Aulis Rytkönen, le Monsieur Magic finlandais

Petteri Räisänen
Petteri Räisänen - Publié le 4 avril 2016

Aulis Rytkönen. Lui, le premier joueur professionnel finlandais. Le premier joueur finlandais à laisser une trace à l’étranger a marqué de façon importante et remarquable l’Histoire de cette si petite nation de football qu’est la Finlande.  Pourtant, la carrière du magicien fut mouvementée, ce qui la rend sûrement encore plus belle. Portrait de Monsieur Magic.

syöttäkee Oolikselle!

Né dans une famille de la classe ouvrière du petit village savonien de Karttula dans l’est de la Finlande, Aulis et sa famille déménagent rapidement à Kuopio, où il grandit. Après quelques années avec l’équipe de l’usine, Aulis décide de rejoindre Kuopion Palloseura (KuPS) pour s’épanouir dans un environnement plus professionnel et ambitieux. Contrairement à son père qui n’approuvait pas vraiment ce transfert, la mère d’Ulis, elle, donne sa bénédiction. De quoi faire taire le paternel. Un père qui ne pouvait imaginer que, quelques années plus tard, le public de Kuopio crierait “syöttäkee Oolikselle!” (« donne la balle à Aulis !« ) quand le public n’était pas content des prestations du KuPS. Aulis Rytkönen fait ses débuts pour KuPS contre KPT dans un match de district, marquant deux buts à seulement 16 ans. De quoi placer le bonhomme. Les quelques années qui suivent sont du même calibre que cette première prestation pour le jeune prodige avec 9 buts par saison, même après la promotion du club au niveau supérieur.

Rytkönen a alors la vingtaine et KuPS entre dans sa période glorieuse du début des années 1950. Cet attaquant doté d’une grande qualité de vitesse attire naturellement l’attention de clubs internationaux. En 1950, une offre lucrative en provenance d’un club de Serie A arrive sur le bureau du club. Une offre de 700 000 marks finlandais – environ 17 000 € aujourd’hui – arrive sur le bureau du club et, bien que le montant soit important pour l’époque, l’offre fut catégoriquement refusée par le joueur. La raison ? L’anonymat du club. Encore aujourd’hui, nous ne connaissons toujours pas l’identité de ce club italien. Mais qu’importe l’Italie, un autre pays viendra toquer à la porte et cette fois sans anonymat. Préparez-vous, le Magicien finlandais arrive bientôt dans nos contrées.

Des soucis pour quitter la Finlande

Seulement quelques mois après cette offre anonyme, le Stade Français manifeste son intérêt pour Rytkönen en envoyant l’entraîneur du club directement superviser le joueur en Finlande. Le Finlandais accepte de rejoindre le club parisien pour une indemnité de transfert de 3.000.000 de marks finlandais, environ 73 000 € aujourd’hui, et se prépare alors à une nouvelle vie dans l’Hexagone. Cependant, à cette époque, les joueurs nordiques voulant découvrir le football à l’étranger étaient très souvent considérés avec mépris et dégoût par leurs propres pays. De ce fait, la Fédération finlandaise de football s’opposa fermement à ce transfert en y mettant son veto. Un mal pour un bien pour Rytkönen.

Rytkonen AulisToujours au pays, Aulis Rytkönen a alors prévu de se marier et, en manque d’argent, est forcé de demander un prêt de 2 000 marks à son club de KuPS afin de pouvoir organiser et payer les frais du mariage. Un prêt qui sonne comme une dette pour le joueur et qui le pousse à rester à Kuopio jusqu’aux Jeux Olympiques de 1952 à Helsinki, une compétition lors de laquelle les locaux n’auront pas une très grande réussite. Cependant, pour Rytkönen, l’histoire est toute autre. Le joueur finlandais profite des JO pour se montrer aux yeux du grand public et attire encore un peu plus l’attention des étrangers.

À la fin des JO, la Fédération finlandaise de football ne pouvait plus entraver la carrière de Rytkönen et son ascension vers le monde professionnel. Le Toulouse FC, alors en deuxième division, en profite et enrôle ce diamant brut en 1952. Le début d’une grande histoire. Et bien que l’Atlético Madrid se positionne également sur le joueur et approche directement Rytkönen via une lettre, son choix est fait. Rytkönen déménage en France à la fin de l’année avec sa femme et est alors prêt à charmer les Français.

Cette nouvelle expérience débute de la meilleure des manières. À l’image de son premier match en Finlande, Rytkönen étale son talent dès son premier match avec le TFC avec un but et une passe décisive dans une victoire 2-0 face à Cannes. Rebelote pour le dernier match de sa première saison avec le club de la ville rose. Alors que l’AS Monaco se bat aux côtés du TFC pour une promotion en première division, le club de la principauté n’hésite pas à payer 20 000 francs à Valenciennes pour motiver les joueurs afin de donner leur maximum face à Toulouse et ainsi mettre toutes les chances pour une montée à l’échelon supérieur de son côté. Un plan bien rodé qui a presque fonctionné… jusqu’à l’éclair de génie de Rytkönen dans les dernières minutes de jeu. Un but du Finlandais permet alors de sceller la victoire des Toulousains et, surtout, d’être officiellement promu en première division. Au plus grand désarroi des Monégasques.

L’artiste, Monsieur Magic

Ce Toulouse nouvellement promu est alors lancé comme une fusée, stabilise sa place parmi les meilleurs clubs du championnat et le club devient alors l’un des favoris pour le titre après seulement une petite saison dans l’élite du football français. Si en 1954, le club toulousain termine la saison à une belle seconde place, tout le monde se dit que ce TFC aurait pu être encore une petite place plus haut si Rytkönen n’avait pas été victime d’un tacle lors du Derby de la Garonne. Un tacle qui l’envoie à l’hôpital et l’écarte des terrains pendant un long moment. Une première blessure qui en appellera d’autres.

La saison suivante n’est faite que de déceptions pour la ville et pour le joueur finlandais. De nouveau blessé durant la majorité de la saison, le Toulouse FC chute sans son magicien et ne peut faire mieux qu’une septième place. Symbole de l’importance d’Aulis Rytkönen dans le club et l’équipe.

En finale, Rytkönen fait d’Angers sa chose et humilie à lui seul le club dans une victoire 6-3 avec pas moins de quatre passes décisives pour le Finlandais.

Mais c’est surtout durant la saison 1956/1957 que Rytkönen commence à montrer toute sa magie. Monsieur Magic est intenable et montre tout son talent, en particulier en Coupe de France où le club toulousain arrive se hisser jusqu’en finale après avoir battu le champion de France en titre, Nice. En finale, Rytkönen fait d’Angers sa chose et humilie à lui seul le club dans une victoire 6-3 avec pas moins de quatre passes décisives pour le Finlandais. Quelques jours plus tard, le TFC continue sa marche en avant et terrasse Aston Villa, alors vainqueur de la Cup, 2-1. Si Toulouse en est là, Rytkönen n’y est pas étranger. Et c’est tout naturellement que le Finlandais attire de nombreux clubs, notamment l’Olympique de Marseille et Strasbourg. Mais Rytkönen est trop précieux pour le TFC qui n’a aucunement l’envie de se séparer de son magicien finlandais.Rytkonen

Cette victoire en Coupe de France fut son plus grand succès dans l’Hexagone. Tout comme l’autre future star du pays que sera Jari Litmanen, la carrière de Rytkönen a été tourmentée par les blessures, avec notamment des cuisses capricieuses souvent sujettes aux pépins. Comme un symbole, son dernier match avec le club toulousain fut une rencontre face à l’AC Milan et, alors que Rytkönen souffre d’une fracture à un pied, le Finlandais décide tout de même de fouler la pelouse et de jouer l’ensemble du match. Pour un dernier au revoir à un club à qui il a tant donné.

Le retour en Finlande

Comme Litmanen a pu le faire après ses multiples blessures, Rytkönen décide de renter chez lui, en Finlande, pour terminer une carrière déjà bien remplie. Sa première intention était de retourner à ses racines en Savonie afin de jouer à nouveau avec son club, le KuPS, mais le destin et un ancien président du KuPS avaient d’autres plans pour lui. Cet ancien président du KuPS avait en lui une très forte rancune envers son ancien club et avait juré de prendre sa vengeance sur le club. Une vengeance froide qu’il met en oeuvre grâce à Rytkönen. Ainsi, il fait comprendre au joueur que le KuPS ne voulait plus de lui et lui a alors recommandé de se tourner vers Juuso Waldén, le président du FC Haka. Finalement le FC Haka ne le signera pas, la faute à un contrat qui ne convenait pas à Rytkönen, le faisant plus passer pour un joueur de rotation qu’un international expérimenté.

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Rytkönen , sur la table de massage avec ses coéquipiers, lors d’un match de gala organisé en 1970 entre le TFC et le Real Madrid.

C’est alors que le président du HJK et du magazine Apu, Olli Lyytikäinen – père de Olli-Pekka Lyytikäinen, aujourd’hui encore président du HJK et du magazine Apu – offre à Rytkönen un poste à responsabilité dans son magazine Apu mais aussi un contrat en tant que joueur-entraîneur au HJK, un emploi qu’il accepte.

Malheureusement, les années 60 ont été une décennie de turbulences pour le club ainsi que pour Rytkönen. Premièrement, cela commence avec la relégation et les performances assez médiocres de l’Artiste, malgré un one-man-show avec un triplé lors d’un derby face au HIFK qui se termine par un 3-3. 1964 fut le début de la plus belle ère de l’HJK, bien que ça soit la seule année que le club n’ait pas pu accrocher le titre de champion. Le HJK attire beaucoup de monde et il n’est pas exceptionnel de voir plus de 10 000 personnes, comme lors d’un match face au grand Manchester United en Coupe d’Europe. 1966 est la dernière saison de Rytkönen en tant que joueur, carrière qu’il poursuivra exclusivement sur le banc de touche du club, et ce jusqu’en 1971. Puis, il prend en main l’équipe de football féminin jusqu’en 1996 avant de se retirer totalement du football.

« Aulis Rytkönen était un exemple sur comme en dehors du terrain. C’était un homme disponible, sage, charmant et toujours très chaleureux. Aulis était un pionnier, permettant aux futurs joueurs de notre pays de devenir professionnel. Son talent et sa vitesse étaient toujours félicités. » Déclarait le président de l’Association finlandaise de football Pertti Alaja au site de l’UEFA 

Des années plus tard, Monsieur Magic s’éteint paisiblement à Helsinki à l’âge de 85 ans. La plupart des jeunes générations se souviendront toujours de Litmanen comme le plus grand joueur de l’histoire de la Finlande ; Rytkönen était encore à un autre niveau. Litmanen est le roi de la Finlande avec sa couronne mais Monsieur Magic, lui, tire un lapin de son chapeau. Litmanen règne avec son sceptre, l’Artiste peint un autre chef-d’oeuvre avec sa palette. En tout cas, il ne fait aucun doute que le style et l’habilité que possédaient Rytkönen ne seront certainement plus jamais vus dans l’histoire du football finlandais.

Petteri Räisänen


Remerciements au Toulouse FC pour la mise à notre disposition des photos du joueur

À voir aussi : La fédération finlandaise interdit aux fans de célébrer les buts avec leurs joueurs (PKFoot)

Image à la une : © Juha Tamminen

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