Co-meilleur buteur du championnat russe et appelé pour la première fois en sélection nationale pour pallier la blessure de Fedor Smolov, Aleksandr Sobolev connaît un début de saison canon sous le maillot du Krylia Sovetov Samara. Portrait d’un joueur au profil et au parcours atypiques.

Des désillusions à la chaîne

Né le 7 mars 1997 à Barnaoul, ville minière se situant en Sibérie de l’Ouest, Aleksandr Sobolev fait ses débuts dans l’une des équipes locales : le Dinamo Barnaoul. Durant cette période, il affiche un niveau supérieur à ses coéquipiers et fait bonne impression lors des différents tournois auxquels il prend part. Il comprend assez vite que, pour revoir ses ambitions à la hausse, un départ s’avère inéluctable. C’est ainsi qu’il décide de faire des essais au sein de la capitale.

Sobolev effectue sa première détection à Moscou avec le CSKA, et dès le premier match il marque un but tout en jouant milieu latéral, un poste assez inhabituel pour lui. Après cette rencontre, le club moscovite le félicite pour son but mais décide de ne pas le conserver : les Armeytsy promettent simplement de garder un œil sur ses performances à l’avenir. Par la suite, il fait un essai pour un autre club de la ville, le Lokomotiv Moscou. Malheureusement, il n’a même pas l’opportunité de jouer un match et se contente de participer à quelques entraînements.

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Après ces deux expériences qui n’aboutissent à rien, le jeune Russe retourne dans sa ville natale. Malgré tout, il n’abandonne pas l’idée de devenir un footballeur de haut niveau, et à l’hiver 2015, il va faire un nouvel essai, mais cette fois dans le Caucase du Nord, pour l’Anzhi Makhatchkala. Son profil plaît au staff, et ce dernier lui promet un contrat si le club parvient à monter en première division russe, objectif que l’Anzhi réussi à atteindre. Sobolev rejoint donc le club du Daghestan à l’été 2016. Il participe aux stages de préparation sans contrat, mais deux jours avant le premier match amical, le club lui annonce qu’une autre décision a été prise et qu’il ne souhaite pas le garder. Abattu par cette nouvelle désillusion, Aleksandr commence à voir son rêve de devenir footballeur s’envoler.

Une lumière au bout du tunnel

Heureusement pour lui, ses parents croient en son potentiel, et décident de payer 200 000 roubles au Dinamo Barnaoul en tant que compensation pour laisser leur fils partir à Tom Tomsk, un autre club se situant en Sibérie de l’Ouest, à 500 kilomètres environ de sa ville natale. Différence notable : celui-ci évolue alors dans l’élite, quand le club de Barnaoul ne joue qu’en troisième division. Aleksandr Sobolev arrive donc peu avant le début du championnat chez les Tomitchi, et passe près de trois mois à s’entraîner sans contrat, une situation qui ressemble fortement à celle qu’il a vécu chez les Orly de Makhatchkala.

Le club fait traîner la signature, mais durant un match d’essai, Sobolev montre ses qualités, et finit par obtenir un contrat, ce qu’il poursuivait depuis très longtemps. Il a déclaré un peu plus tard en interview que si le club de Tomsk ne l’avait pas gardé, il aurait arrêté le football. Au total, il marque neuf buts en quinze rencontres pour l’équipe II des Vert et Blanc, ce qui lui offre l’opportunité de monter en équipe A. Plombé par des problèmes financiers, le club russe se doit d’offrir beaucoup de temps de jeu à ses jeunes, dont Aleksandr Sobolev.

File:Rostov-KS18 (5).jpg« File:Rostov-KS18 (5).jpg » by Serg Stallone is licensed under CC BY-SA 3.0

Le natif de Barnaoul joue enfin son premier match dans l’élite russe le 5 décembre 2016, à l’âge de 19 ans. Le 10 avril 2017, il marque son premier but en championnat, qu’il dédie à son fils. Au final, il marque à trois reprises en treize matchs durant la saison 2016/2017 mais n’empêche pas son club de finir à la dernière place du championnat et d’être relégué en deuxième division. Durant la première partie de l’exercice suivant, le jeune Aleksandr marque six buts en 24 matchs de championnat, et fait au total trembler les filets à douze reprises en quarante matchs avec les Sibiriaki.

Ses performances ne passent pas inaperçues et un autre club pensionnaire de RPL décide d’attirer le buteur d’1,95m dans ses filets : le Krylia Sovetov Samara. Le 29 décembre 2017, durant le mercato hivernal, le club de Samara signe donc un bail de quatre ans avec l’attaquant de Tomsk, ce qui lui permet de rembourser ses parents (son salaire étant assez faible dans son précédent club).

Sous ses nouvelles couleurs, l’attaquant continue à enchaîner les buts et met notamment un triplé (son premier) face au Spartak Moscou-II.  Sobolev finit la deuxième partie de saison en mettant huit buts en douze matchs de championnat, et aide son équipe à finir à la deuxième place, ce qui signifie une montée en première ligue. Malheureusement, durant le début d’année 2018/2019, le jeune attaquant est très peu utilisé à cause d’une forte concurrence et part finalement en prêt durant le mercato hivernal vers un autre club du championnat, jouant également le maintien : l’Enisey Krasnoyark. Il n’y a pas grand-chose à noter de son passage dans le club de Krasnoyarsk, à part qu’il joue dix matchs et marque trois buts, ce qui ne suffit pas pour empêcher la relégation de son équipe.

Objectif Lune

Après son prêt au Enisey, Aleksandr Sobolev revient à Samara et est titulaire dès la première journée de championnat face au CSKA Moscou. Ce match devient une véritable vitrine pour l’attaquant russe : auteur d’un doublé, dont un but inscrit sur un penalty qu’il obtient et transforme parfaitement, Sobolev apporte les trois points à son équipe face à un club qui l’a autrefois mis à la porte. Par la suite, Aleksandr ne fait que monter en puissance et enchaîne les buts de grande classe, comme un ciseau face à l’Arsenal Tula ou encore une magnifique frappe de loin, sublime mélange de finesse et de précision, face à l’Ural.

Sobolev multiplie les performances de haut vol, avec un bilan de dix buts et trois passes décisives en seulement treize matchs, ce qui fait de lui le meilleur buteur du championnat avec Eldor Shumorodov. Au-delà des statistiques, Sobolev séduit la Russie par son style de jeu. Il est souvent comparé à son compatriote Artem Dzyuba, avant tout pour son gabarit (195 centimètres et 85 kilos pour Sobolev, 196 centimètres et 91 kilos pour Dzyuba) mais aussi en raison de son évolution.

Tout comme le capitaine de la Sbornaïa, Sobolev cherche à progresser au niveau de la qualité de passe, de dribble et plus globalement à participer davantage aux actions collectives. En effet, sa qualité de transmission et d’implication dans le jeu était discutable, et un certain manque de mobilité pouvait être noté. Au fil des matchs, il commence à prendre part plus souvent aux offensives de son équipe, se permettant de dribbler et d’obtenir des fautes quand cela semble nécessaire. 

Cette envie de dépasser sa fonction de « simple point de fixation » ou de « 9 à l’ancienne » fait probablement aujourd’hui de lui un danger encore plus important qu’auparavant. Même quand il ne marque pas, il est capable de faire des différences d’une autre manière. Le parallèle avec Dzyuba semble donc pertinent, lui qui est devenu un excellent passeur décisif et dont les talonnades et les remises de la tête sont tout autant à craindre que ses plats du pied.

Le meilleur exemple que l’on peut relever pour louer l’élargissement de la palette technique de Sobolev serait sa superbe passe décisive pour son coéquipier Kannunikov lors du match face à Tambov. Il reçoit le ballon côté gauche, élimine deux joueurs en effectuant un petit pont sur chacun, lève la tête, voit Kannunikov côté droit et lui délivre une superbe passe, mettant le numéro 99 face au gardien adverse, qu’il n’a plus qu’à ajuster.

Un jeune buteur déjà redoutable… mais encore perfectible

Sobolev est en quelque sorte un profil qui est encore difficile à identifier, car il semble en constante évolution, mais une chose est sûre : il pèse beaucoup dans la surface. Capable de surgir devant les défenseurs, marquer de la tête, ou encore de jouer parfaitement avec son corps pour trouver un bon angle de tir ou éliminer un joueur. De plus, son côté « tueur » devant le but est également appuyé par le fait qu’il rate assez rarement le cadre.

Il n’est pas exempt de défauts malgré tout : les deux plus gros points faibles que l’on peut souligner seraient avant tout ses penaltys, et ensuite sa vitesse. Pour le premier aspect, il en a tiré quatre et n’en a mis que deux. Cependant, le potentiel est là, et vu sa détermination, nul doute qu’il fera tout pour corriger ce défaut. En revanche, pour ce qui est de sa relativement faible pointe de vitesse, celle-ci pourrait contrarier ses envies de polyvalence.

Enfin, le plus impressionnant est sans aucun doute l’importance de ce que réalise Sobolev. Il joue pour une équipe qui lutte pour le maintien, lui a apporté douze points sur les dix-sept qu’elle a acquis jusqu’alors et a marqué cinq de ses dix buts face à des clubs du haut de tableau ou de grande réputation (deux face au CSKA Moscou, un face au Lokomotiv Moscou, un face au Spartak Moscou et un face à Krasnodar). Avoir de telles statistiques dans une équipe qui a beaucoup de mal à conserver et à faire circuler la balle est assez admirable, mais également primordial. Si cette saison Sobolev bénéficie d’une confiance aveugle de la part de son entraîneur, Miodrag Božović, qui n’hésite pas à le faire jouer tout les matchs et ne le remplacer que très rarement, c’est surtout dû au fait que le buteur prend souvent les bonnes décisions sur le peu de ballons qu’il reçoit (en plus d’avoir su saisir sa chance dès le premier match).

Va-t-il marcher sur la Lune ?

Sur le court terme, il paraît difficile de s’imaginer Sobolev titulaire, voire même avoir du temps de jeu en sélection, sachant qu’il est troisième dans la hiérarchie, derrière Dzyuba et Komlichenko. Le premier semble indéboulonnable (à moins d’une blessure), car le capitaine de la Sbornaïa est parfaitement en place et semble montrer un niveau de jeu excellent actuellement (auteur de neuf buts et cinq passes décisives en phase de qualification pour l’Euro). En revanche, l’attaquant du Zenit a 31 ans, tandis que Sobolev n’en a que 22. 

Le second a déjà une position plus fragile, et n’a pas encore réellement eu sa chance. Il est d’ailleurs difficile de savoir quel niveau est capable d’afficher l’attaquant de 24 ans du FK Mladá Boleslav en sélection. Néanmoins, s’il est appelé, ce n’est pas sans raison : auteur de neuf buts en autant de rencontres, Komlichenko semble être un joueur intéressant dont la place de numéro 2 peut s’avérer difficile à détrôner.

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L’attaquant du Krylia Sovetov a donc affaire à une concurrence assez rude, mais qui n’est pas insurmontable. Si, pour l’instant, il n’a pas encore joué la moindre minute avec la Russie, tôt ou tard Stanislav Cherchesov donnera sans aucun doute l’occasion au jeune attaquant de se montrer, et il faudra que ce dernier la saisisse.

Élu meilleur joueur du championnat durant le mois de juillet, Sobolev fait parler de lui dans toute la Russie, mais pas que. Rapidement, des rumeurs d’intérêt de clubs anglais prestigieux tels qu’Arsenal ou encore Manchester United ont alimenté les médias russes. Le fait que des grands clubs s’intéressent au meilleur buteur du sixième championnat européen paraît totalement logique, mais cela ne veux pas dire qu’il partira dès cet hiver, et encore moins dans l’une de ces écuries. Cependant, quand on lui demande de parler de son avenir, Aleksandr explique clairement qu’être transféré au CSKA ou encore au Zenit ne l’intéresse pas, et que son grand rêve est de jouer en Premier League.

Pour l’heure, il est difficile de prédire l’avenir du numéro 7 du Krylia : va-t-il devenir un grand footballeur ou bien est-ce un simple feu de paille de début de saison ? Une chose est certaine, il fait énormément de bien à son équipe sur ces premières journées, et est très apprécié par les supporters du club.

Kondrateï Filatoff

Image à la Une : © fcdb.ru

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