Aleksandr Erokhin, de l’obscurité de Barnaul à la lumière du Krestovski

Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 25 octobre 2018

Rares sont les joueurs russes qui s’exportent. Encore moins quand on est jeune. Aleksandr Erokhin fait partie de ceux qui ont tenté l’aventure avant de revenir. Désormais titulaire indiscutable, le milieu offensif du Zenit Saint-Pétersbourg a tout connu. De la plaine de l’Altaï, au bord de la mer noire, portrait d’Alexandr Erokhin.

De Barnaul à Moscou

Barnaul, 1989. L’Union soviétique vit ses dernières heures et la capitale du Krai de l’Altaï souffre. Important centre économique de la Sibérie occidentale, Barnaul voit progressivement Moscou couper les ponts avec la province. C’est dans ce contexte de crise économique qu’Alexandr Yuryevich Erokhin voit le jour le 13 octobre 1989. Dès sa jeunesse, Alexandr baigne dans le milieu du sport. Ses parents l’emmènent découvrir les différentes sections sportives de la ville, volleyball, water-polo, hockey sur glace, c’est finalement le football qui aura le dernier mot. Lui qui décrit son enfance comme difficile, dans une ville où la criminalité règne depuis la chute de l’URSS, Erokhin rejoint dès ses huit ans la section jeune du Dinamo Barnaul, le club de la ville qui n’a jamais connu mieux que la deuxième division. Repéré par le père d’Alexey Smertin (ancienne star russe passée notamment par les Girondins de Bordeaux), il impressionne par sa polyvalence. Capable de jouer à tous les postes du milieu de terrain, il profite de son haut gabarit pour son jeune âge pour mettre tout le monde d’accord. En dehors des entraînements, il tape le cuir avec des amis de son quartier. Il impressionne même les policiers locaux qui lui proposent de jouer quelques matchs peu officieux avec d’autres travailleurs de la ville. Chaque équipe mettait un bon paquet de roubles en jeu et Alexandr était récompensé avec une petite pièce en cas de victoire.

Timide et discret, Erokhin fait son petit bonhomme de chemin. Introverti, il n’hésite néanmoins pas à en venir aux poings quand on le cherche. Largement au-dessus du niveau de ses jeunes coéquipiers de la section jeune de Barnaul, il est repéré à l’âge de quinze ans par le Lokomotiv Moscou lors d’un tournoi amical. Direction la capitale pour le jeune Alexandr! Une adaptation très difficile pour lui, loin de sa famille et de ses amis il ne parviendra jamais à se faire à la vie moscovite. Les dirigeants du Lokomotiv sont conscients de la situation et le jeune garçon obtient régulièrement le droit de rentrer chez lui. Malheureusement, les progrès ne sont pas suffisants. Alexandr joue peu avec les jeunes et les rêves d’évoluer avec les professionnels s’amenuisent. Et à seulement dix-sept ans, Erokhin va prendre une décision qui va bouleverser le cours de sa carrière …

Parenthèse moldave

Deux possibilités s’offrent à un étranger qui rejoint la Moldavie. Soit il perce et trouve rapidement un club de meilleur niveau, soit il s’y perd et finit sa carrière dans les méandres du football. Alexandr Erokhin décide de faire un choix audacieux alors qu’il est toujours mineur. Lui qui n’a jamais mis les pieds en dehors de la Russie quitte son pays pour rejoindre le meilleur club de Moldavie, le Sheriff Tiraspol. Erokhin a la chance d’arriver dans un club où la colonie russe est en nombre. L’intégration sera idéale, bien que le jeune milieu de terrain peine encore sur un terrain. Sa première saison professionnelle est délicate, trouvant difficilement ses marques, mais le coach lui fait confiance. Il gagne du temps de jeu et s’impose finalement dans l’effectif. Réputé casanier, Erokhin s’ouvre au monde qui l’entoure et profite des jours de repos pour se rendre à Odessa et profiter de la mer Noire pour prendre du bon temps. Alexandr est un jeune homme heureux et ça se voit sur le terrain! Grand acteur du titre 2008/2009 et 2009/2010, Erokhin profite des différentes compétitions européennes pour se faire remarquer. Le point culminant de sa carrière moldave est en 2010 avec un match contre le Dynamo Kiev. Il arrive dans les vapes au stade, tout le monde s’inquiète, mais en réalité il a dormi toute la journée et a rêvé d’uune seule chose : marquer. Ce sera chose faite face à Denis Boyko, un but et une victoire finale face au champion d’Ukraine.

Retour décisif dans la mère patrie

Erokhin a réussi son pari: faire parler de lui. Suite à cette victoire contre le Dynamo Kiev, le milieu de terrain est pisté par de nombreux clubs étrangers et russes. Il décide de rentrer chez lui, en Russie. Pas pour le Spartak ou le CSKA, il rejoint un jeune club qui connaît sa première promotion dans l’élite de son histoire, le FK Krasnodar. Toujours proche de la mer Noire, Alexandr va vivre trois années compliquées dans un club qui monte. Les attentes dans le football russe ne sont pas les mêmes que celles du football moldave et Erokhin peine à retrouver son niveau de jeu. Il disputera seulement une petite vingtaine de matchs en trois ans, beaucoup trop peu pour un jeune homme qui évolue désormais avec l’équipe B de la Sbornaya. L’intérêt de la fédération à son égard montre que le milieu de terrain a du potentiel. Il décide un nouveau coup de poker et descend d’un échelon en prêt. Direction la FNL et le SKA Khabarovsk. Erokhin retrouve quelque peu le climat de Barnaul et aussi du temps de jeu.

La saison 2013 redonne du mordant à Alexandr qui voit de nouveaux clubs tourbillonner autour de lui. Alors que le SKA Khabarovsk finalise son transfert, il part un peu plus à l’ouest rejoindre l’Oural Iekaterinbourg en prêt. Le club de l’oblast de Sverdlosk est de retour en RPL et souhaite construire une équipe compétitive. Erokhin va devenir un joueur clé des oranges sous la direction d’Alexandr Tarkhanov qui deviendra son mentor. Meilleur joueur de son équipe, il impressionne match après match et permet à son équipe de se maintenir. Élu joueur du mois à plusieurs reprises par le public d’Iekaterinbourg, il va finalement rejoindre définitivement le club de l’Oural.

Sa progression est impressionnante et lui vaut même une première convocation par Slutsky avec la Sbornaya. La saison 2015/2016 commence de la meilleure des manières pour Alexandr avec une première sélection face à la Turquie. Début 2016 alors que l’Oural réalise la meilleure saison de son histoire, Erokhin surprend tout le monde en décidant de rejoindre Rostov qui joue le titre. Les supporters d’Iekaterinbourg sont déçus du choix du milieu de terrain et le club ne s’en remettra pas et finira loin des places européennes. Le natif de Barnaul quant à lui s’éclate sous les ordres de Berdyev. Il sera un grand acteur de l’excellente saison de sa nouvelle équipe et aura même l’opportunité de jouer la Champion’s League la saison suivante. Malheureusement Rostov souffre financièrement et Yerokhin décide de mettre un terme à son contrat à l’été 2017.

Le Russe ne restera pas longtemps sans club, fin juin il signe au Zenit Saint-Pétersbourg. Beaucoup disent qu’il n’a aucune chance, qu’il sera barré par la concurrence argentine venue en nombre ce même été. Erokhin va faire taire tout le monde et va devenir titulaire indiscutable dans le XI de Mancini. Pilier du milieu de terrain du Zenit, il sait se muer en buteur avec notamment un somptueux quadruplé contre le SKA Khabarovsk lors de la dernière journée de la saison 2017/2018. Des performances qui valent à Erokhin d’être convoqué pour le Mondial 2018. Malheureusement diminué par une petite blessure il jouera peu, mais verra son nom rentrer dans l’histoire : il est le premier joueur à rentrer en tant que quatrième remplaçant dans une prolongation. L’arrivée de Semak à la tête du Zenit le conforte dans son rôle de joueur clé. Avec déjà quatre buts cette saison, Erokhin n’a pas fini de faire parler de lui. Et pourquoi pas en Europa League?

Antoine Jarrige


Image en une ©  Mike Kireev / NurPhoto vi AFP Photos

Aleksandr Erokhin, de l’obscurité de Barnaul à la lumière du Krestovski
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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 21 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale, mon coeur ne bat que pour Smolov et Lungu.

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