Banik Ostrava, plus dure fut la chute

Raphaël Brosse
Raphaël Brosse - Publié le 31 janvier 2017

La sentence est tombée au printemps 2016. Présent parmi l’élite du football tchèque (et, auparavant, tchécoslovaque) depuis presque cinquante ans, le Baník Ostrava est relégué à l’échelon inférieur. Un résultat somme toute logique pour un club dont la saison, terminée à la dernière place, fut un véritable chemin de croix. Retour sur les causes d’une chute inévitable, entre gestion financière calamiteuse et tensions entre dirigeants et supporters.

Un peu d’histoire…

Située au nord-est de l’actuelle République tchèque, non loin des frontières slovaque et polonaise, Ostrava est au cœur d’un important bassin minier et industriel. Ce sont d’ailleurs des mineurs qui ont créé, en 1922, le principal club de football de la ville, alors appelé SK Slezská Ostrava. Disposant d’économies modestes, l’équipe joue là où on l’y autorise. Elle reste sans terrain fixe jusqu’en 1934, date à laquelle un riche propriétaire industriel lui cède ce qui deviendra, grâce aux travaux réalisés par les membres du club, le petit stade de Stará Střelnice.

Le Slezská gravit les échelons un à un, jusqu’à être promu en première division en 1937. A l’occasion du deuxième match de son histoire à ce niveau, il s’impose, à la surprise générale, sur le terrain du Sparta Prague (2-3). Le club est renommé Baník Ostrava en 1952, finit deuxième du championnat deux ans plus tard et quitte son vétuste stade de Stará Střelnice en 1959 (du fait de sa proximité avec des usines, la pelouse est recouverte de déchets sidérurgiques). Direction le tout nouveau Bazaly, sympathique enceinte nichée à flanc de colline. Rétrogradé en 1966, le Baník est de retour parmi l’élite dès la saison suivante. Il y restera, sans interruption, jusqu’en 2016.

© Květoslav Kubala

Les années 1970 sont fastes pour les Baníček, qui s’adjugent leur premier titre, une coupe de Tchécoslovaquie, en 1973. Le palmarès s’étoffe très rapidement, avec une autre coupe (1978) et, surtout, des sacres en championnat (1976, 1980, 1981). Rotislav Vojáček, Werner Lička (père de Mario, ancien Brestois) et consorts se permettent aussi quelques coups d’éclats sur la scène européenne. En 1975, ils échouent en quarts de finale de la coupe de l’UEFA face au futur vainqueur de l’épreuve, le Borussia Mönchengladbach (0-1, 1-3). Le Fortuna Düsseldorf, en demi-finale de la Coupe des coupes 1979, et le Bayern Munich, en quarts de la Coupe d’Europe des clubs champions 1980, sont les deux autres bourreaux allemands des hommes d’Evžen Hadamczik.

Après cette période dorée, le Baník Ostrava rentre quelque peu dans le rang, laissant à son grand rival, le Sparta Prague, le soin de régner en maître sur le championnat. Une nouvelle coupe de Tchécoslovaquie vient garnir l’armoire à trophées en 1991, moins de deux ans avant la dissolution du pays. Le club formateur de Tomás Galášek, Marek Jankulovski ou encore Milan Baroš ne retrouvera les sommets qu’au milieu des années 2000, avec un championnat (2004) et une coupe de République tchèque (2005). Deux derniers glorieux faits d’armes avant de sombrer dans l’indifférence du ventre mou, puis de lutter âprement pour le maintien (14e en 2011, 2012, 2013 et 2015). Finalement, la relégation survenue en mai dernier, à l’issue d’un exercice au cours duquel le Baník n’a remporté que quatre rencontres, n’est que l’aboutissement d’une chute amorcée depuis plusieurs saisons déjà.

« Le Baník était à genoux lorsque Šafarčik est parti »

Comment expliquer une telle descente aux enfers ? La principale raison est d’ordre économique. La fin de la Guerre froide et la chute du régime communiste ont mis à mal les principales entreprises de la région, qui jusque-là tiraient un profit certain du CAEM (système d’entraide économique entre membres du bloc de l’Est). Parmi ces entreprises touchées par la crise se trouvaient d’importants sponsors du Baník Ostrava. Le club s’endette de plus en plus, jusqu’à devoir à ses créanciers une somme avoisinant les 170 millions de couronnes tchèques. Nous sommes alors en 2013, et le président, Tomáš Petera, trouve une solution pour éponger une partie des dettes du club : convaincre le conseil municipal d’Ostrava d’acheter le Bazaly. Un temps réticente, la mairie acquiert finalement le stade, contre 114 millions de couronnes tchèques.

Mais il ne s’agit que d’un sursis. Peu de temps après, Petera cède son fauteuil de président à Petr Šafarčik. Fidèle supportrice du Baník, Anna ne décolère pas lorsqu’elle évoque le rôle joué par ce dirigeant : « Petr Šafarčik est celui qui a porté le coup de grâce au club, affirme-t-elle. Il ne connaissait rien au football et a placé des membres de sa famille à des postes de direction – ceux-ci n’y connaissaient rien non plus. Le club perdait de l’argent, des joueurs, la confiance et le soutien des supporters. Le Baník était à genoux lorsque Šafarčik est parti. » En janvier 2016, c’est un FCB lanterne rouge du championnat et criblé de dettes que Šafarčik transmet à son successeur, Václav Brabec. L’objectif du nouveau dirigeant est pour le moins ardu : préparer au mieux la saison suivante en seconde division, tant la descente paraît inévitable, et stabiliser la situation financière. Tout en faisant face à la colère d’une grande partie des supporters.

Un déménagement qui fait désordre

Outre le boycott mis en place par les ultras pour protester face aux mesures strictes de contrôle des billets à l’entrée du stade – billets sur lesquels sont inscrits le nom et l’adresse du propriétaire –, de nombreux fans des Banícek sont extrêmement mécontents du changement de stade opéré à l’intersaison 2015. Après 56 années passées au Bazaly, les Bleu et Blanc évoluent désormais au Městský Stadion. Fraîchement rénovée, cette enceinte accueille traditionnellement les matchs à domicile du FC Vítkovice, l’autre club de la ville. Surtout, elle se trouve dans un quartier morave.

Ce n’est pas notre maison. On ne s’y sent pas chez nous. 

Ostrava est en effet partagée entre deux provinces historiques, situées de part et d’autre de l’Ostravice, cours d’eau qui traverse la ville : d’un côté, la Moravie, de l’autre, la Silésie. Le Baník s’est construit autour de l’identité silésienne, à laquelle ses supporters sont toujours très attachés. Les ultras ont d’ailleurs noué de solides liens d’amitiés avec leurs homologues du GKS Katowice, club polonais lui aussi localisé en Silésie. Quitter le  Bazaly pour emménager en Moravie, tel est donc l’affront qui fut infligé aux fans du FCB. Un facteur qui, combiné aux piètres performances sportives, a engendré des affluences faméliques la saison dernière. « C’est un beau stade, qui a coûté très cher, concède Anna, mais ce n’est pas notre maison. On ne s’y sent pas chez nous. »

Le début du renouveau ?

Relégué en deuxième division, enseveli sous les dettes et abandonné par une partie de ses plus fidèles supporters, le Baník était, il y a quelques mois encore, au fond du trou. Le voilà qui, cependant, commence à relever la tête. L’homme à l’origine de ce redressement n’est autre que le nouveau président, Václav Brabec, qui n’a pas hésité à engager ses propres deniers pour renflouer les caisses du FCB. « Brabec fait tout son possible pour stabiliser le club, et nous pouvons déjà voir la différence, remarque Anna. Nous achetons maintenant des joueurs, ce qui relevait de la pure fiction à l’époque de Šafarčik. Nous avons des sponsors. Le président affirme que l’argent est là, et l’objectif est clair : être de retour en première division au plus vite. Chose très importante, les supporters croient en leur nouveau dirigeant, ce qui semblait impossible à concevoir ces dernières années. »

Un regain de forme qui s’observe également sur le terrain. Actuellement deuxièmes au classement, les Banícek sont plus que jamais dans la course à la montée. Leurs supporters, satisfaits du travail de la nouvelle équipe dirigeante et de l’état d’esprit affiché par les hommes de Vlastimil Petržela, ne font plus du changement de stade une fatalité et reviennent garnir les tribunes. Celles-ci affichent un taux de remplissage que bon nombre de formations de l’élite pourraient envier. Selon Anna, « tout le monde essaie de reconstruire le club et de l’élever jusqu’à sa gloire passée. Et, pour la première fois depuis des années, nous sentons que nous pouvons le faire. » L’espoir est donc de retour du côté du Baník Ostrava. Et c’est déjà pas mal.

Raphael Brosse / Tous propos recueillis par R.B pour Footballski


Image à la une : © Denik

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A propos de l'auteur

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Raphaël Brosse

Etudiant en journalisme à Sciences Po Toulouse, je garde un souvenir inoubliable de mes quelques mois passés sur les rives de la Vistule, du côté de Varsovie. De retour en France, j'ai intégré la rédaction de Footballski, où j'écris principalement sur le foot hongrois. Avant, pourquoi pas, de repasser à l'Est.

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