On a discuté avec Thomas Phibel, défenseur central de l’Amkar Perm

Rusko - Publié le 22 février 2014

Défenseur central formé à Lens et passé par la Belgique et la Pologne, Thomas Phibel évolue aujourd’hui à l’Amkar Perm,  une des belles révélations russes de la saison (7ème à 4 points de la 5ème place en Russie). Retour sur un parcours atypique

Bonjour Thomas Phibel. Vous êtes défenseur central à l’Amkar Perm. Revenons un peu à vos débuts, votre parcours et votre formation à Lens.

J’ai été formé à Lens, où j’ai reçu une très bonne formation. J’y suis resté 5-6 ans et j’ai côtoyé de bons joueurs qui sont maintenant internationaux, mais également un grand coach, Francis Gillot. J’ai fait une super saison en CFA et en jeune.

Comment jugeriez-vous vos qualités ?

Mon père m’a toujours dit : « la base du football, il faut être bon physiquement » (rire), et je lui en tiens respect parce que si je n’avais pas ces qualités physiques, je ne pense pas que j’aurais fait une carrière professionnelle. Mon jeu, c’est le niveau du placement, la lecture du jeu, être bon dans la récupération du ballon J’essaye de ne pas faire de faute, d’être simple, de toujours bien anticiper, gagner les duels correctement de la tête. Je suis très à l’aise pour jouer de longs ballons, et devant le but, si j’ai la chance, je saurai le mettre.  Je fais 1m92, 92kgs. Malgré tout, je sais quand même me déplacer assez rapidement. C’est quelque chose que je travaille tous les jours, j’écoute les conseils de mon père, de mes proches. Je dois encore m’améliorer au niveau du pied gauche, au niveau de mes passes. La base du football reste toujours la passe. C’est très important. Après, je dis toujours que vous vous améliorez quand vous fréquentez des grands joueurs. La grande équipe vous force à apprendre. Par exemple, Benzema progresse en voyant Cristinao Ronaldo s’entraîner. C’est pareil pour Neymar avec Messi, Xavi et Iniesta, Par exemple, j’ai progressé depuis mon expérience en Pologne.

Vous poursuivez votre carrière en Belgique.

Oui, j’ai décidé de partir en Belgique pour pouvoir signer un contrat pro et essayer d’évoluer dans un autre pays. J’ai donc signé à Virton, en division. J’ai fait 3 mois là-bas et le Standard de Liège m’a repéré. J’ai donc rejoint le Standard en 2ème division. J’ai pu évoluer sous les ordres de Michel Preud’homme. Tout s’est très bien passé. Nous avons été champion et j’ai côtoyé des joueurs étrangers qui sont devenus aujourd’hui de grands joueurs. Je pense notamment à Dante, Fellaini, Witsel, Jovanovic ou encore Mbokani. On avait vraiment une grosse équipe. Le seul problème est qu’au moment où Preud’homme voulait me lancer, j’ai eu quelques blessures, trois en moins d’une saison et demie. L’équipe marchait bien et pas mal de joueurs pouvaient me remplacer. Ensuite je suis parti à Anvers, mais je n’ai pas vraiment envie de parler de cette expérience. Je considère avoir perdu 3 ans de carrière dans le sens où le club ne voulait pas me transférer. Je jouais bien, j’avais des propositions d’Angleterre et de Turquie notamment, mais le président demandait toujours trop d’argent. C’est pourquoi j’ai attendu la fin de mon contrat pour partir.

Vient ensuite la découverte de la Pologne, puis de la Russie. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Je suis effectivement parti en Pologne avec pour objectif de rejoindre la Russie. En Pologne, tout s’est très bien passé. J’ai fait une bonne saison et ai été élu meilleur défenseur du championnat. C’était donc très bénéfique pour moi, pour les dirigeants et pour le club. Ça ma fait une belle publicité et j’ai eu deux opportunités : le Metalist Kharkov en Ukraine et l’Amkar en Russie. Je suis parti au Metalist une semaine mais avec la disqualification du club en Ligue des Champions, les dirigeants étaient plus réticents. Finalement, au dernier jour du mercato, j’ai eu la chance de signer en Russie. J’ai fait mes valises et j’ai atterri à Perm. Depuis la Pologne, la Russie était mon premier choix. Avec l’âge que j’ai (ndlr : 27 ans), la Russie était le meilleur choix, aussi bien au niveau du foot qu’au niveau financier. Mais, ça ne veut pas dire que je ferme les portes à l’Europe. D’ailleurs, cet hiver, sans vouloir trop en parler, j’ai eu quelques opportunités en Europe. Mais je me sens bien en Russie, je fais un bon travail, tout se passe bien avec mon équipe et avec mes coéquipiers. J’espère qu’on pourra accrocher une place en Europa League, une place dans les 5 premiers. Bref, je travaille bien, j’ai un super coach (ndlr : Stanislav Cherchesov) qui me guide dans tout ce que je fais, par rapport à mon avenir. Je me sens bien en Russie et ne regrette absolument pas mon choix. En ce moment, on fait une bonne préparation. C’est sûr qu’on n’a pas encore le niveau du Zenit ou du Lokomotiv mais je pense qu’on peut faire une très bonne deuxième partie de saison.

Vous rejoignez un championnat peu connu mais en pleine expansion. Que connaissiez-vous du championnat russe avant de débarquer à Perm ?

Je connaissais un peu le niveau, je savais un peu comment ça se passait dans certains clubs mais, en terme de jeu, je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre. Je n’avais jamais mis les pieds là-bas mais j’aime les challenges et j’étais très tenté. Aujourd’hui, je peux dire que je ne suis pas déçu. C’est un peu différent par rapport à l’Europe mais c’est un football que j’aime bien. Certaines équipes proposent du beau football. Il y a vraiment de quoi se satisfaire dans ce championnat. Le problème pour nous est que toutes les équipes sont au top. Tout va très vite. La plupart des grosses équipes gagnent toujours et on ne peut pas se permettre de perdre un ou 3 points sur une ou deux journées. Quand vous voyez des équipes comme le Dinamo, Spartak, CSKA, Lokomotiv, Zenit ou encore des équipes à suivre derrière comme Krasnodar … il faut rester dans le bon train parce que ces équipes gagnent presque toutes les semaines.

Vous débarquez alors que le championnat a déjà repris depuis presque 2 mois et que l’équipe tourne plutôt bien. Comment s’est passée votre intégration ? Avec le staff ? Avec les joueurs ?

J’ai beaucoup parlé avec le coach les deux premières semaines, le temps de chercher mon appartement. Les 10 premiers jours ont été difficiles pour moi, pour m’adapter physiquement parce que le niveau n’est pas le même qu’en Pologne. J’ai du faire 10 jours acharnés pour être au point pour mon premier match face au Rubin Kazan. Bon, après, le football c’est une question d’intelligence. La condition physique compte beaucoup, le jeu également, mais il faut aussi un minimum de cerveau. Je savais que j’allais jouer une grande équipe et que je n’étais pas encore au top physiquement. C’était mon premier match officiel avec eux et au niveau  de la communication, j’avais encore des difficultés avec  mes coéquipiers. Tout ça n’est pas évident à gérer. S’adapter tout de suite, c’est difficile, mais j’ai su faire le maximum pour pouvoir bien m’intégrer et tout le monde m’a bien accueilli. Le coach m’avait expliqué ce qu’il attendait de moi et j’ai su répondre à ce qu’il voulait. Plus je jouais de matchs, mieux je me sentais et mieux ça se passait avec mes coéquipiers. Jusqu’à maintenant, je suis content et j’espère continuer ainsi. Je me sens bien. Tout se passe bien pour l’équipe. Après on verra dans le futur, si je dois rester en Russie ou pas. Pour l’instant, j’essaye de faire les efforts pour apprendre la langue, pour mieux m’adapter. Je suis vraiment content de tout ce qui m’arrive pour l’instant et j’espère que ça va continuer ainsi.

Pouvez-vous nous présenter votre équipe, les joueurs et votre entraîneur?

Je m’entends très bien avec Blago (Blagoy Georgiev), le milieu de terrain international bulgare. Il parle bien anglais et je suis très souvent avec lui, notamment quand on va manger à l’extérieur. Il m’a bien aidé. Je parle bien aussi avec Janusz (Janusz Gol) qui joue en 6 avec Blago. Je m’entends très bien avec le capitaine (Belorukov), celui qui joue avec moi en défense centrale. Je pense aussi à Peev (Georgi Peev) qui joue au milieu, avec Zahari (Zahari Sirakov). Je m’entends bien avec beaucoup de joueurs. L’équipe m’a bien accepté. Je sais m’amuser quand il faut rigoler, travailler quand il faut travailler et tous l’ont bien compris. Je n’ai vraiment eu aucun problème par rapport à ça. Le coach est un vrai bon coach. Quand il critique, c’est toujours dans le positif. Il veut que tu progresses, que tu optimises ta performance, il veut plus de concentration. Il veut t’emmener loin et pour moi c’est un honneur de travailler avec lui. Il m’a donné la chance de venir en Russie et de pouvoir jouer pour lui. Il me fait beaucoup confiance et j’essaye de lui rendre cette confiance sur le terrain. Je fais mon maximum pour toujours être au top pour lui, de manière à enchaîner les matchs et les victoires.

« Après l’entraînement, il y a toujours quelque chose à peaufiner : fitness, musculation, points tactiques et approche du football. C’est la manière d’atteindre le plus haut niveau possible »

Je suppose que pour le russe est encore un peu difficile pour vous. Vous communiquez en anglais avec lui ?

Oui, il parle anglais. Il fait les meetings en russe, devant moi il parle en anglais mais c’est à moi de m’adapter, de comprendre les choses. S’il montre les schémas sur le terrain ou s’il parle, fait des vidéos, c’est à moi d’essayer de comprendre. Et puis, en tant que footballeur professionnel, j’ai déjà une certaine expérience. Ce n’est pas le coach qui doit tout vous dire. Il peut vous dire quelques chose par rapport au schéma sur le papier et tout peut changer sur le terrain. C’est à vous de faire en fonction, de disposer de « votre tête » de manière à pouvoir gérer par rapport au match et de faire le maximum. La seule règle est de toujours rester sérieux, concentré, de toujours bien travailler à l’entraînement. Personnellement, je travaille beaucoup. Après l’entraînement, il y a toujours quelque chose à peaufiner : fitness, musculation, points tactiques et approche du football. C’est la manière d’atteindre le plus haut niveau possible.

Quels sont vos objectifs ?

Quand je suis arrivé, j’ai été très clair avec l’Amkar. J’arrive en Russie avec l’intention de jouer et de me montrer Mon objectif est de jouer la Ligue des Champions, comme tous les joueurs. Ça a toujours été mon rêve de jouer la Ligue des Champions, je travaille pour ça. Si demain j’ai l’occasion d’atteindre ce niveau…Je ne dis pas que l’Amkar ne peut pas le faire. On verra par la suite. Si l’Amkar a la chance cette année de se qualifier (ndlr : pour l’Europa League), je serais content pour le club et ça me permettra de me montrer.

Quel est l’objectif du club ?

Je pense que l’objectif du club est de se qualifier pour l’Europa League, on va tout faire pour y arriver. En ce moment, on est en préparation. Je pense qu’on manque de créativité au niveau offensif. Au milieu de terrain, on s’est bien renforcé, au niveau défensif on est bien. On doit travailler plus au niveau de la créativité offensive pour marquer plus de buts. Une fois qu’on sera performant au niveau de cette qualité d’attaque, on n’aura peur d’aucune équipe. Par exemple, lors du dernier match de préparation qu’on a fait contre Metalurg Donetsk, on perd 1-0 sur une erreur bête. Mais si on regarde l’ensemble du match, on a eu les occasions pour revenir, pour égaliser mais on n’a pas su les mettre dedans et ça, on doit vraiment l’améliorer lors du prochain stage pour pouvoir finir dans les 5 premiers.

Quel adversaire vous a le plus impressionné ?

Le Lokomotiv m’a vraiment impressionné. Ils sont très forts défensivement, ils sont pas mal au milieu de terrain et ont de bons avants-centres, ont des joueurs qui individuellement savent créer la différence. On ne va pas parler de ce match parce que c’était un match dégueulasse (ndlr  : Défaite 4-0 de l’Amkar sur le terrain du Lokomotiv). Déjà jouer à Moscou, vous savez comment c’est, pour moi, l’arbitre privilégie les équipes de Moscou. Après, on est toujours plus fort à domicile qu’à l’extérieur. A l’extérieur, ce n’est pas évident, mais je pense qu’on sait comment il faudra jouer pour pouvoir gagner les matchs à l’extérieur. Après, les équipes en face nous connaissent, elles nous attendent aussi, elle savent comment on joue.

Quel joueur vous a mis le plus en difficulté ?

Kuranyi,  du Dinamo Moscou, est bon. Idem pour N’Doye. Ces deux là sont costauds. Hulk est très bon mais n’est pas dans mon secteur, il bouge beaucoup, je n’ai pas eu l’occasion de l’avoir pour moi individuellement mais ça se voit qu’il a beaucoup de qualités. Je n’ai pas eu l’occasion de jouer contre Boussoufa, que je connais depuis la Belgique puisqu’il jouait à Anderlecht. Mais c’est un très bon milieu de terrain qui sait faire la différence balle au pied. M’vila est un bon joueur, Chris Mavinga, très bon arrière gauche, simple dans son jeu et fort pour son âge. Axel (Witsel), mon meilleur ami, on connaît ses qualité. C’est un très bon joueur qui peut jouer dans tous les championnats. Axel peut jouer à Manchester, à Chelsea, ailleurs où il veut, il en a les qualités. Je n’ai pas joué contre le CSKA, je ne peux donc pas juger leur avant-centre.

Doumbia ?

Oui, je pense aussi que c’est un très bon attaquant. Il y a de bons joueurs, et personnellement, plus les matchs sont difficiles, plus je prends de plaisir. Je m’adapte vite et je montre mes qualités. Là, j’ai vu que le Zenit a acheté l’attaquant du Rubin Kazan. Je l’ai eu comme adversaire et pour moi ce n’est pas un N’Doye ou un Kuranyi.

C’est Rondon, c’est ça ? Quand je vois les matchs, je le trouve très fort. C’est une très bonne recrue pour le Zenit.

Oui, c’est un bon attaquant. Axel (Witsel) m’a dit qu’il est très bon. Je ne juge pas un joueur sur un match. Je l’ai eu au match retour. Il a marqué, fait son match, mais ce n’est pas le style d’attaquant qui va m’impressionner le plus. Par exemple, Hulk, physiquement, est une machine. Son physique, sa vitesse, sa position sur le terrain, sa frappe de balle, physiquement il dégage beaucoup de puissance.

Que s’est-il passé en Coupe de Russie (ndlr : défaite aux tirs aux buts face au Mordovia) ? La coupe était-elle un objectif ?

Je suis déçu. Le coach a voulu me laisser au repos. Il n’a pas voulu que je joue ce match là parce qu’on avait un match important après, contre le Zenit il me semble. C’est un match que je voulais jouer mais je comprends la position du coach. C’est dommage parce que je pense qu’il y avait moyen de se qualifier. On a été éliminé aux penalties, c’est le foot. Si on était passé, on avait des chances d’aller en finale. Quand on regarde de plus près, la plupart des équipes qui jouent le haut du classement ont été éliminées. Dire que c’était l’objectif du club, je ne sais pas. Ce n’était pas l’objectif premier. L’objectif du club est de se qualifier pour l’Europa League.

Actuellement, vous êtes en pleine trêve. 3 mois de trêve, ce n’est pas trop long ?

Trop long (rire), c’est difficile de dire trop long. J’ai eu un mois et demi (de vacances) où j’avais quand même un programme. Cela m’a permis de me ressourcer en Guadeloupe. J’étais content de revoir ma famille, mes amis proches. J’ai su profiter du beau temps. Après ce mois et demi de vacances, le coach a su le rattraper avec des entraînements deux fois par jour. On a beaucoup couru, beaucoup travaillé physiquement, avec beaucoup de scéances de placement, de travail tactique, beaucoup de choses qu’on doit corriger avec les matchs de préparation. La trêve est longue mais passe très vite, on est déjà le 12 et dans moins de 20 jours, on reprend le championnat.

La coupure ne change-t-elle pas trop la donne en championnat, avec un championnat post et pré trêve ?

C’est vrai que ça fait une coupure.

Mais cette coupure apparaît comme obligatoire en Russie

Oui, c’est vrai. Franchement les températures en Russie … je n’aurais pas pu jouer. Lors du dernier match, il faisait -18°C contre le Dinamo et c’était assez difficile pour moi. C’était la première fois que je jouais à des températures si basses. Et là, quand je vois mes copains qui m’envoient des photos de la température avec des -33°C, ce n’est pas évident. D’ailleurs, ce n’est même pas évident, c’est inimaginable. Pour moi la trêve, aller en Turquie ou ailleurs, c’est bien mieux, on prend plus de plaisir. En Belgique, on avait une semaine de trêve, et effectivement ça change. Mais la trêve je ne la sens pas. J’avais déjà connu ça en Pologne

Vous avez connu la France, la Belgique, la Pologne et la Russie, Où situeriez-vous le niveau moyen russe ?

Plus haut que la Belgique, plus haut que la Pologne. Après, la L1 a peut-être un meilleur niveau grâce au PSG et à Monaco. Au niveau financier, il y a de l’argent en Russie. Par rapport aux autres pays européens, je mettrais la Russie 4/5ème

Personnellement, en tant que spectateur, je vois la Russie au même niveau que la France. En L1, le PSG et Monaco sont au dessus, mais derrière, Zenit, Spartak, Lokomotiv, peuvent battre Marseille ou Saint Etienne par exemple

Oui, vous avez tout à fait raison, il n’y a pas une grosse différence. Le niveau russe est vraiment pas mal. Je regarde de temps en temps le championnat de France. Il y a de bonnes équipes mais le PSG et Monaco sont au dessus. Financièrement parlant, si je dois comparer avec le football russe, il n’y a pas une grosse différence MAIS la différence se fait, ensuite, au niveau Ligue des Champions. Le Zenit est encore qualifié pour la Ligue des Champions, j’espère que ça va bien se passer pour eux face à Dortmund. C’est là qu’on va voir leur niveau.

« Les imbéciles de tous les jours, je ne les regarde pas, que ce soit en Russie ou ailleurs… Il y a du racisme partout »

En France, dès qu’on parle de la Russie et du football, on parle de racisme. Est-ce quelque chose que vous ressentez au quotidien ?

Dans ma ville, je suis considéré comme un roi, donc je n’ai pas de problème (rire). J’ai même été impressionné, étonné par rapport à tout ça. Les gens, les supporters m’aiment bien, aiment ma manière de jouer et tout le monde m’accueille bien. Il m’est arrivé un petit soucis, mais vraiment une fois. C’était des petits connards dans la rue qui étaient bourrés, mais sinon je n’ai pas de problème. Je suis quelqu’un qui reste à la maison. Je ne traîne pas beaucoup dehors. Quand je sors, c’est pour aller manger. Et même quand je sors, ce n’est pas pour autant que je rencontre de problème, au contraire. Les gens n’ont pas l’habitude de voir un black avec une crête. C’est un look différent et les gens savent que vous êtes un joueur de football. Les imbéciles de tous les jours, je ne les regarde pas, que ce soit en Russie ou ailleurs. On dit « il y a du racisme, il y a du racisme ». Mais en France, il y a du racisme, en Italie il y a du racisme et c’est la même chose en Espagne. Il y a du racisme partout. Je ne m’arrête pas à ça, je fais mon football, je ne calcule pas les gens par rapport à ce qu’ils pensent. Dans un stade à l’extérieur en Russie, je n’ai jamais vécu ce qui est arrivé à Yaya Touré face au CSKA Moscou. Après, les gens peuvent crier, dire ce qu’ils veulent, je m’en fous. Je viens sur le terrain, je fais ce que je sais faire. Le plaisir pour moi est de faire mon match et de le gagner.

Que faites-vous en dehors du football ?

Je m’entraîne beaucoup, je vais au restaurant, je reste beaucoup à la maison et communique avec mes parents. Je reste professionnel, j’essaye de rester serein, de me faire le moins voir. Mon objectif est d’aller le plus loin possible. Quand on la chance d’avoir un boulot, où on touche beaucoup d’argent, il faut savoir rester tranquille, serein, faire les bons choix dans la vie, ne pas oublier d’où on vient. J’essaye d’être toujours performant dans ce que je dois faire.

Et Perm, c’est comment ?

Ce n’est pas Los Angeles, Miami, Barcelone ou Paris… mais il y a des choses à faire. Après c’est plus sympa de venir l’été que l’hiver. La vie est différente, il fait tellement froid l’hiver que ce que tu dois faire, tu dois le faire rapidement (rire).

Au niveau culturel, des choses vous ont-elles choqué ?

Tout le monde ne parle pas anglais. Les gens sont plus intéressés par le français et ça m’a surpris. Il y a des écoles pour apprendre le français. Au niveau de la nourriture, je ne suis pas difficile, je mange bien. C’est sûr que c’est différent de l’Europe mais il y a tout ce qu’il faut. Ce n’est pas la même culture, la même mentalité. Mais pour y vivre, tout se passe bien, je suis content.

Que faites-vous pendant votre temps libre ?

Quand j’ai du temps libre, j’essaye de couper avec le football, d’oublier. Il faut savoir décrocher du football pour se relaxer. J’aime bien voyager, connaître d’autres cultures. Ce me plaît de voyager, d’aller dans d’autres pays. Si je ne peux pas le faire, je vais voir mes parents qui sont quant même à 8000 kilomètres. Ce n’est pas facile pour eux de ne pas voir leur fils tout le temps, avec, en plus un décalage horaire de 10h avec Guadeloupe. Ce n’est pas simple même pour voir les matchs.

Un dernier mot ?

Je suis ici pour le moment, je fais mon maximum. Je ne sais pas ce que sera mon avenir demain, si  je vais retourner en Europe, la manière dont se passera le prochain mercato. Mais ce qui est sûr, c’est que je vais continuer à donner mon maximum pour l’équipe, pour être un des meilleurs défenseurs du championnat. Les six derniers mois se sont bien passés, mais il ne faut pas s’emballer et continuer à travailler. Je reste humble, lucide et concentré. J’ai encore beaucoup de choses à montrer et j’espère le faire pour atteindre mes objectifs.

Rusko


Photo en une : © Tomasz Stańczak / Agencja Gazeta

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