Euro 2016 : On a vécu Russie vs. Slovaquie, un match pour l’Histoire

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 20 juin 2016

Il m’aura fallu quelques jours avant de pouvoir écrire ces lignes. Le temps de se rendre compte de l’exploit et laisser passer l’émotion. Si pour le supporter lambda, la victoire slovaque face à la Russie ne représente pas grand-chose, pour tout supporter de la Slovaquie, cette victoire entre dans l’histoire du football slovaque comme la toute première de la sélection nationale slovaque dans un Euro. Autant vous dire que le cœur en a pris un coup.

Reprendre espoir

Avant de revenir sur ce match, il est bon de rappeler le tout premier de la Slovaquie dans cet Euro 2016 face aux Gallois. Pas franchement flamboyant, les hommes de Jan Kozak n’ont jamais vraiment su montrer le visage si séduisant de la phase de qualification. La faute notamment à un milieu de terrain, pourtant l’une, si ce n’est la, principale force de la sélection nationale slovaque, pas au niveau. À vrai dire, en tant que supporter slovaque, je n’avais pas franchement envisagé une défaite lors de ce premier match. Sans avoir pris la grosse tête, la plupart des supporters slovaques étaient plutôt confiants vis-à-vis de leur sélection nationale et de son sélectionneur pour envisager un premier match se terminant sur un match nul solide ou une victoire étriquée. Bien que notre vice-capitaine à la crête flamboyante eut l’occasion de réchauffer nos cœurs très rapidement dans la compétition avec une action exceptionnelle qui aurait du se terminer au fond. C’est finalement ce méconnu gallois répondant au nom de Bale qui fit chavirer le stade et les fervents supporters gallois.

© Rémy Garrel / Footballski

© Rémy Garrel / Footballski

Un match auquel Footballski a eu la chance d’assister, mais dont on gardera surtout en mémoire la générosité et l’amitié des supporters slovaques. Bien qu’en infériorité face aux Gallois, on eut la chance de rencontrer quelques Slovaques sympathiques lors de notre périple en terre bordelaise. À commencer par ce petit groupe nous proposant de déguster quelques sauciflards bien de chez eux et, surtout, de l’alcool de poire avec un charmant nombre à deux chiffres en guise de degré (52%, pour information). L’occasion de sticker les environs, tailler une bavette avec eux et, pour finir en beauté, de s’échanger une bouteille de rosé contre un vin slovaque, qui, rappelons-le, est l’une des spécialités du pays. Oui, l’alcool est relativement important dans la ligne éditoriale de Footballski.

Après ça, direction le stade. L’occasion de remarquer que le slovaque a toujours un peu de mal avec une conduire sécuritaire. Malgré tout, et après quelques ruses avec les stadiers, l’équipe Footballski se retrouvait dans le kop slovaque qui essayait tant bien que mal de se faire entendre face à la marée de dragons rouges. Malgré cette défaite inaugurale, l’Euro reste un moment exceptionnel pour le peuple slovaque qui connait cette compétition pour la toute première fois de sa jeune histoire. Comme beaucoup d’autres nations de cette compétition, la fête et la ferveur priment sur les résultats du terrain. Bien qu’une victoire n’est jamais de trop. Fier de ses joueurs, son sélectionneur et de ses supporters, le peuple slovaque se donnait rendez-vous mercredi afin de continuer ce voyage en terre française avec sa sélection nationale.

Le match de l’histoire

C’était le match à ne pas perdre. Ce RussieSlovaquie représentait bien plus qu’un simple match pour la sélection slovaque. Une défaite face aux hommes de Slutsky était synonyme d’une fin prématurée dans cette aventure Euro 2016 pour la Slovaquie. De plus, pour sa première participation à championnat d’Europe, Jan Kozak, Martin Skrtel et consort ne voulaient pas passer cette occasion de remporter les trois premiers points de l’histoire de la sélection slovaque. De quoi motiver les troupes.

C’est ainsi que je me rendais à Lille, l’espoir plein le cœur, prêt à assister à ce match. Après quelques heures de route, des arrêts en Belgique, où je pu croiser un certain Oleg, camionneur russe tournant à la Jup’, et des rencontres avec de nombreux véhicules slovaques sur l’autoroute où les paroles laissaient places aux klaxons et drapeaux brandis à travers les vitres, l’équipe Footballski arrivait enfin au stade Pierre-Mauroy sans trop d’encombres. Premier constat, le rapport de force à l’extérieur du stade est totalement inversé en comparaison avec le match face aux Pays de Galles. Bien plus présent que les Russes, les Slovaques sont les plus nombreux dans les rues et les bars aux alentours du stade. Bien que cette thèse ne soit pas vérifiée, j’ai eu l’occasion de voir des bus russes se faire stopper avant l’entrée dans la ville et, quand on connait les derniers événements de Marseille, il ne serait pas étonnant qu’il y ait quelques problèmes de ce côté-là.

© Pierre Vuillemot / Footballski

© Pierre Vuillemot / Footballski

Dans tous les cas, l’ambiance reste très bonne, les deux camps cohabitent parfaitement et les premiers chants slovaques se font entendre dans le bar où nous nous trouvons. L’occasion de se chauffer la voix doucement tout en s’arrosant le gosier d’une première bière afin de bien entamer la journée. Malgré tout on reste loin de notre Europe de l’Est chérie et à 5€ le demi, t’as intérêt de le savourer.

Néanmoins, l’Euro c’est sympa et, surtout, la compétition permet de casser quelques frontières et permet de rencontrer quelques visages inconnus. En plus d’assister à un match de football, cette affiche aura permis à Footballski de rencontrer deux rédacteurs, Nikko et Fred pour ne pas les citer, de nos amis de TLMSF. De quoi tuer le temps en bonne compagnie, en passant d’une conversation sur le match du jour à un court état des lieux du football gibraltarien. On reste dans le thème des deux sites qu’importe la situation.

Dominateur dans les tribunes et sur le terrain

Une petite heure avant le début de la rencontre, on se décidait à quitter notre bar du jour pour aller doucement affronter le cortège vers le stade. Contre toute attente, la gestion des flux se fit parfaitement bien et le délai pour entrer dans le stade était tout à fait convenable pour un tel match. Et ce malgré des palpations un peu plus importantes que d’habitude et un climat un peu tendu étant donné qu’une rumeur de bombe avait visiblement circulé sur les réseaux sociaux. Malgré tout, aucun problème de ce côté là avec une organisation à la hauteur d’un événement comme l’Euro. À saluer.

Malheureusement, une fois dans le stade, Euro oblige, le positionnement des places n’est pas forcément des plus réussis pour les supporters des nations concernées. Fort heureusement pour nous, l’un des stadiers en charge de gérer tous les supporters slovaques m’enverra avec ces derniers, en plein cœur du kop. De quoi participer à l’ambiance et de vivre du mieux possible le match. Très rapidement, on constate que les Slovaques sont bien plus nombreux et organisés que leurs homologues russes. Ces derniers ne se font que très peu entendre dans le stade et ont pour seul « chant » des « Russia! Russia! Russia! » Pas la folie.

© Pierre Vuillemot / Footballski

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Du côté slovaque, l’association des supporters du pays avait prévu de mettre en place trois tambours répartis sur toute la longueur de notre tribune. De quoi chauffer très rapidement les supporters et de lancer les quelques chants spécialement pour la sélection. Malheureusement, une partie du public qui constitue la sélection n’est pas forcément habitué de chanter pendant 90 minutes et les divers ultras sur place essayent de mobiliser et de se coordonner au mieux pour pouvoir faire rugir le peuple slovaque.

Néanmoins, cette inexpérience des tribunes pour certains passera très rapidement au second plan grâce au scénario du match. Dès le premier but de Vladimir Weiss, la tribune explose et commence à rêver de ce premier succès dans la compétition. Autant vous dire qu’après celui de Marek Hamsik pour le 2-0, la plupart des personnes autour de moi étaient sur un nuage.

Et puis il y eut ces dix dernières minutes. Alors que la Russie égalisait et qu’un supporter russe craqué un pyro, toute la tribune slovaque se leva. Ensemble. Pendant dix minutes, le stress se mélangeait aux chants slovaques. Pendant dix minutes, tout le monde se regardait, le visage fiché, se permettant d’insulter l’arbitre à n’importe quelle occasion possible pour qu’il arrête ce match. Pendant dix minutes, tout le peuple slovaque se cassait la voix aux sons des « Kto neskáče, nie je Slovák » – « Qui ne saute pas n’est pas slovaque », « Slovenskoooo Slovenskooo Heja Heja Heja Slovensko » et autre « My sme tu doma! » – « Nous sommes à domicile! » Pendant dix minutes, tout se monde s’usait la voix pour accompagner cette victoire historique. Pendant dix minutes, tout le monde ne faisait qu’un. Un groupe qui explosa de joie dès le coup de sifflet final. Communiant avec son équipe, ses joueurs, son pays. Concluant cette journée historique avec des « ďakujem »« merci » afin de saluer cette équipe qui n’a jamais lâché et a su rendre fier ce peuple slovaque.

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Image à la une : © Pierre Vuillemot / Footballski

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Papa de Footballski. À l'Est de nulle part avec mon crâne rasé, un stylo et du football slovaque. Kolik jazyků umíš, tolikrát jsi člověkem.

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