On a discuté avec Bart Caubergh, préparateur physique du Krylya Sovetov Samara

Adrien Laëthier
Adrien Laëthier - Publié le 3 septembre 2015

Après avoir interviewé Frank Vercauteren (l’interview est ici), l’entraîneur belge du Krylya Sovetov Samara, le nouveau club de Yohan Mollo qui a battu le Zenit sur sa pelouse trois buts à un le week-end dernier, nous avons eu la chance de pouvoir discuter avec Bart Caubergh, préparateur physique du club de Samara qui a eu la gentillesse de nous recevoir et d’organiser pour moi la possibilité d’assister à l’entrainement des siens.

Bart a eu l’occasion de travailler en Belgique (à Genk) son pays d’origine, mais aussi aux Émirats Arabes Unis ainsi qu’en Iran avant de débarquer en Russie; mais il vous présentera mieux que nous son parcours au cours de l’interview à suivre.

Avec Bart dans les salons du club

Avec Bart dans les salons du club

Bonjour Bart et merci de nous recevoir. Parlez-nous tout d’abord de votre arrivée en Russie et de votre adaptation. Comment cela s’est passé ? A-t-il été difficile de s’adapter à une nouvelle ville, un nouveau pays ?

J’avais déjà un peu l’habitude car j’ai eu l’occasion de travailler dans différents pays mais en Russie tout était très rapide à notre arrivée, on a été seulement une semaine puis on a été en stage en Allemagne et lorsqu’on est revenu, le championnat a commencé immédiatement. Tout a donc été très vite comme je l’ai dit car à partir de ce moment on a voyagé toutes les deux semaines dans toute la Russie pour les matchs. Ce qui fait que la première demi-année ici a été assez facile car nous voyagions beaucoup.

A propos de la vie en Russie, j’ai été positivement surpris par la mentalité des gens ici. Ils sont gentils et ouverts, ils vous aident. Ce n’est pas quelque chose que j’attendais en arrivant ici car on imagine les Russes comme des personnes très distantes. Ils sont distants seulement au début puis vous construisez une relation de confiance et ils deviennent très proches. C’est quelque chose de très bien. Puis il y a également toutes les choses culturelles que je prends plaisir à découvrir comme la nourriture ou certaines habitudes, par exemple, vous ne serrez pas la main à quelqu’un à travers une porte, où vous ne devez pas poser une bouteille vide sur la table. Pour moi la culture est toujours le point de départ pour découvrir et comprendre un pays, j’ai travaillé en Belgique (KRC Genk, champions en 2010-2011), aux Émirats à Al Jazira où j’assistais déjà Frank Vercauteren, et en Iran pour l’équipe nationale sous les ordres de Carlos Queiroz, maintenant en Russie; et à chaque fois il s’agit d’une culture totalement différente. C’est pour cela que pour s’intégrer, il faut toujours garder la culture du pays en tête, comme un point de départ comme je le disais; et tout devient plus simple pour s’intégrer. Frank Vercauteren et les adjoints Jos Daerden et Hans Visser ont aussi une grande expérience de joueurs et d’entraîneurs dans divers pays aux cultures différentes.

Comme vous nous l’avez dit, vous avez travaillé dans divers pays aux cultures différentes. Avez-vous des anecdotes insolites ou drôles à nous raconter ?

Oui, par exemple, en Iran seuls les hommes sont autorisés à venir au stade pour un match masculin. Nous avons donc joué un match de qualifications contre la Corée du Sud devant 125 000 spectateurs, seulement des hommes. C’est quelque chose de très spécial.

Un autre exemple, aux Émirats, une fois nous avons joué un match et est arrivé le moment de la prière. A ce moment-là, l’arbitre a sifflé la fin du match (après vingt minutes environ) pour que les gens puissent prier et le match à repris après. Ce n’était pas au cours d’un match de championnat bien sûr mais durant la présaison. C’est très spécial.

Maintenant une question plus axée sur la préparation physique en Russie. Il y a deux points qui diffèrent de ce que l’on peut connaître en Europe: la distance (surtout en deuxième division), il y a de longs voyages et de grands décalages horaires; et ensuite la température, vous jouez des matchs à des températures assez froides. Est-ce-que cela requiert une préparation physique différente ?

Oui c’est une différence énorme, d’ailleurs l’an dernier nous avons pu expérimenter, je pense, toutes les conditions pour jouer au football. Nous avons joué à Tosno par 38 degrés, nous avons joué à Tomsk par moins 20, nous avons joué sur l’île de Sakhalin, à Vladivostok ou à Khabarovsk à l’autre bout du pays; puis à Moscou, cela fait six ou sept heures de décalage horaire et nous avons joué ici, où le stade est très près. Nous avons joué sur des très mauvais terrains synthétiques, comme à Sakhalin l’an dernier, mais aussi sur des terrains fantastiques. Nous avons évolué avec la neige, sous la pluie, en plein soleil. On a joué à 14h à Khabarovsk, ce qui fait 8h à Samara. C’est très inhabituel. Donc, oui, je peux dire que sur le plan de la préparation, nous avons pu expérimenter tout ce qu’il est possible de faire en matière de conditions.

Pour ce qui est du physique, c’est complètement différent de ce à quoi nous sommes habitués parce que nous avons eu seulement quatre semaines de préparation l’année dernière. Cette année aussi d’ailleurs mais c’est complètement différent car l’an passé; tout était nouveau: nouvel entraîneur, nouveau staff, nouveaux joueurs. On devait apprendre à se connaitre, il fallait travailler d’un point de vue tactique, construire une équipe, mieux connaître les qualités de chacun alors que cette année, quasiment rien a changé: les joueurs sont quasiment les mêmes. Nous n’avons donc plus à faire cela et nous pouvons seulement continuer notre travail, c’est plus facile. Mais de toute façon, quatre semaines ce n’est pas beaucoup, surtout lorsque l’on n’a que trois semaines d’intersaison. Je crois même que la saison passée, ils n’avaient eu que deux semaines après les barrages quand ils sont descendus.

Frank Vercauteren, Jos Darden et Bart Caubergh fête le titre en FNL

Frank Vercauteren, Jos Darden et Bart Caubergh fête le titre en FNL

Du coup notre préparation a commencé l’an dernier, depuis janvier ou février où nous étions en stage à Abu Dhabi. Le club a fait les choses très bien pour nous permettre de voyager dans des conditions confortables et d’avoir de bons hôtels ainsi que des bons terrains. Ils ont fait tout leur possible et vous avez vu le résultat ? Après la trêve, nous avons gagné onze de nos treize matchs et nous sommes arrivés petit à petit à la victoire en championnat. Ce qui a fait que pendant les trois semaines d’intersaison en juin, les joueur sont partie avec une condition physique haute et une fraîcheur pas trop entamée. Vous ne perdez pas la condition si vite (en trois semaines) et vous pouvez regagner la fraîcheur. Nous avons donc eu un point de départ très positif pour nous préparer à cette saison dans l’élite.

Est-ce-que vous pensez qu’il y a une école belge de la préparation physique ? Les préparateurs belges sont à la mode, avec vous, avec Jan Van Winckel également.

Pour moi ce n’est pas ce qui est le plus important car si vous prenez le football comme point de départ, vous aurez la même référence partout dans le monde. Ce n’est donc pas une question « d’école belge » ou de tout autre pays mais plutôt l’application et la périodisation du football dans des contextes toujours différents.

Ici avec Raymond Verheijen à Barcelone

Ici avec Raymond Verheijen à Barcelone

En partant de là, je travaille déjà cinq ans avec l’entraîneur néerlandais Raymond Verheijen, fondateur de la « World Football Academy », qui est l’institution indépendante de référence (leader) pour l’éducation des coachs, des différents membres de staff ainsi que des praticiens. C’est lui qui a développé le modèle de périodisation en prenant le football, le jeu, comme point de départ immuable. Raymond Verheijen a également travaillé deux fois avec la Sbornaïa pour les Euros 2008 et 2012 ainsi qu’avec différents clubs russes. Il m’a aussi conseillé pour mon travail en Belgique, aux Émirats, en Iran et maintenant en Russie. Son expérience m’a beaucoup aidé pour l’application pratique aux spécificités de la culture russe.

Quelles sont pour vous les raisons pour lesquelles la Russie a du mal en ce moment, et ne parvient pas à avoir de bons jeunes ?

Il a fallu du temps pour changer la vision du travail avec les jeunes en Russie. Il faut les accompagner depuis longtemps pour obtenir des résultats probants. Aujourd’hui ils ont l’objectif de la Coupe du Monde 2018 à domicile et les académies travaillent avec cet objectifs, mais cela prend du temps, car en Russie ils ont été plutôt habitués à prendre des étrangers et à n’intégrer les jeunes que tard dans la philosophie du club. Maintenant ils ont commencé à bien travailler avec les jeunes car ils ont pris conscience des besoins pour la sélection. Ils vont obtenir un gros bénéfice de cela, mais il faut travailler avec les jeunes depuis l’âge de treize ans, et pendant cinq ou six ans. C’est une vue à long terme. Nous sommes en 2015, donc vous avez trois ans encore pour intégrer les meilleurs dans l’équipe nationale pour 2018 et ensuite vous avez l’échéance 2022 où ils seront encore meilleurs. Vous devez construire en permanence.

Mais c’est aussi un problème de générations, elles ne sont pas toutes égales. Par exemple, aujourd’hui en Belgique vous avez une génération fantastique qui est capable de gagner l’Euro ou le Mondial mais peut-être que dans cinq ans, tout sera différent.

Quelles sont les différences en matière de préparation physique entre un club et une sélection ? J’imagine qu’elles sont quand-même très importantes.

Oui, je peux comparer car j’ai travaillé avec l’équipe nationale d’Iran. Les différences les plus grandes quand vous êtes avec une sélection, c’est que vous 23 joueurs sont tous « fit », il n’y a pas de bléssés quand ils viennent en sélection. Ils sont tous en état de joueur. Donc en partant de là et aussi du fait que vous les avez seulement pour cinq jours environ, il n’y a aucune préparation physique en sélection car c’est le boulot des équipes alors qu’en sélection vous n’avez que deux choses à faire: créer une équipe en mettant les meilleurs joueurs ensemble et en les faisant bien jouer ensemble; et la deuxième chose, c’est de les garder frais pour être sûr qu’ils ne se blessent pas et qu’ils puissent retourner dans leurs équipes respectives en bon état. Quand vous prenez les joueurs de certains clubs de tête de classement, vous avez une ossature de joueurs qui sont habitués à jouer ensemble quand ils arrivent en sélection; c’est donc un plus pour la Russie.

Puisqu’on parle de ces clubs là, que pensez-vous de la nouvelle règle du 6+5 en Russie (limitation à six étrangers au coup d’envoi) ? Certains sont favorables à cela, d’autres non, c’est un gros débat aujourd’hui même si bien-sûr Samara n’est pas tellement impacté par cela. Est-ce mieux ou pire encore pour la sélection russe ?

Je pense qu’il y a deux choses. La première c’est que le moins d’étrangers vous avez, le plus de place vous obtenez pour les joueurs locaux et ainsi ils obtiennent du temps de jeu et peuvent développer leurs qualités. L’autre point de vue, c’est que si vous changez trop vite le règlement d’une saison sur l’autre; cela risque de créer des grosses différences pour plusieurs équipes.Quand certaines ont d’excellents étrangers et de très bons Russes, ils peuvent s’améliorer sans cesse car ils sont sur le terrains avec des top-players étrangers.

Bart sur le banc, aux côtés du Coach !

Bart sur le banc, aux côtés du Coach !

Donc pour résumer, cette règle est bonne car les Russes peuvent jouer plus, mais il faut toujours garder à l’esprit qu’il faut maintenir la qualité de ces joueurs. Mais pour la plupart des équipes cela ne changera rien de toute façon.
L’organisation, le travail et la structure des académies deviendra de plus en plus importante, ainsi que les équipes de jeunes; car cela permettra de préparer les jeunes joueurs russes pour les équipes premières. Frank Vercauteren, d’ailleurs, accorde beaucoup d’attention au football des jeunes et c’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle nous entraînons l’équipe 2 à Samara avec le même staff que l’équipe 1.

Mais de toute façon, on peut penser que les quelques russes qui sont titulaires sont persuadés qu’ils ne perdront pas leur place car les places d’étrangers sont précieuses pour les attaquants de ces équipes. Les grosses équipes, par exemple, ne prendront jamais de gardiens étrangers et il n’y aura jamais de concurrence.

Ce n’est pas si sûr ! Quand vous jouez dans une équipe de bas de tableau, il peut être très intéressant d’avoir un très bon gardien étranger plutôt qu’un Russe moyen; alors que quand vous êtes en haut du classement avec 60% de possession de balle, vous pouvez être heureux avec un bon gardien russe. Mais après cela revient toujours en même, car le mercredi ou le jeudi en Europe, vous êtes contents d’avoir un très bon gardien aussi.

Espérons que le Krylya Sovetov est de nouveau quelque chose à fêter en cette saison.

Espérons que le Krylya Sovetov est de nouveau quelque chose à fêter en cette saison.

Je vous remercie, Bart, au nom de l’équipe du site pour nous avoir reçu et gentiment répondu. Bonne chance pour la saison à venir (qui est d’ailleurs aujourd’hui plutôt bien engagée pour un promu) et au plaisir de suivre la saison du KS Samara.

Adrien Laëthier

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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Russie et de l'Ukraine et spécialiste de ces footballs, ainsi que du football de l'Est en général ! A vécu en Russie, à Chelyabinsk là où les météorites tombent. J'essaye de faire vivre sur Footballski les différents championnats d'ex-URSS (Ukraine, Caucase, Baltique,...) ainsi que la RPL par les résumés hebdomadaires.

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