On a discuté avec deux supporters du CFR Cluj

Tristan Trasca - Publié le 23 janvier 2015

En novembre, nous vous contions les problèmes récents du CFR Cluj. Deux mois plus tard, la situation reste incertaine. On en a profité pour discuter avec deux supporters du CFR, Mircea et Darius. Ils nous expliquent pourquoi ce club fut le meilleur de la dernière décennie en Roumanie, comment le club est arrivé à la situation actuelle, leurs sentiments concernant cette situation et leurs espoirs pour le futur.

« Quels sont vos meilleurs souvenirs en tant que supporter du CFR Cluj ?

Mircea : J’ai beaucoup de très bons souvenirs. Le meilleur est peut-être le premier titre gagné en 2008 quand nous avons gagné contre notre rival, l’U Cluj (qui avait pourtant la promesse de récolter 3M€ de la part de Gigi Becali s’ils ne perdaient pas contre nous). Nous avons alors gagné notre premier titre, le Steaua a fini deuxième et l’U Cluj est descendu en D2. Un autre très beau moment fut notre victoire à Old Trafford contre Man U en 2012 en Champions League.

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2008, un doublé mémorable pour le CFR Cluj

Darius : Pour moi aussi, le meilleur souvenir reste le premier titre gagné dans le stade de notre rival, l’U Cluj, en 2008.

Est-ce que vous pouvez nous conter les performances européennes du CFR Cluj sur ces dernières années ?

Darius : Les campagnes européennes ont débuté en 2005 avec l’Intertoto, où nous avons perdu en finale contre le RC Lens (2-4 sur les deux matchs). Après cela, en 2007-2008, nous avons joué pour la première fois en coupe UEFA, étant éliminé au deuxième tour préliminaire par l’Anorthosis Famagouste.

Un an plus tard, nous avons gagné le championnat et nous sommes qualifiés pour la phase de groupes de la Champions League. Ce fut fantastique, le premier match fut à Rome à l’Olimpico. Là-bas, le match a été incroyable, les Italiens ont mené assez rapidement, mais nous avons joué notre meilleur football et avec un doublé d’Emmanuel Culio, nous l’avons emporté. Notre premier match de C1 fut un véritable conte de fée. Au deuxième match, on a fait 0-0 contre Chelsea à domicile. Malheureusement on a perdu les quatre matchs suivants, terminant dernier du groupe.

La saison suivante, rebelote en Europa League en tant que vainqueur de la coupe de Roumanie. On bat le FK Sarajevo dans les playoff. Dans le groupe, on a joué le FC Copenhague (victoire 2-0 à la maison, défaite 2-0 là-bas), PSV Eindhoven (deux défaites) et l’AC Sparta Prague (encore deux défaites). Cette saison européenne ne fut pas bonne car nous étions concentrés sur la Liga I que nous avons à nouveau remporté. Du coup, la saison suivante, retour en C1 avec un groupe comportant le Bayern, la Roma et Bâle. On a pris que 4 points.

Finalement, notre meilleure saison européenne reste celle de 2012-2013, quand on a terminé la phase de groupes de Champions League avec 10 points, un record pour une équipe roumaine. Nous avions aussi gagné à Old Trafford mais on a été malchanceux, Galatasaray a également terminé avec 10 points mais est passé en 8è de finale grâce à une meilleure différence de buts. Nous sommes passés si près et pourtant personne y croyait au début. Nous étions finalement déçus de ne pas nous qualifier pour la phase finale, mais 10 points représentaient une belle performance. On s’est retrouvés en C3 où nous avons joué l’Inter Milan. Comme nos meilleurs joueurs étaient partis durant l’hiver, nous n’avions aucune chance et on a perdu les deux matchs.

Finalement, après un an sans coupe d’Europe, nous sommes revenus cet été mais avons été battus par le Dynamo Minsk en phase préliminaire.

Mircea : Sur la scène européenne, nous sommes sans doute l’équipe roumaine avec les meilleurs résultats sur ces 20 dernières années. Il y a deux ans, nous avons fini la phase de poule de C1 avec 10 points et si l’on compare avec le Steaua (qui a toujours été soutenu par la fédé et tous les médias), ils n’ont jamais obtenu plus de 4 points en Champions League ces 20 dernières années. Le Dinamo Bucarest n’a lui jamais joué la Champions League !

Quels sont les joueurs emblématiques de cette période faste du CFR ?

Mircea : Le joueur emblématique de cette période est Ricardo Cadu. Il a joué 8 ans au CFR et fut le capitaine de toutes nos victoires, titres, coupes, etc. Quelques autres joueurs connus : Alvaro Pereira, Lacina Traore, Sebastian Dubarbier, Beto (le buteur), Youssouf Kone, Ciprian Deac, Mario Felgueiras, De Zerbi, Emanuel Culio, Sebastian Fabianii, Peralta, Renan Garcia, Bastos, etc.

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Le capitaine Ricardo Cadu

Darius : Oui s’il n’en fallait qu’un, ce serait Ricardo Cadu. Des joueurs comme Tony da Silva, Oliveira, Manuel Jose, Adrian Anca, Cristian Coroian et Cristian Panin ont aussi participé à faire du CFR une place forte du football roumain.

Est-ce que vous pouvez nous expliquer la situation actuelle du club et ses problèmes ?

Darius : Les problèmes ont débuté en 2012-2013 quand nous avons vendu la plupart de nos meilleurs joueurs. Malheureusement nous avons terminé à la 9è place en Liga I, loin des places européennes ; sans l’argent de la coupe d’Europe, tout est devenu plus compliqué. Arpad Paszkany a alors déclaré qu’il ne pouvait plus financer le club avec le même apport d’argent qu’il le faisait par le passé, là ce fut un gros souci. Il a essayé de trouver un nouvel investisseur mais personne ne s’est déclaré intéressé. Le club n’a aujourd’hui plus assez d’argent pour payer les joueurs et ils quittent le club.

Mircea : A l’heure actuelle, notre club est dans la pire situation de ces 10 dernières années. Nous avons des problèmes financiers et s’ils ne sont pas résolus très bientôt, notre futur apparaît très incertain. Les joueurs n’ont pas été payés depuis plusieurs mois. Mais malgré tous ces problèmes, nous sommes deuxièmes de Liga I et qualifiés pour les demi-finales de coupe de Roumanie.

Quelle est votre opinion concernant Arpad Paszkany ? A-t-elle changé avec les événements récents ?

Mircea : Arpad Paszkany a arrêté de financer le club. Ces 10 dernières années, il a investi plus de 100 M$ selon ses dires. Nous attendons donc de nouveaux investisseurs et je pense qu’avec quelques investissements en plus de nos infrastructures actuelles, cela pourrait de nouveau nous amener des succès en Roumanie et en Europe.

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Arpad Paszkany, l’homme des années fastes du CFR

Darius : Arpad Paszkany est la raison principale pour laquelle nous avons réussi tant de choses. Mais la crise qui a touché la Roumanie de manière très brutale lui a fait perdre énormément d’argent. Il est aujourd’hui toujours au club mais sans grande implication. Je pense que c’est la situation qui l’a poussé à se désengager plus qu’une volonté personnelle.

Il est étrange que cette situation apparaisse alors que le CFR vit une belle saison sur le terrain (2è de Liga I). Y a-t-il un sentiment de gâchis ?

Darius : La situation cette saison est étrange. Nous sommes fiers de nos joueurs qui montrent encore de la passion à chaque match. Je ne pense pas que ce soit une saison blanche; si nous finissons dans les places européennes, l’argent de l’UEFA nous permettra de respirer.

L’excellent coach Miriuta est parti, des joueurs pourraient suivre. A quoi vous attendez-vous pour le reste de la saison ?

Mircea : Les semaines à venir vont être cruciales pour nous. La rumeur veut que deux investisseurs d’Angleterre et d’Italie soient intéressés par notre club. Je croise les doigts. Si personne n’investit dans le CFR Cluj, nos meilleurs joueurs partiront sans doute et nous finirons la saison avec une nouvelle génération de joueurs, les jeunes pousses. Et nous continuerons à les soutenir !

Darius : Dans la seconde moitié de la saison, j’ai peur que nous perdions quelques places au classement mais j’espère voir la même passion et le même investissement de nos joueurs. Si nous chutons, au moins faisons-le avec honneur, donnons le meilleur.

Quelles sont les attentes des supporters pour l’avenir à moyen terme du club ? Est-ce que vous pensez que le club pourrait disparaître ?

Darius : Personnellement, je ne pense pas que le club va disparaître. Mais la peur est d’actualité puisque dernièrement des clubs de haut de tableau ont disparu comme l’Unirea Urziceni ou le FC Vaslui. Les supporters attendent de voir le CFR comme un club sans souci, loin de la relégation mais aussi des positions de tête.

Si le club vient à disparaître, est-ce que vous pensez que des supporters du CFR pourraient créer leur propre club comme les gars de l’Arges 1953 ?

Darius : Peut-être que oui, peut-être que non. Notre base de supporters n’est pas très importante. Même à Cluj-Napoca, les sympathisants pour le CFR ne représentent pas plus de 40% de la population. En prenant cela en compte, je ne pense pas que l’on puisse monter notre propre club à partir des supporters.

J’ai lu qu’il y avait la possibilité d’une fusion avec l’U Cluj. Pensez-vous que ce soit possible, compte tenu de la rivalité entre les clubs et les supporters ?

Mircea : La fusion avec l’U Cluj est impossible !!! Nous sommes deux clubs différents avec des mentalités différentes. Les vrais supporters ne veulent pas voir cette fusion arriver. Le CFR représente toute la Transylvanie, est l’équipe avec le plus de succès de Transylvanie et nous sommes la seule équipe d’Europe de l’Est à avoir gagné à Old Trafford.

Darius : Cette fusion ne serait possible que si les deux clubs courent le risque de disparaître. Mais ce ne serait pas une bonne solution parce que ce serait le bordel, les supporters se détestent trop pour que ce soit une solution viable.

Selon vous, en quoi la situation du CFR Cluj est emblématique du football roumain actuel ?

Darius : La situation du CFR n’est pas vraiment emblématique du football roumain. Peu de clubs ont eu autant d’argent que le CFR, les autres clubs savaient que ces mauvais jours viendraient. Pour le CFR, c’est une surprise parce que pour un club qui a gagné 8 trophées dernièrement et participé 3 fois à la C1, vous ne vous attendez pas à ce genre de problèmes. »

Tristan Trasca

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