La main de Dieu de Maradona touche le football biélorusse

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 26 juillet 2018

Ceci est la traduction de l’article Maradona’s ‘hand of God’ touches Belarusian football écrit par Alesia et Vitaly Rudnik, sur le site Belarus Digest, site anglophone non-partisan sur la Biélorussie et ce qu’il s’y passe, créé en 2008. Tous les articles sont écrits en anglais par des chercheurs biélorusses avec l’objectif de mettre fin aux mythes qui entourent le pays. 


Le 15 mai dernier, Diego Maradona, le légendaire footballeur champion du Monde 1986, signait un contrat de trois ans avec le Dynamo Brest. Avant cela, en 2016, le club annonçait l’arrivée de Sohra Overseas, une entreprise basée aux Emirats Arabes Unis, en tant qu’actionnaire majoritaire, faisant du Dynamo Brest l’un des seuls clubs privés de Biélorussie. Avec un budget désormais bien plus élevé, le Dynamo a fait signer des meilleurs joueurs, plus chers, dans le championnat biélorusse.

La signature du contrat de Diego Maradona avec le Dynamo, accompagnée de l’échec de la sélection biélorusse aux Championnats du Monde de hockey sur glace au Danemark, a éclipsé tous les événements politiques et économiques du pays durant quelques jours. Il est peu probable que l’arrivée de Maradona au Dynamo Brest apporte des résultats probants au football biélorusse, mais le célèbre ancien footballeur pourrait jouer un rôle dans l’émancipation du sport biélorusse, actuellement contrôlé par l’État.

Le Dynamo Brest et sa connexion avec Dubaï

Après une brillante carrière sur le terrain, Maradona a eu du mal à réussir en tant qu’entraîneur. Plutôt, il a fait la une pour des scandales réguliers impliquant la prise de drogues, des conflits avec les journalistes mais aussi ses amitiés avec des hommes politiques tels que Fidel Castro, Hugo Chavez et Nicolas Maduro.

© fidelcastro.cu

Jusqu’à récemment, le Dynamo Brest recevait l’aide de l’État, comme la grande majorité des clubs évoluant en Vysshaya Liga biélorusse. Néanmoins, ces aides ont progressivement diminué ces dernières années. Par exemple, en 2016, les supporters du club ont dû mener une collecte d’argent pour pouvoir payer les maillots des joueurs. La faute à de gros problèmes financiers. L’arrivée de Sohra Overseas a garanti la fin de ces trous. Sohra Overseas FZE est une entreprise basée à Dubaï qui vend des produits industriels biélorusses. Les médias biélorusses parlent souvent du Sheikh Paul Dajer quand ils parlent du propriétaire de l’entreprise, désormais sponsor principal du Dynamo Brest. Néanmoins, les médias étrangers ne mentionnent que rarement Sheikh Dajer et les locaux à Dubaï le décrivent comme un nom étranger pour un Sheikh venant des Émirats Arabes Unis. Certains médias, comme tut.by, suggèrent que l’homme d’affaires Alexandr Zaitsev, un proche de Viktor Lukashenko, fils du Président Aleksandr Lukashenko, est en fait l’homme derrière le « Sheikh ».

Lorsque Sohra Overseas a racheté le Dynamo Brest, l’entité a fait venir des solides joueurs étrangers et de bons joueurs biélorusses et peu de temps après, le club se battait avec les cadors traditionnels du football biélorusse, le BATE Borisov et le Dinamo Minsk. Au printemps dernier, le Dynamo Brest a remporté la Coupe de Biélorussie pour la deuxième fois consécutive puis la Supercoupe de Biélorussie et cet été, le Dynamo joue la Ligue Europa.

Aux Emirats Arabes Unis, Maradona a travaillé avec un petit club, Al-Fujairah, duquel il a été écarté après ne pas avoir réussi à le faire monter au sommet de la pyramide du football local. C’est à la suite de cette expérience que Maradona a signé un contrat avec le Dynamo Brest, où il tient la position de Président du Conseil d’Administration pour au moins trois ans, avec le droit de terminer sa coopération après un an. Les médias biélorusses affirment que la valeur du contrat de Maradona au Dynamo Brest atteint les 20 millions de dollars. Pour un journal argentin, La Nacion, la somme est encore plus élevée.

Le sport biélorusse tenu en laisse

Les autorités biélorusses rabâchent sans arrêt que le sport joue un rôle idéologique important en Biélorussie et qu’il devrait démontrer les réussites du modèle de la société biélorusse. Plusieurs ministères et agences de sécurité supervisent les sports majeurs. Le KGB supervise par exemple le biathlon par l’intermédiaire de Valery Vakulchik, son président, qui tient une place au sein du Conseil de Surveillance de la Fédération Biélorusse de Biathlon. Le Ministère de l’Intérieur contrôle le hockey sur glace et a récemment lancé la production d’équipements et de maillots dans les prisons nationales.

Tous les ans, les clubs de football reçoivent des subventions en accord avec un décret signé par Aleksandr Lukashenko. Au début des années 2000, quand l’économie du pays était plus stable, le sport biélorusse jouissait d’une situation financière bien meilleure qu’elle ne l’est aujourd’hui. Hockeyeurs et footballeurs gagnaient bien leur vie et les joueurs des pays voisins rejoignaient volontiers le championnat biélorusse. La situation a drastiquement évolué et les joueurs biélorusses n’hésitent désormais pas à s’exiler vers les championnats des pays Baltes qui ne les avaient jamais attirés auparavant.

© belaruspartisan.by

L’amour de Lukashenko pour le hockey sur glace est bien connu. Il trouve régulièrement le temps de s’entraîner et son équipe présidentielle spécialement formée se déplace partout dans le pays. Chaque année, aux alentours de Noël, cette équipe organise un tournoi en payant très cher les équipes de joueurs vétérans venant de pays étrangers. Généralement, l’équipe du Président remporte cette compétition. La télévision de l’État montre les tribunes pleines de la patinoire bien qu’en réalité, étudiants et militaires sont invités à fournir les gradins.

Durant ses mandats, Lukashenko a lancé la construction d’une douzaine de patinoires et chaque année, l’État dépense beaucoup d’argent pour soutenir le Dinamo Minsk, seul club biélorusse évoluant en Kontinental Hockey League (KHL). Le Président a même nommé l’ancien gouverneur des régions de Minsk et de Grodno, Semyon Shapiro, en tant que président de la fédération biélorusse de hockey sur glace. Et, malgré ce rôle important du hockey sur glace en Biélorussie, l’équipe nationale a perdu l’ensemble de ses sept matchs lors des derniers Championnats du Monde.

Les espoirs qu’offre Maradona au sport biélorusse

Les experts sportifs ont peu de doutes sur le fait que l’arrivée de Maradona en Biélorussie cet été n’affectera que légèrement les performances du Dynamo Brest. Dans le même temps, son rôle pourrait donner une impulsion quant à une éventuelle réforme du sport biélorusse. Pour le moment, le club biélorusse le plus couronné reste le BATE Borisov, qui remporte le championnat de Biélorussie tous les ans et joue ensuite en Ligue Europa ou en Ligue des Champions.

Le Dinamo Minsk, qui appartient à un propriétaire privé, offre traditionnellement une certaine compétition au BATE Borisov alors que les clubs dépendant uniquement des subventions publiques ont de plus en plus tendance à perdre cette compétitivité. Si le Dynamo Brest, emmené par Diego Maradona, réussit à garder sa place parmi les locomotives du football biélorusse, cela pourrait encourager les hautes instances du pays à proposer le sport au marché libre.

L’histoire de Maradona et du football biélorusse n’a pour le moment été qu’un exercice de communication. La question reste de savoir si oui ou non cette histoire pourra durer et la réponse viendra très vite. Le Dynamo Brest débute sa campagne européenne et poursuit son parcours en championnat. Des échecs dans ces deux compétitions, ou si Maradona considère le climat « défavorable » (dans son contrat, Maradona a une clause qui lui donne le droit de se retirer s’il ne parvient pas à s’adapter au climat biélorusse), pourraient signifier une fin prématurée à l’histoire entre une légende du football et la Biélorussie.

Alesia Rudnik et Vitaly Rudnik

Traduit par Quentin Guéguen pour Footballski.fr. Aucune partie de cette publication ne peut être reproduite ou transmise sans l’accord préalable de l’Auteur ou du Traducteur.
Nous tenons à remercier tout particulièrement Alesia et Vitaly Rudnik ainsi que Yarik Kryvoi pour l’autorisation à traduire et publier cet article sur Footballski. Vous pouvez les retrouver sur l’excellent Belarus Digest.


Image à la une : © Twitter Dynamo Brest

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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