De Pardubice à Olomouc, une journée entre Bohême et Moravie

Antoine Gautier
Antoine Gautier - Publié le 28 novembre 2018

Un beau week-end de la Toussaint, un derby de Prague qui se profilait, une foule de matchs à voir en quelques jours à travers la République Tchèque. Nous ne sommes pas en été mais l’équipe Footballski a senti le vent du Footballskitrip la pousser à l’est encore une fois. Une itinérance footballistique que nous vous faisons vivre avec deux articles, entre Pardubice et Olomouc tout d’abord, au cœur de la République Tchèque (voire de la Tchécoslovaquie) profonde. A Prague ensuite, car nous avons eu également la chance de vivre un 290ème derby de feu.

Bonjour Pardubice

Le réveil est bien matinal en ce samedi pour un groupe de touristes français comme on en croise des centaines à travers la capitale tchèque. Mais pour nous aujourd’hui il n’est pas question de visiter un des célèbres musées praguois ou de pousser la porte du célèbre château de Prague, encore moins de dépenser couronne sur couronne dans un des nombreux bars de strip-tease. Sept heures du matin, tout le monde émerge et se met en route vers la gare. Le premier trajet de la journée nous emmène vers Pardubice. Une heure de train à travers les belles campagnes tchèques, particulièrement moroses sous ce crachin typique de novembre, une mélancolie accentuée par les nombreux arrêts imprévus du train, une constante en République Tchèque que nous découvrons au long de ce voyage.

Arrivés dans la capitale Bohême depuis quelques jours avec un grand appétit de football, Prague nous aura déjà offert quelques apéritifs de très bonne tenue avec tout d’abord un huitième de finale de Ligue des Champions féminine joué pour l’occasion au stade du Slavia. Car le Slavia Prague a une bonne section féminine et s’est donc qualifié face aux suédoises de Norkopping à l’issue d’un match haletant (un bon vieux 0-0), fêté comme il se doit avec ses supporters (un bon millier). Puis un Bohemians vs. Teplice de toute beauté qui nous aura fait découvrir que l’on peut être né à Bahreïn et jouer au football de haut niveau, qui plus est avec pas mal de classe. Cet exploit, il est l’oeuvre d’Abdullah Yusuf qui vit sa première saison en Europe mais devrait réaliser de très belles choses dans le futur avec les kangourous.

Une pluie fine et glaciale nous accueille à Pardubice. Un temps idéal pour découvrir les larges avenues bétonnées et immeubles de construction tchécoslovaques qui constituent la majeure partie de la ville. Notamment le chemin qui mène à pied, de la gare au stade Pod Vinici, qui passe à côté d’un immense bâtiment industriel abandonné, siège des anciennes usines Tesla. Ici, point de voiture à 100 000 €, quoique l’on reste dans le domaine de l’électronique, mais bien une usine qui au temps de la Tchécoslovaquie fournissait en électronique tous les ménages de la région, ainsi que l’industrie militaire. Aujourd’hui déserté, le complexe fait le bonheur des fans d’urbex. Ainsi est Pardubice, ville industrieuse dès le premier coup d’œil, connue par ailleurs pour l’industrie Semtin, fabricant du fameux explosif Semtex.

Les matchs du samedi matin

Il est dix heures du matin et une foule conséquente se presse déjà autour des buvettes et du stand de grillades, qui font tout le charme des matchs du championnat tchèque. A un peu plus d’un euro la pinte de bière locale et guère plus pour la saucisse grillée, les 800 spectateurs de ce match de deuxième division peuvent au moins oublier assez vite les cordes qui s’abattent sur le terrain déjà bien lourd.

Les 22 acteurs de ce match adaptent rapidement leur jeu aux conditions et nous offrent une compilation de tout ce qui peut faire le charme d’un match de division inférieure, à savoir duels à l’épaule, de la tête et tacles glissées. Des conditions parfaites également pour le buteur du Mas Taborsko, qui célèbre l’ouverture du score dès la 16ème minute d’une superbe glissade sur les genoux. Il en faut plus cependant pour décourager les locaux, qui repartent à l’attaque et mettent rapidement le pied sur le ballon, poussés sans relâche par la quinzaine d’ultras locaux, la cinquantaine de moyenne d’âge, bravant la pluie jusqu’au bout et ce sans sourciller. Et qui pourront se réchauffer à peine quelques minutes plus tard, quand leur attaquant Pavel Cerny inscrit un doublé pour les locaux. Le buteur du Mas Taborsko, David Brezina, tente tant bien que mal de gagner quelques mètres sur un coup franc à l’entrée de la surface, mais l’arbitre repère la supercherie et lui attribue le carton jaune le plus stupide du week-end. Coup-franc qui ne donne rien, mi-temps, il est temps d’aller chercher de quoi se réchauffer de nouveau. Chose aisée quand, en dehors des buvettes extérieures, le club dispose d’un vrai bar-restaurant avec vue sur le terrain.

Une nouvelle pinte en main, nous voilà de nouveau armés pour la deuxième mi-temps. Les deux équipes reviennent avec les mêmes intentions sur le terrain, mais Pardubice accentue petit à petit sa pression sur le but de Taborsko, qui craque finalement une troisième fois. Les visiteurs inscrivent bien un dernier but dans le temps additionnel, promettant une fin de match folle, mais ce sont les locaux qui peuvent exulter avec leurs supporteurs pendant de longues minutes. Car cette victoire leur permet de se replacer dans les cinq premières positions au classement, au coude à coude avec Hradec Kralove, le voisin honni situé à une vingtaine de kilomètres d’ici.

Pour Taborsko en revanche, qui reste englué en fond de classement, c’est le coup de massue. Il en faudrait plus pourtant pour entamer le moral de Martin N’Gimbi, que nous rejoignons à sa sortie des vestiaires. Le gaillard a 21 ans, dont 18 passés à Béziers, avant de rejoindre la République Tchèque il y a 3 saisons, d’abord au FK Vlasim et maintenant à Taborsko. Le Bitterois n’a rien perdu de son accent et nous raconte sa nouvelle carrière tchèque :

« Moi j’ai commencé à Béziers, je suis né à Béziers, et quand je suis arrivé en République Tchèque à 18 ans ,je suis d’abord arrivé à Vlasim. Là-bas, c’était un peu compliqué parce que le coach ne me faisait pas trop confiance, puis j’ai eu l’opportunité de venir à Tabor, j’ai pris ma chance et ça s’est bien passé. Ce qui est bien dans ce pays, c’est qu’ils laissent la possibilité aux joueurs de progresser, contrairement à ce que je connaissais à Béziers. Je dirais que c’est le point positif ici, ils ont le temps d’attendre que les joueurs arrivent à maturité.

Quand je suis arrivé, j’ai eu un peu de mal c’est vrai, des jours à -15° C, j’avais jamais connu ça à Béziers mais avec le temps on s’y fait, en plus maintenant je parle tchèque donc c’est plus facile avec les coéquipiers. La D2 tchèque, c’est beaucoup de duels, des terrains pas forcément faciles, mais c’est très formateur. Moi j’espère connaître la D1 tchèque, à Plzen par exemple c’est un club que j’aime bien et qui sort du lot, qui joue en Europe, puis après bouger vers d’autres championnats pourquoi pas. En tout cas, c’est un bon championnat intermédiaire » – Martin N’Gimbi, joueur de Taborsko.

Nous complétons cette matinée par un petit détour en centre-ville, afin de retrouver une compatriote qui officie d’ailleurs pour le festival de la francophonie « Bonjour Pardubice », qui se déroulait ce week-end. Malheureusement, le centre-ville est déjà complètement déserté à 13h de l’après-midi, une habitude apparemment : « C’est la République Tchèque, les gens restent chez eux« . Nous voila donc déjà en route vers la gare, glanant au passage quelques pains d’épices, la spécialité de la ville, et admirant quelques fresques hippiques, rappelant que Pardubice est avant tout connu aujourd’hui en Europe pour son grand steeple chase, réputé être le plus dur et exigeant de sa catégorie.

Sigma en vue

Rivale historique de la ville de Brno, avec qui elle se dispute le titre de capitale de la région de Moravie, Olomouc dispose d’un des plus riches patrimoines architecturaux de République Tchèque. Cela, nous le découvrons pour l’instant brièvement pendant les quelques kilomètres de tramway qui nous emmènent vers le stade Andruv, un autre monument de la ville et une sacrée curiosité architecturale lui aussi. Disposant de plus de 12 000 places, l’écrin du SK Sigma Olomouc dispose en effet d’une tribune en arc de cercle monumentale, lui donnant un petit air de stade vélodrome, reconnaissable d’assez loin. Un stade d’autant plus particulier quand on se rend compte, sur place, que sous les tribunes sont construits des logements sur plusieurs étages. Un exemple d’architecture fonctionnaliste à la tchèque !

Julien Duez © Footballski

Bien que l’affluence ne soit pas des plus importantes ce soir, l’affiche à laquelle nous allons assister vaut pourtant le détour. Et pour cause, c’est un petit derby qui nous attend avec la visite du SFC Opava, club de la même région de Moravie, tout proche de la frontière polonaise, et promu cette année en Liga I. Ce sont d’ailleurs ces derniers que l’on entend et que l’on voit le plus dès l’entame du match. Alors que le Sigma Olomouc doit compter sur à peine une vingtaine de supporters « ultras », et qui mettront pas mal de temps pour mettre la main sur un tambour, du côté d’Opava il y a bien 300 ultras au moins qui ont parcouru les 70 km entre les deux villes. Bien installés en hauteur, la combinaison bière-saucisse-raifort est un antidote efficace à la pluie fine de cette soirée d’automne.

Car il faut avouer que le spectacle est plutôt au rendez-vous en ce début de match. Ce sont les visiteurs qui rentrent le mieux dans la partie, sous l’impulsion d’un joueur qui va tout de suite nous taper dans l’œil et nous enthousiasmer tout au long de la partie, Joël Kayamba. Natif de la République démocratique du Congo, le milieu de terrain prêté par le Viktoria Plzen est partout en ce début de match. Véritable pile électrique, il enchaîne les sprints aux quatre coins du terrain et fait valoir une très bonne technique balle au pied. Tant et si bien qu’Opava ouvre le score dès la 9ème minute. Bien trouvé par une transversale de Kayamba, le milieu Petr Zapalac crochète à l’angle de la surface et envoie une frappe brossée somptueuse dans la lucarne juste devant nous. La pression d’Opava ne faiblit pas ensuite et les joueurs au maillot rouge font le break dès la 22ème minute, par l’intermédiaire de Tomas Smola qui coupe un corner d’une tête puissante au premier poteau.

Julien Duez © Footballski

Une première journée exaltante

Passées ces vingt premières minutes, le pressing d’Opava s’essouffle un peu et le Sigma parvient à réduire l’écart juste avant la pause (2-1) avec un nouveau but somptueux. Sur un ballon mal renvoyé par la défense d’Opava, le capitaine Michal Veprek contrôle et ajuste le gardien adverse d’une demi-volée en pleine lucarne, ce qui redonne un peu de voix à ses supporteurs. Des buts, de l’engagement, des actions en cette première période, on ne s’attendait pas forcément à ça en assistant à un Sigma – Opava, et c’est pourtant le cas. Le début de seconde période est du même acabit. Mais, progressivement, Opava choisit de reculer afin de tenir cette victoire précieuse pour eux. Kayamba finit d’ailleurs presque en position de milieu relayeur, bien qu’il apporte toujours sa fraîcheur vers l’avant en contre.

Le match se tend un peu et se refroidit, c’est le moment que choisit une mère de famille, située quelques rangées devant nous, pour se siffler une petite bouteille de raki avec son mari, devant leurs enfants. La récompense pour le Sigma arrive finalement dans les dernières minutes, à la suite d’un centre au second poteau poussé de la tête par Martin Nespor, qui profite de la confusion générale devant la ligne de but. Une égalisation cruelle mais méritée pour le Sigma… qui risque pourtant de voir tout s’écrouler à nouveau quelques minutes à peine. Sur un contre mené à cent à l’heure, Kayamba déborde et négocie parfaitement un 3 contre 2 pour glisser la balle à son partenaire, qui envoie une lourde frappe du gauche… sur la barre transversale. Incroyable scénario, ce match nous a finalement régalé jusqu’au bout.

Nous terminons donc cette journée à travers la République Tchèque sur une note très positive, et une belle balade en centre-ville de retour vers la gare. Découverte d’autant plus agréable qu’il n’y a absolument personne en centre-ville un samedi à 19 heures, ce qui nous laisse tout le loisir d’admirer la cathédrale Saint Venceslas, la colonne de la Sainte Trinité érigée à la fin d’une épidémie de peste, ou encore l’hôtel de ville. Curieusement bâti sur le plan d’une église au milieu d’une place pavée, il est flanqué sur son côté d’une belle horloge astronomique qui nous ferait presque oublier qu’il ne nous faut pas trop traîner pour rejoindre la gare, où les supporters du SFC Opava attendent déjà plus ou moins sagement leur train. Pour nous, il est déjà l’heure de rentrer (avec deux heures de retard, merci les trains tchèques), demain c’est derby de Prague !

Antoine Gautier


Images de l’article et à la une : Julien Duez © Footballski

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