Chez les Mamic, un charlatan peut en cacher un autre

Damien F - Publié le 10 novembre 2014

Après deux raclées contre le Red Bull Salzbourg en Europa League, le Dinamo Zagreb est presque éliminé et continue de nous faire honte en Europe. Cependant, l’embarras a été encore plus grand après une prolongation arrachée à la dernière minute en Coupe de Croatie contre le NK Opatija (3ème division).

Même si la qualification a été glanée lors de la prolongation, l’entraîneur Zoran Mamic (frère du président Zdravko) a livré ses états d’âme lors de déclarations d’après-match : « Le seul point positif est la qualification au tour suivant. Le jeu produit et le comportement sur le terrain ont été catastrophiques…, »  a concédé le coach du Dinamo Zagreb qui s’est dit confus et déçu dans un premier temps avant de ressentir de la tristesse et de la colère : « Je ne sais pas si les joueurs comprennent que cela ne peut pas fonctionner. Vous ne pouvez pas vous comporter comme cela lorsque vous jouez au Dinamo… Les joueurs se préoccupent seulement de leurs intérêts et de leurs statistiques au lieu de se comporter en équipe. »

Il est rare en Croatie qu’un entraîneur soit autant critique envers sa propre équipe, bien que ce fût déjà le cas précédemment sous l’ère Mamic. Cependant cette fois-ci fut différente : à en juger par le ton, l’entraîneur était sur le point de jeter les armes. Il a même admis ouvertement qu’il avait pensé à démissionner. Dans ses déclarations, pour la première fois, Zoran Mamic accablait autant ses propres limites que celles de ses joueurs.

L’approche du jeu, le comportement sur le terrain, un esprit d’équipe, la conscience des responsabilités lorsqu’un joueur enfile le maillot sacré… Tous ces manques soulevés par Zoran Mamic peuvent être gommés par un travail efficace de coaching. Cela est même la définition de ce que doit être un entraîneur, ou du moins de ce qu’il devrait être. La construction d’un esprit collectif et de valeurs communes est l’apanage du travail d’un entraîneur et toutes les limites comme celles que l’on peut observer à chaque match des bleus pourraient être imputées à l’homme qui n’a pas vraiment obtenu son poste par méritocratie, loin s’en faut.

Les déclarations de Mamic telles que « je ne sais pas quoi dire » ou « je ne sais plus quoi faire désormais » ressemblent plus à une reconnaissance d’incompétence qu’une démission.

Le plus étonnant est que Zoran Mamic est aussi le directeur sportif du club, et possède les pleins pouvoirs au sein du club. Il a entièrement choisi cette équipe en assemblant les pièces du puzzle avec le budget du club (similaire à celui du FC Bâle pour donner un ordre d’idée). C’est lui qui choisit aussi les départs comme celui d’Andrej Kramaric qui fait un malheur à Rijeka. Il ne peut pas non plus se plaindre du mauvais travail des entraîneurs précédents, qu’il a sélectionnés lui-même, en concertation avec son frère. Ce Dinamo est le résultat de son travail. Si un homme politique élabore des lois et qu’il les juge de lui-même plus tard désastreuses, pensez-vous que cet homme fasse un bon travail ?

zoran mamic

© GIUSEPPE CACACE/AFP/Getty Images

Zoran Mamic a aussi déclaré que les joueurs ne comprennent pas ce que cela signifie de jouer pour le Dinamo. Au contraire, il est fort probable qu’ils le comprennent très bien. Pour ceux d’entre eux qui possèdent la nationalité croate, cela signifie une étape pour atteindre l’équipe nationale, puis un transfert lucratif dans un bon club étranger. Une grosse partie des locaux qui jouent régulièrement en équipe première sont appelés en sélection. Certains le sont depuis un moment (Simunic, Vukojevic, Ademi, Pivaric) et d’autres sont plus récents (Simunovic, Antolic, Brozovic, Cop et bientôt probablement le prodige Ante Coric). Dès leur plus jeune âge, les jeunes du Dinamo sont appelés en équipe nationale de leurs catégories : récemment, 2 matchs de qualifications pour l’euro U17 ont vu … 11 jeunes du Dinamo titulaires dans le 11 de départ !

Pour ce qui est des étrangers, ils peuvent compter sur un revenu stable et confortable sans trop de pression et profiter d’une belle vie dans une grande ville agréable. Sans compter que sportivement, ils sont abonnés aux trophées nationaux et ont la chance de briller à travers la vitrine européenne ce qui présente bien sur un CV. En outre, ils peuvent exploser leurs statistiques en torturant de malheureux adversaires comme Osijek ou Slaven Belupo.

Jouer pour le Dinamo signifiait auparavant adhérer à une communauté, quelque chose de plus grand et plus puissant que n’importe quel individu. Toute la ville peut se soulever si elle se sent aimée et adoptée. En retour, l’amour sera deux fois plus fort et les joueurs ne peuvent que se sentir concernés à chaque moment. De tels sentiments peuvent se retrouver aujourd’hui dans le club de futsal créé par les Bad Blue Boys (les ultras du Dinamo) mais certainement pas à Maksimir qui est dominé par la haine, le mépris et la répression.

Quand le Dinamo Zagreb va se faire une nouvelle fois lamentablement éliminer de la coupe d’Europe par des adversaires inférieurs, d’innombrables excuses et de nouveaux plans sur le marché des transferts vont émerger du cerveau peu équilibré de Zdravko Mamic. Mais tout cela ne servira à rien, tant les fondements du club sont pourris. A Maksimir, on a trop vécu dans une logique où chaque joueur devait être remplacé par un meilleur pour le même rôle. Ce n’est pas comme cela que le Dinamo arrivera à créer un esprit d’équipe qui permettra au club d’obtenir enfin des résultats décents. Une démission de Zoran Mamic n’aurait donc en fait aucun effet à moyen/long terme.

Pour le moment, le problème du Dinamo Zagreb n’est pas en rapport avec les joueurs ou l’entraîneur. Son problème est que les frères Mamic ne comprennent pas ce qui fait du Dinamo un grand club et l’honneur et les obligations qui incombent lors du choix de porter ce maillot bleu. Tant qu’il en sera ainsi, il sera inutile d’en attendre plus de leurs propres joueurs.

Damien Goulagovitch


Photo à la une : © Drago Sopta / Cropix

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