Coupe du Monde 2018 – Serbie vs. Brésil : Dejan Petković, du Marakana au Maracana

Lazar Van Parijs
Lazar Van Parijs - Publié le 27 juin 2018

Elle est là : la Coupe du Monde 2018. La vôtre … et la nôtre. Pour fêter cette compétition, chez nous, dans nos contrées russes, notre rédaction a décidé de faire les choses comme il faut en vous offrant différentes séries d’articles. Il est temps de passer à l’heure russe ! 

Dejan Petković, dit Rambo, c’est l’histoire d’un jeune né en 1972 dans la région de Bor, à Majdanpek très exactement, une région connue pour ses pierres minérales et son or. De l’or dans les pieds, c’est précisément ce qu’avait ce joueur qui a débuté au Radnički Niš, à 16 ans.

D’Est en Ouest

Très vite, Petković est l’un des meilleurs défenseurs du championnat yougoslave et signe en 1992 à l’Etoile rouge de Belgrade, où il reste jusqu’en 1995 en gagnant au passage le titre de champion de Yougoslavie. La tâche est rude, car Rambo et les siens doivent remplacer la génération dorée de 1991, vainqueur de la C1 face à l’Olympique de Marseille de Raymond Goethals (0-0, 5-3 aux T.A.B.). Débarquant à 19 ans, sa mission est de remplacer Dejan Savicevic ou encore Darko Pancev. Il est rapidement comparé à un autre joueur venant du sud de la Serbie, ayant enchaîné Nis puis Zvezda et qui possède également un diminutif, à savoir Dragan Stojković dit Piksi. Les ressemblances ne s’arrêtent pas là. Les deux sont des milieux de terrain offensifs et connaissent une carrière parallèle.

Deux titres nationaux plus tard, notre talentueux créateur s’envole vers Madrid et devient un joueur du Real, mais est prêté dans la foulée, trois semaines après avoir signé, d’abord à Séville, qui joue alors la relégation, puis la saison suivante au Racing Santander, avant d’être envoyé dans la Castilla. Il profite tout de même de son passage madrilène pour ajouter un championnat 1996–97 et une Supercoupe d’Espagne à son actif et se fait remarquer lors d’un match amical de la B par des émissaires de Vitoria, l’équipe de Salvador de Bahia, au Brésil. Nous sommes alors en 1997.

Teo Fonseca, vice-président du club, essaie de le convaincre de traverser l’Atlantique, mais celui-ci est méfiant : “Pourquoi devrais-je quitter l’Europe et aller au Brésil alors que les Brésiliens font le chemin opposé ?”. Il se laisse finalement convaincre en incluant dans son contrat une clause lui permettant de rentrer en Europe si son intégration se passe mal. Son adaptation au Brésil, à Salvador de Bahia, se passe avec de si grandes difficultés qu’il gagne deux championnats de la région et une coupe. Las de ce succès, il active sa clause et rentre en Europe dans le nord de l’Italie, à Venise.

Nous sommes alors en 1999 et la guerre fait rage entre la Serbie et le Kosovo.

Officiellement, il souhaite être plus proche de sa famille, alors que l’OTAN bombarde son pays. Cependant, ce retour sur le Vieux Continent n’est pas un succès et six mois plus tard, Rambo reprend l’avion. Il est rapatrié au Brésil par Flamengo (en savoir plus sur le Flamengo chez nos amis, l’excellent Lucarne opposée). Sous le maillot rubro negro, il se met en valeur avec sa spécialité, les coups francs. Son coup franc victorieux à la 89e lors du dernier match de la saison en 2001, face au Vasco de Gama, est encore dans toutes les mémoires au Brésil. C’est le but du titre pour le club de Rio de Janeiro !

Rambo globe-trotter

Il est transféré justement la saison suivante dans le club rival de Rio, Vasco de Gama où il continue de jouer en tant que numéro 10, avec une balle qui semble scotchée à son pied droit et enfilant les buts sur coup franc. Ses succès dépassent les frontières et le joueur serbe reçoit une offre lucrative de près de cinq millions de dollars pour aller jouer, en 2003, aux Shanghai Shenhua, le temps d’y gagner un titre avant un retour de Rambo, l’année suivante, à Vasco de Gama. A l’issue de la saison 2004, il retente l’aventure à l’étranger, en Arabie Saoudite, à Al-Ittihad. Après six mois sur place, un troisième club de rio, le Fluminense, le recrute. C’est l’occasion pour le joueur serbe de prolonger son histoire d’amour avec Rio de Janeiro. Pas désiré par l’entraîneur Abel Braga, il marque néanmoins le millième but en championnat du club et s’impose petit à petit dans l’effectif, faisant taire au passage les critiques lors de sa signature. S’en suit une série de clubs où il traîne son spleen entre Goiás, Santos et l’Atletico Mineiro, entre 2007 et 2008. Plus les années passent, plus notre globe-trotter connaît de clubs différents.

Alors âgé de 36 ans, sans contrat et que tout le monde le dit rouillé, notre héros signe avec l’un de ses anciens clubs, Flamengo. C’est le retour de Rambo à Rio. Arrivé sur la pointe des pieds, alors que le club est à la 14e place du championnat, il commence son aventure sur le banc, puis, alors que les résultats s’améliorent, redevient progressivement titulaire. L’équipe va mieux et on peut attribuer l’amélioration de l’équipe entre autres à ce dernier. Petković est alors entouré de jeunes pousses qui l’appellent affectueusement papa. Lors de la dernière journée, les partenaires d’Adriano doivent absolument l’emporter pour espérer gagner le titre. Lors de la seconde mi-temps, Rambo offre un but sur corner pour permettre à Flamengo de gagner son premier titre depuis 1992. La légende est née.

Surprenante coïncidence, son retour correspond avec un projet cinématographique du réalisateur serbe Darko Bajic, qui le suit pendant toute la saison. Autant dire que le film O Gringo est à voir pour tous les amateurs de football et de Brésil, afin de suivre cette saison exceptionnelle de l’intérieur. “Pet”, tel est le surnom que le Serbe a gagné au Brésil, a marqué 167 buts en championnat lorsqu’il met un terme à sa carrière, en 2011. Il est d’ailleurs devenu le troisième étranger à avoir ses pieds installés dans le “Walk of fame” du Maracana.

Rambo l’Ambassadeur

Cependant, le joueur garde un grand regret. Pour cause, Petković n’a jamais été sélectionné en équipe nationale serbe et c’est pour lui une grande tristesse. Le sélectionneur brésilien, en 2010, juste avant la Coupe du Monde sud-africaine, déclarait que l’équipe serbe “devait être la meilleure de la compétition si elle se permet de laisser un joueur du talent de Petković à la maison.”

Symbole de sa popularité, le Serbe a été reconnu, en 2014, pour avoir contribué au renforcement des liens entre la Serbie et le Brésil. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Vuk Jeremić, interrogé à ce sujet, nous explique son choix : “Petković est peut-être le Serbe le plus connu de l’histoire au Brésil. Je l’ai vu de mes propres yeux en marchant dans la rue, dans des restaurants, et ce dans plusieurs villes brésiliennes. Il est extrêmement reconnu et apprécié. Un consul honoraire est un ambassadeur de bonne volonté. C’est quelqu’un qui doit faciliter les relations entre les deux pays. Je ne sais pas si quelqu’un de notre partie du monde est aussi connu et reconnu là-bas, d’où ma décision. Les officiels brésiliens de tous horizons, c’est-à-dire même ceux qui ne supportent pas Flamengo, ont apprécié le geste. Petković est une icône au Brésil. Il connait tout le monde et tout le monde le connait. Il lui suffit de prendre son téléphone pour débloquer des problèmes. C’est un atout pour notre diplomatie d’avoir quelqu’un d’aussi écouté.”

En tant qu’amateur de football, un simple fan comme il le dit lui-même, il ne peut d’ailleurs que regretter “qu’il n’ait pas joué avec notre équipe nationale. Ce n’est pas seulement un super athlète, mais c’est aussi un homme exceptionnel. Avec le temps, c’est devenu un ami et c’est un grand privilège de pouvoir l’appeler ainsi”.

Rares sont les Européens qui ont joué en Amérique du Sud, encore plus rares sont ceux qui ont réussi à y briller, telle est en substance l’histoire de Dejan Petković. Nul doute que ce soir, le plus Brésilien des Serbes aura du mal à choisir son camp.

Lazar van Parijs / Tous propos recueillis par L.v.P pour Footballski


Photo de couverture : © Marcello Casal Jr/ABr – Agência Brasil

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A propos de l'auteur

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Je me suis réveillé un beau matin à Belgrade à cheval entre Europe de l' Ouest et le bloc soviétique après une nuit sur un Splav à boire de la Rakija. J'ai décidé de prendre le train de nuit suivant, direction Moscou, finir l'aventure devant l' Hotel Ukraina !

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