On a discuté avec Johann le Roux, auteur d’un livre et documentaire sur Drago Vabec, le mythe du Stade Brestois

Tristan Trasca - Publié le 4 octobre 2014

Il y a peu, nous sommes tombés sur la bande-annonce d’un documentaire consacré à un joueur yougoslave du Stade Brestois, Drago Vabec. Bien entendu, cela nous a interpellé, on a donc posé quelques questions à l’homme derrière ce documentaire.

Tout d’abord, est-ce que tu peux te présenter ? Comment as-tu découvert Drago Vabec ?

Johann Le Roux, quadra brestois. Mon père a commencé à m’emmener avec lui au Stade de l’Armoricaine au début des années 80. C’est à ce moment-là que j’ai découvert un joueur extraordinaire : Drago Vabec.

Quelle est la place de Vabec dans la légende de Brest ?

Drago Vabec a été la première star brestoise et demeure, pour beaucoup, le meilleur joueur de l’histoire du club finistérien, qui a vu passer, par la suite, d’autres grands joueurs : des stars étrangères (Vladimir Petrovic, Julio Cesar, Roberto Cabanas…), des joueurs pour qui Brest a été un tremplin (David Ginola, Bernard Lama ou plus récemment Franck Ribéry…), des jeunes issus du centre de formation et qui ont réalisé par la suite de très belles carrières (Yvon Le Roux, Paul Le Guen, Corentin Martins…). Et je pourrais en citer d’autres, bien évidemment.

Pourquoi Vabec fut-il tant apprécié ?

Pour essayer de vous faire comprendre l’impact qu’a eu Vabec à Brest, je vais citer Alain De Martigny (entraîneur du Stade Brestois de 1976 à 1982 et de 1999 à 2002). Lorsque je l’ai rencontré, voici la première chose qu’il m’a dite: « Drago Vabec est l’un des plus gros gâchis du football européen, et c’est en partie de sa faute ». Une phrase lourde de sens…

Lorsque Drago Vabec est arrivé à Brest, il était quasi-inconnu en France. Je précise « quasi » parce que j’ai découvert, au fil de mes recherches, qu’ un grand club français s’était intéressé à lui au milieu des années 70. Mais il n’avait alors pas 28 ans révolus et n’avait pas effectué son service militaire, deux conditions nécessaires pour qu’un joueur yougoslave soit autorisé à aller exercer son talent à l’étranger. Le fait que Drago Vabec joue pour le Dinamo Zagreb a été néfaste au développement de sa carrière. Le club était mal perçu par le pouvoir en place car il était considéré comme un symbole de l’identité croate. Vabec n’avait pas les soutiens nécessaires pour s’installer en équipe nationale. Et le Dinamo Zagreb des années 70 n’était pas assez fort pour que son talent puisse éclater sur la scène européenne. Ceci explique le manque de notoriété de Vabec qui était pourtant l’un des meilleurs joueurs du championnat yougoslave. Mais il est demeuré fidèle au Dinamo (refusant notamment les avances de l’Etoile Rouge de Belgrade), comme il est demeuré fidèle par la suite à Brest, malgré de nombreuses sollicitations.

Est-ce un manque d’ambition ou la volonté de privilégier le bien-être de sa famille ? Sûrement un peu des deux. Il avoue par exemple avoir coupé court à des discussions avec le Bayern de Munich en 1979 : « Je trouvais le jeu allemand trop physique et je n’aurais pas aimé jouer dans ce championnat. Le mode de vie en Allemagne me semblait aussi trop austère. » On lui a aussi parfois reproché une certaine inconstance dans ses performances et une personnalité pas toujours évidente à gérer. Malgré tout, le talent exceptionnel de Vabec le prédestinait à une très grande carrière : il avait largement les capacités pour réussir dans un grand club européen.

Pourtant, il est resté quatre ans au Stade Brestois qui n’était qu’au début de son ère professionnelle. Voir évoluer un tel joueur à Brest était incroyable ! Il avait tout et savait tout faire. Il jouait ailier gauche mais était en même temps un buteur et un meneur de jeu. Néanmoins ce qu’on retient le plus de lui c’est son sens du dribble et ses tirs canons des deux pieds. Pour couronner le tout, son caractère bien trempé plaisait au public brestois.

Pourquoi avoir eu l’envie de tourner un documentaire sur ce joueur ?

Tout d’abord, il faut savoir que le documentaire n’est que la moitié du projet : il va accompagner, sur un support DVD, le livre que j’ai écrit sur Drago Vabec.

vabec

La couverture du livre de Johann Le Roux

L’élément déclencheur a été la remontée de Brest en L1 après 19 ans de purgatoire. J’avais quitté ma ville natale depuis une dizaine d’années et ne rentrait au bercail que rarement. Mais dès que j’en avais l’occasion j’allais voir jouer le « Stade » avec mon père. Le Brest-Tours décisif de la saison 2009/10, je l’ai suivi seul devant mon ordinateur à Villeneuve d’Ascq. Cette victoire, synonyme de montée, était très forte émotionnellement. Cela a fait remonter plein de souvenirs du Stade Brestois (et du Brest Armorique) et, parmi ceux-ci, le plus prégnant était celui de Drago Vabec. J’ai alors commencé à rechercher des images de lui. Pour l’occasion l’INA avait ressorti quelques vidéos sur le club dont un reportage sur Vabec et Radovic, contenant des extraits d’un autre Brest-Tours. C’était fabuleux de redécouvrir ces images près de 30 ans après. Mais je suis vite resté sur ma faim… J’ai alors commencé à compiler tout ce qui concernait Drago Vabec. Dans un premier temps mes principales sources étaient les forums sur internet et plus particulièrement ceux d’allez-brest.com et de Foot Nostalgie. A travers les témoignages de supporters de l’époque j’ai pu constater que la légende perdurait. L’idée d’écrire un livre sur le sujet a peu à peu germé et j’ai commencé à me lancer dans des recherches encore plus plus poussées : j’ai ainsi collecté tout ce qui concernait Vabec dans la PQR de 1979 à 1983 (Ouest-France et Le Télégramme). Puis, j’ai dû retrouver tous les France Football de la même période.

L’idée d’accompagner le livre d’images d’archives m’est venue presque immédiatement. Revoir Drago Vabec en action était une quasi-obsession : je voulais comparer mes souvenirs aux images d’époque. Et puis, partager ces mêmes images avec le maximum de personnes intéressées me paraissait très important. J’ai reçu une accréditation de l’INA me permettant de consulter, de mon ordinateur, leurs archives. Cette période de recherche était très excitante mais un peu frustrante : en effet, dans la plupart des cas, les résumés de matchs étaient extrêmement courts. Je suis néanmoins satisfait de ce que j’ai pu retrouver : une cinquantaine de buts et quelques actions permettant de présenter, au moins en partie, le style de jeu de Vabec. De cette exploration quasi-exhaustive des journaux et des émissions télévisées de l’époque est ressortie un fait évident : Drago Vabec a été snobé par les médias nationaux. Je pense que le fait qu’il jouait pour Brest est la principale raisons de cette faible médiatisation…

Pour la partie yougoslave de sa carrière, les recherches ont été plus compliquées. En juin 2011 j’ai créé une page Facebook consacrée à Drago Vabec. Grâce à cette page j’ai pu entrer en contact avec Dino Vrbanec, un joueur du Sloga Cakovec, club que Drago Vabec entraînait, puis avec Lydia Pavlinic, la fille de Miroslav Pavlinic qui était l’interprète du joueur à Brest, avant de devenir son ami. Grâce à ces deux personnes j’ai pu entrer en contact avec Monsieur Vabec et gagner sa confiance. Par la suite je suis allé le rencontrer en Croatie et il m’a confié un grand nombre d’articles de presse que j’ai dû faire traduire en anglais avant de les retraduire en français. J’ai aussi réussi à trouver quelques images d’archives du joueur sous le maillot du Dinamo et de l’équipe nationale. Mais cela n’a pas été évident ! En Croatie et en Serbie, il n’existe pas d’équivalent de l’INA. J’ai contacté les principales chaînes de télévision de ces deux pays ainsi que leur fédération de football respective. Mais tous m’ont dit n’avoir aucune image…

Pour synthétiser, je dirais que mes sources de motivation pour ce projet ont été multiples. Je voulais rendre hommage à ce superbe footballeur, satisfaire ma curiosité, notamment sur toute la période yougoslave du joueur, que je connaissais peu, avoir le plaisir de revoir des vidéos d’époque, faire connaître Drago Vabec à tous les supporters du Stade Brestois qui n’ont pas eu l’occasion de le voir jouer… Et éviter qu’il tombe dans l’oubli. Lorsque Brest est remonté en première division, de nombreux articles sont venus rappeler les plus belles années du club. Dans la plupart de ceux écrits par des médias nationaux, le nom de Vabec n’apparaissait pas. Probablement parce que leurs auteurs n’en avaient jamais entendu parler ! Evoquer l’histoire du Stade Brestois sans parler de Vabec est une aberration.

Comment est-ce que ce projet est financé et où pourra t-on voir le documentaire dans les mois à venir ?

J’ai tout financé sur mes deniers personnels, ce qui m’a permis de conserver une totale indépendance. Je ne suis pas sûr de rentrer dans mes frais, mais c’est secondaire : ce projet je l’ai réalisé par plaisir et par passion. Les personnes qui m’ont épaulé dans ce projet sont aussi des gens passionnés. Sylvain Maître (SCM Média) est le réalisateur du documentaire. Parce qu’il a été emballé par le sujet, il m’a fait bénéficier de tarifs attractifs. Je peux dire la même chose de Loïc Moyou, photographe et graphiste qui s’est occupé de la couverture du livre, de sa mise en page et de l’image imprimée sur le dvd. Quant à la musique originale du documentaire, je la dois à un ami très doué : Jean-Alain Larreur.

Une projection du documentaire est prévue le samedi 29 novembre 2014 au Kerisnel, à Saint-Pol-de-Léon (29). Cela devrait avoir lieu vers 16h30. Ce sera aussi l’occasion d’acheter le livre accompagné de son dvd et de le faire dédicacer par Drago Vabec lui-même. Quelques autres figures emblématiques du Stade Brestois devraient également être présentes. »

Tristan Trasca

Un grand merci à Johann pour ces mots et son projet que nous sommes très fiers de soutenir à travers cet article. N’hésitez pas à aller faire un tour sur la page Facebook et à soutenir ce projet de passionné. 

On a discuté avec Johann le Roux, auteur d’un livre et documentaire sur Drago Vabec, le mythe du Stade Brestois
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