Botev Plovdiv – Ludogorets, l’élève et son modèle ?

Tristan Trasca - Publié le 26 février 2014

Ce week-end, c’était la 24è journée de championnat en Bulgarie. L’affiche de cette journée mettait aux prises le leader incontesté Ludogorets avec un club solide le Botev Plovdiv. On a ainsi pu assister à un excellent match entre la locomotive du football bulgare et un club qui aspire à suivre ce modèle. Explications.

Ludogorets : de la D2 au statut de meilleur club du pays en quelques mois

Depuis deux saisons, Ludogorets est le meilleur club du football bulgare. L’histoire est belle pour le club de Razgrad qui a connu une ascension très rapide grâce à l’argent de l’homme d’affaires Kiril Domuschiev. Après avoir remporté le titre en B PFG (D2) en 2011, le club de Ludogorets a su gagner le titre en A PFG en 2012 puis 2013. La saison 2011/2012 fut d’ailleurs extraordinaire puisque le promu réussit à gagner le championnat, la coupe de Bulgarie puis la Supercoupe de Bulgarie !

Cette saison encore, Ludogorets brille en championnat mais aussi sur la scène européenne. Après avoir été battu par Bâle en barrages de LDC, le club bulgare fait un parcours sensationnel en Europa League, prenant notamment 16 points sur 18 dans un groupe comprenant le PSV Eindhoven, le Dinamo Zagreb et Chernomorets Odessa. La semaine dernière, Ludogorets a gagné son match aller à Rome contre la Lazio 0-1 en 16è de finale. Outre ces résultats, les prestations abouties et le jeu proposé par cette équipe sont loués que ce soit en Bulgarie ou sur la scène européenne.

Le recrutement très international de Ludogorets n’est pas pour rien dans ces performances ; l’effectif compte quelques Brésiliens, un buteur slovène, un défenseur roumain, un défenseur français (Alex Barthe), quelques Néerlandais et également des Finlandais, Equatoriens, Espagnols et Portugais. Au jour d’aujourd’hui, seuls 4/5 Bulgares sont encore titulaires dans cette équipe où le potentiel offensif est majoritairement étranger avec le Slovène Bezjak recruté à Celje en 2012 (5 pions en EL et 11 en championnat), le Néerlandais Misidjan recruté à Willem II en 2013 (2 buts en EL et 8 en championnat) et le Brésilien Marcelinho recruté à Bragantino en 2011 (8 buts en championnat). L’amalgame entre les joueurs bulgares, généralement préposés aux postes défensifs, et les qualités techniques des étrangers permet à Ludogorets de présenter un onze homogène et plaisant.

Le Botev : suivre l’exemple de Ludogorets en bâtissant à coups de millions d’euros

Cet hiver, si le grand coup du mercato fut le retour de l’enfant prodige Valeri Bojinov au Levski Sofia, le Botev Plovdiv a été très actif avec notamment cinq arrivées en provenance de Roumanie. Le club, fondé en 1912, est aujourd’hui un des meilleurs clubs du pays après Ludogorets, le Litex et le Levski Sofia. Réputé pour ses supporters et notamment le spectacle proposé dans les tribunes pour chaque match à Plovdiv, l’équipe du Botev vit une saison moyenne notamment à cause de multiples blessures à l’automne 2013.

Du coup, le président Tzvetan Vassilev, homme d’affaires et deuxième homme avec le plus d’influence en Bulgarie en 2012 selon Forbes, a décidé de mettre la main à la poche cet hiver et de copier le modèle Ludogorets en faisant signer cinq étrangers. La nouvelle avait pas mal surpris en Roumanie : comment un club bulgare pouvait acheter cinq joueurs confirmés de Liga I ? La réponse est bien entendue avant tout économique. Le profil des joueurs achetés cet hiver est très clair : des joueurs mûrs et habitués du haut de tableau. Ainsi le Botev a fait signer Benga, défenseur central du Petrolul considéré comme un des meilleurs en Roumanie, Luchin, ancien capitaine du Dinamo Bucarest, Curtean, ailier du Dinamo Bucarest et deux attaquants en provenance du Petrolul Bucarest : Ferebory Doré, ancien d’Angers et le sublime Younes Hamza.

Botev-Ludogorets : nouvelle affiche du championnat ?

Tout le monde attendait donc ce grand match de dimanche pour voir ce que le nouveau Botev pouvait valoir contre le grand Ludogorets. Et on a vu ! Au terme de 90 minutes superbes, le Botev et Ludogorets se sont séparés sur le score de 2-2. Il a déjà été possible de voir le bienfondé du recrutement hivernal. Quatre des cinq recrues « roumaines » étaient titulaires avec le seul Benga sur le banc. Le match a été passionnant avec deux équipes réellement volontaires et portées vers l’avant.

Le Botev a mené par deux fois mais Ludogorets a réussi à revenir au score, porté notamment par son expérience de ces matchs importants. Du côté du Botev, le premier but a été inscrit par Hamza sur un bon ballon de Luchin et le second du même Hamza sur une passe de Doré, soit trois recrues décisives. Luchin et Curtean ont fourni des bonnes prestations tout comme Doré, qui reste malheureusement défavorisé par son style balle au pied digne d’un Adebayor des mauvais soirs. Mais celui qui a déjà mis tout le monde dans sa poche est l’immense Younes Hamza.

Le Tunisien, pas retenu par le Petrolul pour laisser place à Mutu, Zicu et Tamuz (belle erreur !), a déjà inscrit un doublé ce week-end avec son nouveau maillot. Auteur d’une belle prestation et tout proche d’un triplé sur un ciseau à la 83è, le Tunisien sera sans aucun doute un des meilleurs joueurs du championnat bulgare et une réelle recrue de valeur pour le Botev. Uniquement sur sa classe, c’est le genre de joueurs qui donne envie de regarder du football. Il viendra aider les deux meilleurs buteurs actuels de l’équipe: le Néerlandais Romario Kortzorg et le Malgache Anicet Abel, ancien de l’AJ Auxerre ; tous deux auteurs de 9 buts.

Une redistribution des cartes en Bulgarie ?

Le Botev, champion en 1929 et 1967, semble redevenir ambitieux grâce à l’argent de son président. Le succès de Ludogorets a permis aux concurrents de voir quels étaient les ingrédients indispensables et le Botev devrait pouvoir suivre cet exemple avec les fonds nécessaires en essayant de recruter malin à l’étranger. De plus, le club a investi 20M€ pour construire un nouveau stade de 22000 places pour 2015. Si le Botev est déjà trop loin pour avoir des ambitions en championnat cette saison, il sera intéressant de voir leur parcours en coupe de Bulgarie où ils sont actuellement en quarts de finale contre le Levski Sofia.

Pour le titre, Ludogorets reste le favori à deux matchs du terme avec un point d’avance sur le Litex Lovech. Les deux clubs se retrouveront d’ailleurs lors de la dernière journée de championnat à Lovech et également en quarts de finale de la coupe. D’ici là, Ludogorets sera certainement un des derniers représentants d’Europe de l’Est en coupe d’Europe et son statut d’exemple pour les clubs bulgares et ceux de la région n’en sera que plus affirmé.

Si le football bulgare a longtemps été une affaire entre clubs de Sofia (70 titres pour les clubs de la capitale contre 17 pour ceux de province), la force de Ludogorets, la continuité du Litex Lovech et l’émergence du Botev pourraient aggraver la tendance actuelle et confirmer le statut actuel d’outsider des grands de Sofia – Levski, CSKA, Slavia. Depuis 2009, le titre appartient à la province et ce sera encore le cas cette année.

Tristan Trasca

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