Coupe du Monde 2018 – Croatie : Hrvoje Ćustić, le douzième homme de la sélection au damier

Raphaël Brosse
Raphaël Brosse - Publié le 14 juillet 2018

Elle est là : la Coupe du Monde 2018. La vôtre… et la nôtre. Pour fêter cette compétition, chez nous, dans nos contrées russes, notre rédaction a décidé de faire les choses comme il faut en vous offrant différentes séries d’articles. Il est temps de passer à l’heure russe !

Discret, inconnu du grand public, Hrvoje Ćustić erre pourtant sur les terrains depuis de nombreuses années. Une décennie, pour être plus précis. De Zadar à Monaco, en passant par Split et cette Coupe du Monde en Russie, titulaire indiscutable avec la Croatie, celui-ci a connu les plus beaux exploits européens du club de la Principauté ou encore les récentes séances de tirs au but avec sa sélection nationale. Celle avec laquelle il compte plus de quarante sélections. Toutes par procuration.

Le drame du Stanovi

Il avait tout pour réussir, mais un accident tragique a brutalement mis un terme à sa carrière prometteuse. Hrvoje Ćustić est né le 21 octobre 1983, à Zadar. C’est dans cette ville ouverte sur l’Adriatique que le garçon apprend à manier le cuir. Plutôt adroit balle au pied, il fait ses classes au sein du club local, le NK Zadar, aux côtés notamment d’un certain Luka Modrić. Le jeune attaquant se lie surtout d’amitié avec un gardien du nom de Danijel Subašić, lui aussi né dans la cité dalmate. Les deux hommes sont très proches et entretiennent une relation quasi-fraternelle. À peine plus âgé, Ćustić signe son premier contrat professionnel en 2000, revêt le maillot au damier avec les équipes de jeunes (sept sélections avec la Croatie Espoirs) et, après deux saisons passées au NK Zagreb, revient au sein de son club formateur en 2007.

Le drame survient quelques mois plus tard. Le 29 mars 2008, le NK Zadar reçoit le HNK Cibalia Vinkovci au stade Stanovi. Danijel Subašić est titularisé dans le but, Hrvoje Ćustić est quant à lui aligné en attaque. Le match a débuté depuis quatre minutes seulement lorsque l’avant-centre, positionné sur le côté gauche, décide d’aller disputer un ballon qui vient d’être dégagé par son gardien. Battu dans le duel à l’épaule qui l’oppose à Tomislav Jurić, il perd ses appuis et chute. Sa tête heurte un muret en béton, positionné à trois mètres environ de la ligne de touche. Inconscient, le joueur est évacué en urgence vers l’hôpital le plus proche. La rencontre se poursuit et les locaux s’imposent (1-0), mais l’essentiel est évidemment ailleurs. Opéré dans la nuit, Ćustić est plongé dans un coma artificiel. Les premiers diagnostics le concernant sont plutôt positifs. Son état empire cependant à partir du 2 avril. Et, le 3 avril, la terrible nouvelle tombe : Hrvoje Ćustić a succombé à ses blessures. Il avait 24 ans.

Jurić : « Je n’avais pas l’intention de lui faire mal »

Ce tragique événement suscite une vive émotion dans le petit monde du football croate. Tous les matchs du week-end sont reportés. A Zadar, la détresse s’empare des supporters, des joueurs, du staff et des dirigeants du club. Danijel Subašić vient de perdre son ami d’enfance. Présent dans les tribunes au moment de l’accident, Svetko Ćustić est lui aussi terrassé par le chagrin. Son fils s’en est allé trop tôt. Beaucoup trop tôt. Très vite, la question de la responsabilité se pose. Comment se fait-il que la pelouse du Stanovi soit entourée de murets positionnés si près de la ligne de touche ? Le père du défunt poursuit la Fédération croate (HNS) en justice. En 2016, le tribunal de Zadar rend son verdict : l’instance nationale est bel et bien responsable de la mort du jeune joueur. Le président de la HNS, Davor Šuker, fait appel. « J’ai écrit à Šuker et à tous les membres du bureau exécutif de la Fédération, a expliqué Svetko Ćustić. Je n’ai pas reçu la moindre réponse. Quand j’ai vu qu’ils avaient fait appel, j’étais effondré. Ce sont eux qui ont homologué ce stade. Pour moi, ce n’est pas une question d’argent, mais pour eux ça l’est. Visiblement, ils tiennent à leurs 960 000 kunas (NDLR : Soit un peu moins de 130 000 euros selon le taux de change actuel). »

La HNS a toutefois pris ses dispositions afin d’éviter qu’un autre accident de cette nature ne se produise à nouveau. Les murets destinés à séparer les tribunes du terrain ont ainsi été recouverts de protections en mousse. Le devoir de mémoire est, de son côté, régulièrement honoré. Une plaque commémorative est désormais présente au stade Stanovi, où un vibrant hommage a lieu le 29 mars de chaque année. Une rue de Zadar porte même le nom de Hrvoje Ćustić. Impliqué bien malgré lui dans cette tragédie, Tomislav Jurić veille lui aussi à ne pas oublier celui avec qui il a disputé ce duel fatidique. « Je n’avais absolument pas l’intention de lui faire mal, et cela fait maintenant trois ans que je vis avec ça, a avoué l’ancien joueur de Cibalia il y a quelque temps. Quand mon équipe se rend à Zadar ou que je passe dans le coin, je vais me recueillir sur la tombe de Hrvoje, j’y allume une bougie et j’y dépose des fleurs. »

Subašić : « Hrvoje sera toujours avec moi »

Danijel Subašić a lui été profondément marqué par la disparition de son ami, auquel il ne cesse de penser depuis maintenant plus de dix ans. Que ce soit en club ou en sélection, le gardien de l’AS Monaco porte, à l’occasion de chaque match, un T-shirt rendant hommage à Ćustić. « Jusqu’à la fin de ma carrière, Hrvoje sera toujours avec moi, a révélé l’intéressé à France Football en 2015. Avec lui, je me sens bien. Il me donne de la force. » Le 1er juillet dernier, le portier croate a fièrement exhibé son T-shirt après avoir repoussé trois tentatives danoises lors d’une séance de tirs au but épique en huitième de finale du Mondial (1-1, 3-2 T.A.B.). Un geste symboliquement fort qui lui a néanmoins valu un avertissement de la part de la FIFA, toujours très pointilleuse vis-à-vis des messages personnels pouvant être ainsi communiqués par les joueurs. Pas de quoi contrarier Subašić, qui a d’ailleurs fondu en sanglots quand une question lui a été posée au sujet de Ćustić en conférence de presse. Preuve que la plaie est encore loin d’avoir parfaitement cicatrisée.

L’attachement de Subašić envers Hrvoje est forcément tout sauf anodin pour Svetko Ćustić. « Quand je vois Danijel porter ce T-shirt, j’éprouve de la fierté, » a notamment déclaré le père endeuillé. « Ils étaient comme deux frères, j’ai par conséquent toujours considéré que Danijel était mon propre fils, a-t-il ajouté. Je suis sa carrière de très près. » Élu meilleur gardien de Ligue 1 en 2016-2017, le Monégasque cherchera à réaliser de nouveaux exploits face à la France, ce dimanche, en finale de la Coupe du Monde 2018. Devenu président du NK Zadar, qu’il espère ramener en première division à l’horizon 2020, Svetko surveillera quant à lui d’un œil attentif la prestation de « Suba ». Avec, inévitablement, une très grosse pensée pour son fils.

« Sva dica sa Stanova pamtit će Hrvoja
i srce ratnika
što sebe je za poklon da…
Ali samo ću vidjeti ja uz 11 lavova 
12. anđela što bdije nad njima… »

Raphaël Brosse (avec Pierre Vuillemot)


Image à la Une : Ben STANSALL / AFP

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A propos de l'auteur

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De retour en France après plusieurs mois passés à Varsovie, j'ai intégré la rédaction de Footballski, où j'écris principalement sur le foot hongrois.

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