Besnik Hasi, de l’ombre à la lumière

Invité - Publié le 30 octobre 2014

Arrivé il y a 20 ans en Belgique, Besnik Hasi fut un joueur modèle. Appliquant les mêmes principes sur le banc de touche, il est devenu à Anderlecht un adjoint renommé. En mars dernier, il est chargé de remplacer John Van den Brom jusqu’au terme de la saison. A 11 matchs du terme, le double champion de Belgique en titre comptait 12 points de retard sur son plus grand rival, le Standard de Liège, leader depuis la troisième journée. Deux mois plus tard, le Sporting conservait sa couronne. Si les critiques sur ce nouveau sacre ont été nombreuses (les articles parlant d’un « champion au rabais »), dirigeants, joueurs, supporters et médias reconnaissent unanimement la qualité du travail de l’Albanais au cours de cette remontée fantastique.

Le joueur

Lorsque Besnik Hasi signe à Genk à l’hiver 1994, le club limbourgeois est en deuxième division. Lui est alors attaquant et parfaitement inconnu. À l’été 1996, quelques semaines après la promotion en D1, son nouvel entraîneur le fait descendre en milieu récupérateur. Si le joueur n’appréciait pas ce nouveau rôle dans un premier temps, c’est bien à ce poste que toutes ses qualités se révèleront. Le promu terminera huitième et les excellentes prestations de Besnik l’amène à quitter la Belgique pour la Bundesliga et Munich 1860. Il n’y restera qu’une saison. En 1998, Genk fait le choix de le rapatrier. Son salaire étant important, l’effort consenti est colossal. Choix payant : en 1999, Genk décroche son premier titre de champion de Belgique. La saison suivante, Hasi remporte la Coupe de Belgique et inscrit le dernier but de la large victoire des siens face au Standard de Vedran Runje et Daniel Van Buyten (4-1) avant de sortir, porté par ses coéquipiers.

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C’était en effet son dernier match avec les Blauw & Wit. Aimé Anthuenis l’attire à Anderlecht. L’entraîneur belge le connait en effet parfaitement : c’est lui qui l’a fait descendre au milieu de terrain en 1996. C’est lui qui a convaincu les dirigeants de Genk de le faire revenir après son année en Bavière.

En six saisons sous le maillot mauve, Hasi sera deux fois champion et participera chaque année à une Coupe d’Europe. Encore aujourd’hui, sa passe décisive pour Tomas Radzinski contre la Lazio reste dans les mémoires. C’est peut-être le seul fait individuel que l’on peut retenir de sa carrière à Anderlecht. Cette saison-là, outre le club italien, Anderlecht avait battu à domicile Manchester United, le PSV Eindhoven et le Real Madrid. Depuis, chaque participation du Sporting à la plus prestigieuse des compétitions se termine par une dernière place lors de la phase de groupes, sans oublier les quelques éliminations lors des tours préliminaires. Clé de voûte du système mis en place, quel qu’il soit grâce à son intelligence de jeu, Hasi « coachait en jouant » et « n’avait déjà pas son pareil pour replacer tout le monde »1. Travailleur infatigable, récupérateur talentueux, il a toujours fait le choix de ne pas être médiatisé et de mettre en avant le collectif.

Sur le banc

Après deux courts passages à Lokeren et au Cercle Brugge, Hasi met fin à sa carrière et retourne chez les Mauves en qualité d’adjoint. Il devient celui d’Ariel Jacobs, qui était justement son coach à Lokeren. Van den Brom le conserve en 2012, conscient de l’influence et du professionnalisme de l’Albanais. Comme lors de sa carrière sur le terrain, Hasi est un relai entre l’entraîneur et les joueurs. Avec succès. « Joueur, il était le ciment entre les lignes. Son rôle était de réfléchir à l’équilibre du jeu. […] Et ça se ressent dans son coaching aujourd’hui. Besnik accorde énormément d’importance à l’organisation, à l’équilibre entre le jeu offensif et défensif »2.

Anderlecht est champion en 2010, 2012 et 2013. Il est même contacté en 2012 pour devenir le sélectionneur de son pays natal. 2013-2014 marque toutefois un changement dans la politique du club. La masse salariale doit baisser, les meilleurs joueurs s’en vont et sont principalement remplacés par des jeunes du centre de formation. La sauce ne prend pas. Logiquement distancé en championnat, forcément pas au niveau en Ligue des Champions, Anderlecht remercie son entraîneur en mars 2014, une journée avant le début des playoffs. Hasi reprend le flambeau et, à la surprise (et stupeur) générale, permettra au Sporting de conserver son titre de champion. S’il a certes profité de la stupidité des playoffs belges (avec une division des points, et donc des écarts, par 2 au terme de la saison régulière), ses résultats sur le terrain (8 victoires, 1 nul, 2 défaites) ne sont que le fruit de son travail tactique et psychologique sur son groupe. Il n’a pas apporté qu’un titre supplémentaire. Il a aussi permis à Anderlecht de redevenir un club sain financièrement grâce à la qualification directe pour la Ligue des Champions.

Cette saison, Anderlecht a de nouveau perdu plusieurs titulaires. Kouyaté (bon de sortie), Gillet et Massimo Bruno (moins utilisés depuis l’éviction de Van den Brom) ne sont plus là. En contrepartie, Hasi a réclamé une grosse arrivée : Steven Defour. Le joueur est là pour accompagner les jeunes et apporter son expérience qui pourrait être surtout précieuse en Ligue des Champions. Anderlecht est en effet l’équipe ayant la moyenne d’âge la plus basse de la compétition. Si Hasi est réputé dur, il sait pourtant qu’un tel effectif ne peut être régulier et performant dans plusieurs compétitions. Souvent lucide sur la situation, il est d’ailleurs apprécié des médias, exaspérés par John Van den Brom. Un club comme Anderlecht étant suffisamment bon pour terminer dans le haut du tableau en ne jouant pas à fond, la priorité de la saison régulière est donnée à la Ligue des Champions. C’est ainsi que les performances du RSCA en championnat et en LDC sont très éloignées : à l’échelle locale, bien que n’ayant connu la première défaite qu’au 26 octobre (6 mois après la dernière), le contenu est globalement décevant. Anderlecht occupe la tête (6 victoires, 5 nuls, 1 défaite) mais en étant poussif. En revanche, à l’échelle européenne, les contenus sont bien meilleurs que les résultats. Si Anderlecht n’a pris qu’un point après trois journées, il faut néanmoins se réjouir de ce qu’ont pu montrer les Mauves sur le terrain de Galatasaray (1-1) ou contre Arsenal (1-2).

Fidèle à un projet, Besnik Hasi avait refusé le poste d’entraîneur principal que lui offrait Malines en janvier 2014, alors qu’Anderlecht était déjà décroché au classement. C’est aussi cette loyauté qui lui a permis d’arriver à ce poste. Aujourd’hui, à Anderlecht, il a pour objectif de conserver la suprématie nationale du club et de faire une performance européenne. Conscient des qualités mais aussi des limites de ses jeunes pousses, Hasi avait tenté en fin de mercato d’attirer Daniel Van Buyten, qui a finalement préféré mettre fin à sa carrière. Car malgré l’apport indéniable de Steven Defour et l’expérience (pas assez européenne) de Silvio Proto, Anthony Vanden Borre ou Olivier Deschacht, Anderlecht aurait aujourd’hui besoin d’un salopard sur le terrain. Ou mieux, d’un Besnik Hasi.

Jean-Marie Pfouff

1 Aimé Anthuenis, dans SudPresse Sports, mars 2014

2 Ariel Jacobs, dans Sport/Foot Magazine, septembre 2014.

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