Coupe du monde 2018 – Russie : Sergei Ignashevich, papy fait de la résistance

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 1 juillet 2018

Elle est là : la Coupe du Monde 2018. La vôtre … et la nôtre. Pour fêter cette compétition, chez nous, dans nos contrées russes, notre rédaction a décidé de faire les choses comme il faut en vous offrant différentes séries d’articles. Il est temps de passer à l’heure russe ! 

813 matchs professionnels, ça en dit long sur l’homme. Sergei Ignashevich est tout simplement le recordman en Russie du nombre de rencontres sur le rectangle vert. L’expérimenté défenseur central russe qui est sorti récemment de sa retraite internationale pour remplacer Kambolov, dispute à 38 ans sa deuxième Coupe du monde. Lui qui préfère passer son temps libre au théâtre ou en famille, au lieu de claquer des centaines de milliers d’euros en champagne à Monte-Carlo comme ses compatriotes Kokorin et Mamaev, dénote de ce qu’on peut voir actuellement dans le football. Portrait d’un vieux briscard qui veut sortir par la grande porte.

Une formation à la soviétique

C’est un certain 14 juillet 1979 que Sergei Ignashevich voit le jour pour la première fois à Moscou. En pleine période de conflit géopolitique majeur avec l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS, Sergei grandit dans une famille d’origine biélorusse. Passant ses vacances dans la région de Minsk jusqu’à la catastrophe de Tchernobyl, le jeune Ignashevich est avant tout un amoureux de la bonne chère et des bons plats concoctés par sa grand-mère. Il adore l’école, sérieux et appliqué il se passionne rapidement pour la géographie et les beaux arts. Dans la cour de récréation, il tape le ballon avec ses camarades de classe et rejoint rapidement le Torpedo Moscou, le prestigieux club de son quartier.

© ignashevich.com

Les premières années à l’entraînement sont difficiles, les différents coachs sont très durs avec le jeune Sergei. Pour eux, le jeune homme ne sera jamais professionnel et ils critiquent ouvertement sa manière de courir. En effet, ce petit côté paresseux, la future star du CSKA Moscou l’a toujours eu. Mais pour compenser sa gracieuse lenteur, il développe son sens du placement qui lui vaut rapidement de gravir les échelons. Tapant dans l’œil d’une certaine Julia, qui partira quelques années plus tard aux États-Unis, Sergei est un profond sentimental. Timide et réservé, il grandit entouré d’une famille qui sera toujours présente pour lui. Une famille qui compte toujours autant aujourd’hui, le défenseur central n’hésitant pas à passer du repos dans la maison de famille à la campagne.

Des premières années difficiles

Les années passent et le niveau de Sergei augmente. Arrivé à l’âge de huit ans au Torpedo Moscou, il y passe neuf ans, voit la chute de l’URSS, savoure sa première Coupe du monde à la télévision en recouvrant les murs de sa chambre de drapeaux des différents pays participants, puis rejoint le Spartak Orekhevo (désormais appelé Znamya Truda) pour une petite année en 1998. Débarquant en ligue amateur dans le premier club de l’histoire du football russe, il est repositionné défenseur central, car sa technique est insuffisante. L’adaptation est toutefois rapide pour celui qui a effectué toute sa formation au poste de milieu de terrain. Malgré une bonne quatrième place en championnat amateur, Ignashevich ne convainc pas et rejoint dès la saison suivant les « Patriotes de Moscou », également en ligue amateur. Une saison beaucoup mieux maîtrisée, grâce notamment à Yuri Sevidov. En effet, l’ancien grand joueur du Spartak Moscou, alors entraîneur des patriotes, prend Sergei sous son aile et lui permet de véritablement passer un cap. Une saison réussie qui permet au jeune Sergei Ignashevich de signer son premier contrat professionnel et faire son retour au Spartak Orekhevo, promu en FNL.

Les années difficiles sont rapidement oubliées, Sergei tient sa revanche et montre à ce même Spartak Orekhevo, qui l’avait mis au placard un an auparavant, qu’il a largement sa place dans l’équipe évoluant en FNL. Dans un championnat compliqué, physique, éprouvant de par les longs déplacements et les conditions climatiques extrêmes, le jeune défenseur russe progresse et améliore ses performances match après match. Des perfs qui tapent rapidement dans l’oeil de bons clubs de FNL qui jouent le haut de tableau. Une nouvelle fois, Sergei Ignashevich écoute les conseils de son mentor, Yuri Sevidov, qui lui conseille le Krylia Sovetov Samara. Coaché par le légendaire Alexander Tarkhanov, réputé pour l’encadrement de jeunes joueurs, le Krylia s’avère être une excellente destination pour le jeune homme. Les expérimentés Borodyuk, Kasimov et Kiryukhina apportent beaucoup à Sergei, qui dispute une bonne saison avec le club de Samara. Impressionnant sur le terrain et en dehors, il est déjà considéré comme un joueur à part. Pavel Mamaev déclarera quelques années plus tard qu’Ignashevich est « le joueur le plus intelligent » avec qui il a pu échanger. On est loin du footballeur pro roulant en grosse cylindrée, Ignashevich c’est très old school.

L’arrivée dans la cour des grands

Cette première saison pleine avec le Krylia Sovetov est logiquement récompensée par une première convocation chez les jeunes avec une rencontre contre la Géorgie (score final 1-1). Sur le devant de la scène, le jeune espoir est convoité et reçoit deux offres du Torpedo Moscou et du Lokomotiv, deux tops clubs de l’élite du football russe. Alors qu’on pouvait penser que Sergei retournerait sur un terrain connu au Torpedo Moscou, où il a fait une grande partie de sa formation, il décide contre toute attente de rejoindre les Cheminots. Son retour à Moscou est quelque peu contrecarré par une violente hernie inguinale qui le prive de la préparation d’avant-saison, en 2001. Malgré cette absence, il revient fort, très fort. Très rapidement, il gagne sa place de titulaire dans le club de la capitale et dispute sa première compétition européenne avec une participation à la Ligue des Champions. Une compétition qu’il marque de son empreinte d’un superbe coup franc contre les Autrichiens d’Innsbruck. Ignashevich est encensé par les médias, avec lui la défense du Lokomotiv est imprenable. Avec 33 matchs au compteur dès sa première saison dans l’élite, il participe grandement à la deuxième place du club moscovite.

© ignashevich.com

Les saisons 2002 et 2003 sont celles de la confirmation pour le jeune espoir, qui attend avec impatience sa première convocation avec les A de la Sbornaya. L’année 2002 ne commence pas de la meilleure des manières pour le Russe, qui passe quelques jours en service de réanimation à cause d’une commotion cérébrale suite à un contact dans un match contre le Rotor Volgograd. Sergei revient encore plus fort, frustré de sa non-convocation pour le Mondial 2002, il hausse son niveau de jeu et est récompensé au mois d’août avec une première cape contre la Suède ! Une juste récompense pour le jeune joueur qui progresse match après match. Une progression qui ne coïncide malheureusement pas à celle du Lokomotiv Moscou, qui vit une période difficile. Peu de trophées, mais des participations à la Ligue des Champions qui permettent à notre jeune héros de jouer contre les plus grands, avec notamment de beaux affrontements contre le Milan AC et le Real Madrid. Fin 2003, Ignashevich est élu meilleur défenseur de la saison. En fin de contrat avec son club, il annonce après un match à Londres contre Arsenal qu’il quitte le Lokomotiv. Direction le CSKA Moscou, la légende est en marche !

Dès ses débuts avec le club de l’armée, Ignashevich est adulé et le public tombe amoureux de ce fantasque défenseur central. Que ce soit par la gratuité de son transfert et l’implication du joueur dans le club, Sergei forge dès son arrivée sa légende avec la CSKA Moscou. Un club avec qui il va tout remporter : Coupe de Russie, Championnats de Russie, Supercoupes de Russie, mais surtout la coupe de l’UEFA en 2005 avec les frères Berezutsky et Akinfeev qui étaient déjà là.

© ignashevich.com

Les saisons se suivent et se ressemblent pour Ignashevich et ses compères du CSKA Moscou. La lutte pour le titre, les succès en coupe et surtout une place de titulaire désormais en équipe nationale, voici le quotidien du défenseur central. Membre de l’épopée fantastique de la Sbornaya lors de l’Euro 2008, avec une élimination en demi-finale contre l’Espagne, Ignashevich est à deux doigts de voir sa carrière basculer l’année suivante. Contrôlé positif à la pseudoéphédrine, Ignashevich est tout proche d’une suspension pour dopage, mais le staff médical du CSKA admet avoir fait quelques erreurs dans la prescription d’un traitement pour le défenseur.

Cette parenthèse refermée, Sergei retourne au charbon. Malgré un âge qui devient de plus en plus avancé pour un footballeur, il s’adapte au football moderne et améliore sans cesse son sens du placement. Son ancien sélectionneur Dick Advocaat disait à l’époque : « Ignashevich pourrait jouer dans l’un des meilleurs clubs du monde ! Comment il lit le jeu, comment il manoeuvre le ballon ! Je n’ai tout simplement pas les mots ». Fidèle au CSKA Moscou, malgré de nombreuses offres du Spartak Moscou, du Zénit Saint-Pétersbourg, mais aussi d’Everton, il ne quittera plus jamais son club et sa sélection. Malgré un temps de jeu en baisse, il sait répondre présent quand on a besoin de lui. Alors qu’il avait annoncé en 2016 à la suite d’un Euro raté sa retraite internationale, il fait son grand retour dans la liste des 23 de Cherchessov pour la Coupe du Monde 2018. Devenu le joueur russe le plus âgé à disputer une rencontre internationale fin mai, sa légende va bientôt se terminer. Mais avant ça il souhaite amener sa Russie le plus haut possible.

Antoine Jarrige


Image à la une : © GABRIEL BOUYS / AFP

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A propos de l'auteur

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Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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1 commentaire

  • Respect à ce superbe joueur Russe. Record de sélection avec la Sbornaya, il a participé à l’accès jusqu’aux 1/4 finales au mondial. RESPECT !

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