On a discuté avec Frank Vercauteren, entraineur du Krylya Sovetov Samara

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 19 août 2015

Durant un voyage en Russie, je me suis arrêté à Samara pour discuter avec l’un des francophones de Russian Premier League, j’ai nommé Frank Vercauteren. Le coach belge est actuellement à la tête du Krylya Sovetov, l’un des clubs historiques du pays.

En route pour l'entraînement du Krylya (la rue du centre d'entraînement).

En route pour l’entraînement du Krylya (la rue du centre d’entraînement).

Après avoir traversé la ville, et remonté en marshrutka la rue principale, j’ai donc été reçu au centre d’entraînement, qui se trouve en bordure d’un parc, pour assister d’abord à la séance. Je tiens d’ailleurs à remercier le préparateur physique Bart Caubergh (dont vous pourrez lire bientôt l’interview également) de m’avoir permis cela et de m’avoir reçu. L’entraînement se divise en deux parties, du physique et de nombreuses oppositions à sept contre sept. Nous sommes à trois jours du début du championnat et il faut être prêt pour la rencontre face à l’Anzhi (que le Krylya va d’ailleurs ensuite remporter). Je remarque que le groupe est assez élargi, ce qui fera l’objet de la première question pour le coach.

Les joueurs touchent le ballon avant que la séance commence.

Les joueurs touchent le ballon avant que la séance commence.

 Avant d’entrer dans le vif de l’interview, j’ai une question par rapport à ce que j’ai vu à l’entraînement: Vous avez un groupe élargi d’une trentaine de joueurs, donc élargi à la jeunesse. Est-ce un souhait ?

Non c’est plutôt une obligation. On doit monter l’équipe de jeunes pour le championnat des jeunes qui est calqué sur la première ligue. C’est assez compliqué car en deuxième division, nous n’avions pas ce championnat donc pas d’équipe de jeunes mais les joueurs étaient quand même obligés d’être au club. Ainsi ils s’entraînaient avec nous mais n’avaient pas de compétitions. Là, en remontant, nous avons du refaire l’équipe pour l’inscrire, c’est pour cela qu’il y a beaucoup de jeunes.

Quitte à les avoir, je préfère qu’ils s’entraînent avec nous plutôt que de déléguer ça à quelqu’un. Ça me permet quand même de les voir et en plus ça permet d’avoir plus d’options à l’entraînement. Si l’on veut faire des oppositions à cinq, à sept ou à onze, on a toujours le réservoir de joueurs nécessaire.

Comment vous êtes-vous retrouvé ici, à Samara ? Un club plutôt inhabituel pour un entraîneur belge.

En fait un agent est venu me voir il y a deux ans, et il m’a demandé si je voulais travailler en Russie et quelles étaient mes exigences. Je lui ai dit que oui, j’étais ouvert à cela, je voulais bien travailler en Russie mais que j’avais certaines exigences qui devaient absolument être remplies. Ensuite on ne s’est plus vu pendant au moins six mois puis il est venu avec Samara. Je lui ai dit que je voulais aller sur place voir la ville, et voir les dirigeants pour savoir quel était le club et surtout les ambitions et les objectifs. Quand je suis venu, il n’y avait que quelques contacts, mais ensuite cette personne a travaillé pour faire avancer les négociations.

Du coup, quels étaient les objectifs et les ambitions lors de votre arrivée dans un club comme Samara habitué à la Russian Premier League ?

Forcément, pour un club de l’envergure de Samara, il y avait une obligation de remonter directement dans l’élite du football russe. On a surtout deux ambitions, la première est de stabiliser le club et d’éviter de mettre le club en danger de redescente mais aussi un projet dans l’optique de 2018. L’oblast de Samara travaille pour la prochaine Coupe du Monde et veut faire évoluer le football avec notamment la construction d’un nouveau stade. De plus, en voyant le niveau de l’équipe et les moyens à ma disposition, le challenge m’a attiré.

De mon point de vue, le championnat s’est affaibli et est divisé en deux parties. Samara se trouve plutôt dans le deuxième et ça risque d’être plutôt serré de la 8e à la 16e place ?

C’est ce que je pense aussi, il y a les grosses écuries avec de gros budgets, mais après il y a 6 ou 7 équipes relativement équivalentes. Le souhait du gouverneur et d’autres personnes, est de voir le club aux alentours de la septième ou huitième place.

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Comment s’est passé votre adaptation en Russie ?

Je n’ai eu aucun problème, bien évidemment il y a les traducteurs qui restent souvent avec moi pour m’aider dans la communication et à faire passer mes messages aux joueurs. Au niveau privé je me sens très bien à Samara, ce n’est peut-être pas Moscou ou Saint-Pétersbourg, mais ça a beaucoup de charme. Je ne suis pas obligé de rester cloitrer dans ma maison à m’ennuyer, il y a des activités à faire et on peut sortir le soir sans problème. Tant que j’ai ce qu’il me faut, tout va bien. Ce n’est pas le grand luxe mais c’est très bien.

Cette adaptation a été même un peu surprenante je dois dire. On a une vue sur la Russie en Europe qui n’est vraiment pas exacte, les gens sont très ouverts, très agréables et ils respectent totalement la vie privée; ce qui est un plus non-négligeable.

D’ailleurs, j’ai vu que vous essayiez de communiquer en russe ?

J’essaye oui, au début je ne faisais pas trop d’efforts à ce sujet. Après la trêve, j’ai senti le besoin d’avoir un minimum de bagage linguistique afin de ne pas passer toujours par un interprète. Il me reste beaucoup de travail mais j’ai obtenu les bases pour me faire mieux comprendre.

En deuxième division, on est obligé d’aller trois fois par an en Asie à Sakhalin, Vladivostok ou Khabarovsk, c’est comme si on volait de Bruxelles à New York à chaque fois.

Comment situez-vous le championnat russe par rapport à vos anciennes expériences en Belgique; ou encore par rapport à la France que vous connaissez bien ?

Le niveau du championnat est d’un haut niveau. J’ai vu de nombreux championnats en étant sélectionneur de l’équipe nationale mais le championnat russe est assez difficile avec de bons joueurs. Si je compare les clubs belges avec mon équipe qui était l’année dernière en deuxième division russe, on ne jouera pas dans les deux, trois premiers mais tout le reste on est capable de les battre. J’ai plus de potentiel ici que dans certaines équipes que j’ai entrainé avant. Le challenge est intéressant et pas facile, il y a quelques clubs qui sortent du lot mais après c’est équivalent.

Avez-vous connu une expérience cocasse ou quelque chose d’impressionnant, de spécial ?

Le plu spécial, c’était les voyages. En deuxième division, on est obligé d’aller trois fois par an en Asie à Sakhalin, Vladivostok ou Khabarovsk, c’est comme si on volait de Bruxelles à New York à chaque fois. Faire 1 000 kilomètres chez nous et on est déjà sur la Côte d’Azur. On est dans un autre pays, un autre environnement. En D2, on a fait 20 000 kilomètres en quatre jours. C’est une découverte et on doit s’adapter à cette situation.

Grâce à cette expérience en D2, j’ai pu voir toute la Russie de l’Est à l’Ouest. On passe de Sibérie à Makhatchkala, puis Moscou et Saint-Pétersbourg ou encore Kaliningrad. En D1 ça sera bien plus simple, il n’y aura plus de déplacement très long.

Quel est votre avis sur le 6+5 ? Certains disent qu’il faut cette règle pour le bien de la sélection et que les Russes jouent, d’autres que si les Russes ne se battent pour gagner leurs places ils ne progresseront pas.

Il y du pour et du contre. Je peux comprendre que l’on protège « le local ». Par exemple, en Belgique il est possible de jouer avec 11 étrangers et on peut alors se demander où vont jouer les Belges. On a l’avantage en Belgique d’avoir une belle génération et que nos joueurs aient une valeur marchande. Je comprends qu’il y ait une limite en Russie, pour le moment il n’y a pas énormément de très très bons joueurs. Ça peut amener un certain confort pour les joueurs russes mais j’accepte la limitation et je comprend aussi l’idée de celle ci.

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D’ailleurs, avez-vous un avis sur le problème du renouvellement de génération en Russie ? Un problème dans les académies ou les méthodes de travail ?

Je n’ai pas forcément vu de soucis dans les académies. Je pense qu’il y a un souci de mentalité. Ici, on peut voir qu’on rejette souvent les erreurs sur les jeunes ou alors on pense qu’ils ne seront jamais aussi bon que les anciens. Ils essayent de faire des noyaux avec des joueurs aux qualités supérieures puis ils les prêtent en D2 ou en D3 parce qu’ils doivent jouer, mais je ne suis pas du même avis. Quand on envoie un joueur en D3, il est perdu, il n’a plus les automatismes avec ce qu’il a connu, il perd de la qualité et il perd de la motivation car il joue en troisième division et c’est un championnat assez bizarre.

Comment tu veux être motivé quand tu joues jusqu’au mois de novembre puis enchaîner avec une trêve jusqu’en avril, je ne sais même pas ce qu’ils font pendant quatre mois. En plus tu joues le mercredi et le vendredi, tu n’as que 48h pour te reposer, sans compter les voyages … Quand on voit les circonstances, ce n’est pas facile et je pense qu’il y a pas mal de travail à faire là-dedans et ainsi faire évoluer les mentalités pour faire plus de place aux jeunes.

Du côté du championnat et du football belge, quel est votre avis avec notamment la surprise Gent pour le titre ?

Oui le titre de Gent veut tout dire à propos des autres clubs comme le Standard ou Anderlecht. Ce n’est pas normal. Ça n’enlève rien au mérite de Gent qui avait la meilleure équipe, et je dis bien équipe et pas joueurs. Le championnat belge en général, c’est un étang pour pêcher de bons joueurs. On profite d’une bonne génération en qualité mais aussi en quantité. On est dans les meilleurs au niveau mondial mais il ne faut pas oublier que nos meilleurs joueurs ont été éduqué autre part; que ça soit à l’Ajax, à Lille, etc.

Toujours en Belgique, regrettez-vous de ne pas avoir joué la Champions League avec Genk ?

Non je ne regrette rien. Je ferais peut-être les choses différemment aujourd’hui mais je ne regrette rien. Je n’étais plus dans un état pour continuer de la même façon à Genk.

Vous avez signé un joueur belge, Jeroen Simaeys avec le Krylya, c’est dans vos plans de vous appuyer sur le championnat belge ?

Non. On fait souvent le lien entre ma nationalité et le possible recrutement mais j’essaye de ne pas le faire. La seule chose qu’il y a, c’est que c’est plus facile pour moi de juger des joueurs que je connais et que j’ai déjà eu l’occasion de voir jouer plutôt que de m’appuyer sur des vidéos. C’est pour cela que parfois il y a des noms de joueurs du championnat belge qui sont cités, c’est parce que je les connais et que je sais ce qu’ils valent.

 

Merci beaucoup Frank pour votre disponibilité et pour la gentillesse avec laquelle vous avez répondu à mes questions. Je vous souhaite bonne chance pour la saison à venir avec le Krylya Sovetov Samara.

 

Adrien Laëthier

On a discuté avec Frank Vercauteren, entraineur du Krylya Sovetov Samara
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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Russie et de l’Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l’Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J’essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d’ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,…) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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