On a discuté avec Wilson Kneeshaw, premier Anglais à jouer en deuxième division roumaine

Pierre-Julien Pera
Pierre-Julien Pera - Publié le 23 février 2015

Cet homme est un ovni. Jeune attaquant formé à Middlesbrough, Wilson Kneeshaw a décidé de quitter son pays pour la Roumanie… en deuxième division ! Rencontre avec la surprise de l’ACS Poli Timișoara, relégué de Liga 1 la saison dernière. Grand favori à la remontée, le club du Banat est leader détaché de la Série 2, le groupe ouest de la Liga 2. La promotion, qui se décidera au terme des play-offs, est donc en ligne de mire. Exempté, le Poli ne jouera pas samedi prochain, pour le grand retour de la Liga 2 après la trêve hivernale. Apparu seulement quatre fois en championnat durant la première partie de la saison, l’attaquant britannique devra donc attendre encore un peu pour tenter de se faire une place dans l’effectif cosmopolite – 10 nationalités différentes! – de nouveau club. L’occasion pour nous d’en savoir plus sur la trajectoire étonnante de ce joueur

« Peux-tu te présenter en quelques mots?

Bien sûr. Je m’appelle Wilson Kneeshaw, j’ai 20 ans et je viens de Darlington, une ville proche de Middlesbrough, où j’ai commencé à jouer à l’âge de 12 ans.

Il est rare de voir des joueurs anglais évoluer hors de leurs frontières. Encore plus rare de les voir aller en Roumanie, et plus encore en Liga 2, où tu es le premier et unique britannique. Comment es-tu arrivé à Timișoara ?

C’est très rare oui, il n’y a pas beaucoup de joueurs anglais à l’étranger. Un lundi, mon agent m’a appelé après l’entraînement. Il m’a dit qu’une équipe en Roumanie voulait me voir et qu’il fallait que j’y sois le mercredi. J’ai pris un avion, joué un match le jeudi et c’était le point de départ de mon aventure en Roumanie.

Présentation de Wilson Kneeshaw Poli Timisoara

Que connaissais-tu de la Roumanie avant ça ?

Pas grand-chose. J’ai fait quelques recherches sur l’ACS Poli et sur le championnat roumain avant d’y aller, mais à part ça tout ce que je connaissais était le match Steaua-Boro en Europa League.

Ah oui, pas un très bon souvenir pour moi ça… Tu as hésité avant de partir ?

J’étais nerveux avant de prendre l’avion, bien sûr, mais en même temps j’étais très excité d’avoir l’occasion de vivre quelques chose de nouveau.

Des Anglais ont joué en Roumanie avant toi, comme Mark Burke (au Rapid en 2000) ou Jordan Robertson, qui a fait une saison plutôt bonne avec le Gaz Metan l’an dernier. Tu as essayé de les joindre pour leur demander des informations ?

Non, je ne les ai pas contactés. Je suis juste venu pour vivre cette expérience par moi-même.

Avant ce coup de fil de ton agent, avais-tu déjà imaginé jouer à l’étranger ?

Oui, j’ai toujours pensé jouer à l’étranger. J’ai toujours adoré le football européen. Je ne voulais pas me limiter à l’Angleterre pour jouer.

D’accord. Mais la Liga 2 n’est pas vraiment suivie par les medias. N’aurait-il pas été plus facile de rester en League 2 voire en Conference pour être remarqué ?

Non, pas vraiment. Si j’étais allé en League Two ou en Conference, j’aurais été plongé parmi la foule de footballeurs anglais qui essaient tous d’arriver au top. Maintenant, je suis sur le marché européen. D’ici, mon but est de faire mon chemin vers l’Europa League ou la Ligue des Champions. J’ai juste une approche différente des choses.  Je sais que dans le football, il faut être différent des autres. Quel meilleur moyen pour ça que de faire les choses différemment ? Tu l’as dit toi-même, il n’y a pas beaucoup de joueurs anglais à l’étranger. Donc rien que pour ça, je suis déjà différent. Il y a eu un petit intérêt des médias britanniques sur mon expérience. Pas forcément autant que je l’aurais souhaité, mais c’est toujours plus que si j’étais resté au pays.

Il y a aussi pas mal de joueurs étrangers dans les divisions inférieures anglaises. Est-ce que cela rend les choses plus difficiles pour les jeunes Anglais comme toi ?

Oui, bien sûr. Le nombre de joueurs étrangers en Angleterre a augmenté, et il continue d’augmenter. L’Angleterre attire beaucoup de monde.

Revenons en Roumanie. Puisque tu en savais peu avant de venir, je suppose que tu n’avais pas entendu parler des problèmes financiers que le foot roumain rencontre actuellement.

Non, je n’en savais rien avant d’arriver en Roumanie. Mais en discutant avec les joueurs, ils m’ont parlé de ce qui était arrivé au Poli et à d’autres équipes.

Ça t’a inquiété?

Pas du tout. Je sais très bien que mon agent ne me mettra jamais dans une situation qui pourrait me causer des problèmes.

Wilson Kneeshaw au Poli Timisoara

Est-ce que tu suis les informations sur le foot roumain, les championnats, les équipes ?

Oui, j’essaie de me tenir au courant de ce qu’il se passe un peu partout en Roumanie, mais pour être honnête, la barrière de la langue m’handicape un peu.

Et que penses-tu de tout ce qu’il se passe? Le Steaua qui perd son identité, les équipes comme le Petrolul ou le CFR Cluj qui ne peuvent plus payer leurs joueurs, les équipes de L2 et L3 qui disparaissent… On est plutôt loin de l’Angleterre là !

Evidemment, pour quelqu’un comme moi qui vient d’Angleterre, où la gestion des clubs est aussi importante que les matchs eux-mêmes, c’est un peu étrange. Mais je suis certain que la fédération roumaine résoudra ces problèmes. C’est important pour elle d’y arriver, parce que la Roumanie a une grande histoire footballistique, et il n’y a aucune raison pour qu’elle n’ait pas aussi un grand avenir.

Nous avons parlé sur Footballski de ces nouvelles équipes “sans patron”, qui ont été créées à Timişoara, Vaslui, Piteşti et Sibiu. C’est un modèle plus proche de ce qu’on peut voir en Angleterre.

Oui, il y a quelques clubs similaires en Angleterre. En tant que joueur, je n’en sais pas beaucoup sur la gestion d’un club. Mais c’est quelque chose sur lequel la fédération devra travailler.

Le premier de ces clubs a été fondé à Timişoara, je suis certain que tu en as entendu parler.

Oui, l’ASU Poli, bien sûr que je les connais!

En tant que joueur de l’ACS Poli, est-ce que tu as ressenti des tensions entre les deux équipes, à l’intérieur du club ou en ville?

Non, je n’ai jamais vu ou entendu quoique ce soit de conflictuel. Il y a peut-être des tensions chez les habitants ou entre les supporters, mais de ce que j’ai vu – je ne les ai jamais vu jouer – il n’y a rien.

Quelques mois après ton arrivée, apprécies-tu ta vie à Timişoara ?

Oui, j’adore vivre ici, c’est comme une deuxième maison. C’est une très belle ville. Je n’ai pas trop pu visiter le pays, mais je suis vraiment bien ici.

Dans ce groupe de Liga 2, tu as pu sillonner une bonne partie de l’ouest du pays, jouer à Râmnicu-Vâlcea, Reșița ou Pâncota. Ca doit changer de l’Angleterre ! Tes impressions ?

Oui, c’est différent! Mais on n’a pas le temps de voir les différentes villes lors de nos déplacements. Du peu que j’aie pu voir, ce sont des villes qui sont plus petites que Timişoara mais qui ont l’air agréables. Quant aux stades, ça varie. Celui de Pâncota est petit mais celui de Vâlcea est plutôt grand.

Le Poli dans le champêtre stade Comunal de Pîncota

Le Poli dans le champêtre stade Comunal de Pâncota

Où as-tu vu la meilleure ambiance?

Nos supporters mis à part, je dirais que Mioveni a un bon stade et une ambiance sympa.

Concernant l’équipe, que penses-tu du niveau du championnat ? Est-ce différent de ce que tu as appris en Angleterre ?

Le niveau est très bon. Nous avons de bons joueurs, expérimentés. C’est vraiment agréable de travailler et d’apprendre d’eux.

Il y a pas mal d’étrangers dans le groupe, avec qui passes-tu le plus de temps ?

C’est 50-50. Je passe beaucoup de temps avec l’équipe, que ce soit les locaux ou les étrangers, comme moi. L’équipe est très soudée en fait.

Le Poli était le grand favori en début de saison, et vous êtes en tête de votre Série à mi-parcours. La promotion peut-elle encore vous échapper ?

C’est vrai que nous étions favoris. Nous avons très bien joué lors des matchs aller. Maintenant, nous devons rester concentrés pour continuer à bien jouer, gagner nos matchs et être promus en Liga 1.

A t’écouter, on a l’impression que ton expérience à Timişoara est plutôt positive. Il doit bien y avoir quelque chose de négatif à dire, non?

C’est vrai que c’est très positif. J’ai beaucoup appris ici, je m’éclate. Si je pouvais changer quelque chose, j’aimerais juste jouer plus souvent.

Wilson Kneeshaw  sous le maillot du Poli.

Wilson Kneeshaw sous le maillot du Poli.

Que souhaites-tu faire par la suite ? Jouer en Liga 1 avec le Poli, tenter ta chance dans un autre club en Roumanie, découvrir un autre pays ou revenir en Angleterre ?

Je veux jouer au plus haut niveau possible. S’il faut rester au Poli pour ça, je serai plus qu’heureux de le faire. Mais si cela signifie qu’il faut aller ailleurs pour progresser, alors je partirai, naturellement. Le football nous réserve toujours beaucoup de surprises, tout peut arriver à n’importe quel moment. »

Merci infiniment à Wilson pour sa disponibilité, sa simplicité et sa gentillesse. En espérant le voir encore souvent sous le maillot de l’ACS Poli, pourquoi pas la saison prochaine en Liga 1. Et comme on dit en Roumanie: cât mai succes în viitor!

PJ

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A propos de l'auteur

Pierre-Julien Pera

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Papy de la team. Tombé amoureux de Bucarest un jour d'hiver 1998. L'est devenu de toute la Roumanie au fil des ans. Regarde les matchs de Liga 1 roumaine et de Premium Liiga estonienne. En attendant désespérément le retour du Yakutia Yakutsk en 3e division russe. Faut vraiment être cinglé.

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