voronej, qui est inclus en première division. Hélas, le club semble condamné à faire l’ascenseur, puisqu’il réussit à être relégué deux fois, en 1992 et 1997. Il faudra attendre le début des années 2000 pour connaître la seconde période faste du club, avec un séjour inédit de deux ans en première division. En août 2000, le Fakel réussit même l’exploit de battre le grand Spartak 1-0 au stade central de Voronej. L’avant et l’après-match seront marqués par des débordements au centre-ville : voitures renversées, vitrines brisées, policiers attaqués. Les fans du Spartak étaient venus se venger d’une rixe entre les supporters des deux villes ayant eu lieu l’année précédente lors d’un match de hockey.

L’émeute, dont on se souvient encore plus de 10 ans après à Voronej, est malheureusement restée le point culminant de l’histoire du club. Les années 2000 avancent, et l’administration régionale s’immisce de plus en plus dans les affaires du club : la valse des entraîneurs peut commencer. Le Fakel dégringole les divisions et se retrouve en liquidation judiciaire en 2007. Le club a bien failli disparaître à ce moment-là, mais l’arrivée d’un nouveau gouverneur à la tête de l’oblast en 2009 remet des sous dans la machine. Le nouveau Voronej a néanmoins les épaules bien frêles et passe le plus clair de son temps en PFL zone centre. Sauf cette année donc, où le Fakel tentera de s’appuyer sur l’engouement populaire d’une ville de plus d’un million d’habitants pour conserver sa place en FNL, et pourquoi pas, tenter de bâtir un collectif pour la montée en Première Ligue !

Un stade soviétique pour une équipe sympathique

Il serait dommage de ne pas s’attarder sur le stade central des syndicats de Voronej, un vénérable édifice soviétique construit au début des années 30. Comme tout le reste de la ville, il est détruit par les combats de la Seconde Guerre mondiale, puis progressivement reconstruit jusque dans les années 50. Il acquiert sa capacité actuelle, 32 000 spectateurs, en 1964, ce qui en fait quand même le cinquième stade de Russie ! Bien sûr, l’enceinte porte la trace des idéaux sportifs des architectes socialistes : c’est un stade résolument multisport, avec sa piste d’athlétisme et sa cage de mini-football derrière les buts. Les jours de pluie, les non-initiés sont parfois victimes des fuites de la tribune principale, tandis que les habitués ont depuis longtemps marqué les sièges à éviter.

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Le stade central des syndicats, situé en plein centre-ville

Les habitués justement, sont la force du club, qui rassemblait jusqu’à 25 000 personnes par week-end à la fin des années 90. Le Fakel Voronej détient toujours le record d’affluence de PFL et de FNL, et conserve une affluence moyenne supérieure à celle de plusieurs clubs de Première Ligue malgré des années d’érosion. Ce sont les associations de supporters, qui, en 2002, se sont opposées au nouveau nom proposé par la région, un triste « FC Voronej ». Un haut-fonctionnaire, interrogé sur les raisons du changement, avait répondu le plus sérieusement du monde que Fakel ressemblait trop au mot « fuck » et que la ville ne voulait plus être la risée du monde anglo-saxon ! On ne saura sans doute jamais ce que l’entêtement des ultras a coûté au club en termes de renommée mondiale…

Loin des lumières des compétitions européennes et nationales, le Fakel préfère cultiver quelques rivalités locales avec les grandes villes du centre de la Russie : Saratov, Koursk, Toula, Belgorod. Mais le derby le plus attendu reste celui entre Voronej et les voisins honnis de Lipetsk. En revanche, on ne s’abaisse pas à détester la seule autre équipe professionnelle de l’oblast, le Lokomotiv Liski.

La saison de FNL 2015/2016

L’effectif voronéjien s’est renforcé de quelques valeurs sûres de la FNL à l’intersaison : le défenseur ukrainien Pavel Stepanets, venu d’Ufa, le meneur de jeu Viktor Svejov, piqué au Sibir Novossibirsk, ainsi que le milieu du Sokol Saratov, Alexandre Doutov. Le Fakel pointe à une honorable 13e place après 8 journées, avec trois victoires et cinq défaites. Les meilleurs moments sont à venir, puisque le stade central des syndicats attend encore la réception des rivaux de Saratov (7 septembre) et de Tula (1er novembre).

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L’équipe-type (entraîneur : Pavel Goussev)

Bonus

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Père castor

Voronej ne serait pas Voronej sans la célèbre mascotte du Fakel, le bobior (« castor » en russe). La ville est en effet située à quelques kilomètres d’une réserve naturelle de castors, et l’un d’entre eux a été choisi pour animer les avant-matchs et les mi-temps, pour le plus grand bonheur des enfants et des fans éméchés. Le bel animal harangue la foule sous le regard complice des forces de l’ordre.

Pour les russophones ou tout simplement pour les amateurs de survêtements multicolores, un reportage de la télévision russe sur les événements du match Fakel Voronej – Spartak Moscou du 5 août 2000 :

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