Aktobe, le grand n’importe quoi

aktobe
Damien Goulagovitch
Damien Goulagovitch - Aujourd'hui à 10h38

A l’aube de la nouvelle saison kazakhe, un cas inquiète tous les fans de football. C’est celui d’Aktobe, un multiple champion du Kazakhstan qui a l’ambition, comme chaque année, de figurer dans le Top 4. Sauf qu’à l’heure actuelle il est difficile d’imaginer un tel résultat au vu de la préparation catastrophique et de la désorganisation complète du club. Avant une reprise de saison, on ne peut trouver une situation pire que celle dans laquelle évolue actuellement le FK Aktobe, qui voit son avenir s’obscurcir ostensiblement chaque jour qui passe. L’aboutissement de la stratégie de développement du russe Dmitry Vasilyev.

aktobe

Cinq titres de champion du Kazakhstan

Pour mieux comprendre ce que représente le FK Aktobe, revenons sur l’histoire de celui qui fut connu historiquement sous le nom de Aktyubinsk jusqu’en 1999. Date à laquelle un décret présidentiel a remplacé le nom russe par Aktobe, signifiant en kazakh ақ » (blanc) et « төбе » (colline), en référence à l’emplacement de la ville au 19ème siècle. Le premier club de la ville, appelé avec une grande originalité Dynamo Aktyubinsk, a participé à la première coupe d’URSS en 1936. Avec un début à l’extérieur, contre Kouïbychev. Le match n’ayant pas eu lieu en raison de l’absence de la police, le Dynamo acquit une victoire sur tapis vert, se qualifiant pour les 32èmes de finale de la Coupe. Cinq jours plus tard, le tirage leur offrit l’occasion d’affronter le CDKA Moscou. Lors de ce premier match de prestige pour un club kazakh, Aktyubinsk s’inclina logiquement 4-0 contre l’ogre de la capitale russe.

Puis, trente ans de silence s’ensuivirent jusqu’en 1966, année du premier grand succès pour un club tout juste fondé sur la base d’une négociation collective à l’usine Aktyubrentgen. Vainqueur du championnat de la République socialiste soviétique du Kazakhstan, l’équipe reçut le statut officiel de club et commença à jouer en championnat d’URSS. C’est le début de l’histoire de l’actuel FK Aktobe, qui fit ses armes en quatrième division dès 1967. Par la suite, Aktyubinsk joua 19 saisons dans la troisième division du championnat d’URSS, remportant son tableau en 1981 (mais ne pouvant pas monter à cause d’une défaite en play-off) et 1991 (cette fois, l’effondrement de l’URSS empêcha la tenue des play-offs de montée). Rien de bien glorieux à signaler non plus dans les années 90 après l’indépendance, avec même un court passage à l’étage inférieur. Jusqu’au changement de nom. Effet positif de la restauration de son originel ou non, Aktobe commença à se rapprocher du podium jusqu’à la récompense suprême en 2005, un an après un scandale de corruption ayant touché les hauts dirigeants du club. Ayant perdu sa couronne en 2006, il la regagna en 2007, 2008 (à égalité de points à la fin de la saison avec Tobol, ils remportèrent le championnat lors d’une séance de tirs aux buts prévue en cas d’égalité entre deux équipes en fin de saison), 2009 et 2013. Sans jamais quitter le podium les années de non-succès. Il est fort à parier qu’un tournant important s’opère en 2016.

Un mercato sans aucun sens

On l’avait annoncé dans notre bilan de l’année 2015 au Kazakhstan, l’austérité allait être le maître mot pour Aktobe version 2016. Sauf que l’on ne s’attendait pas à ce type d’austérité. Il est à parier que Vasyliev doit avoir un concept bien à lui.

Le gestionnaire a décidé de résilier les contrats de la quasi-totalité de l’effectif de l’an dernier, qui avait décroché la troisième place du championnat.

Pour commencer, le gestionnaire a décidé de résilier les contrats de la quasi-totalité de l’effectif de l’an dernier, qui avait décroché la troisième place du championnat. Des résiliations honteuses pour la plupart des joueurs, dont certains se sont effondrés en larme, avec honneur pour d’autres. Pourtant, un bon nombre d’entre eux (on pense notamment à Pizelli, Logvinenko ou Pokatilov) avaient une valeur marchande intéressante qui aurait pu gonfler directement les caisses du club. Le boss d’Aktobe a, semble-t-il, préféré économiser ses fournitures de bureau et le prix des appels vers les potentiels acheteurs… Sinon, comment expliquer que l’idée de vendre au lieu de mettre fin aux contrats ne lui soit pas venue à l’esprit? En lieu et place de ces titulaires, Vasilyev mène des négociations pour recruter des joueurs d’un niveau douteux, dans les équipes réserve russes ou en FNL (D2 russe). Selon certains médias kazakhs, ils les connaîtraient même personnellement ou entretiendraient de bonnes relations avec leurs agents. S’il réussit son coup, même s’il quitte le club, il s’assure de laisser des souvenirs qui, eux, auront un contrat… comme Nikita Bocharov de Tom Tomsk qui a déjà signé pour deux ans.

Au milieu de tout cela, on note le retour du mythique Samat Smakov, 171 matchs avec Aktobe et 59 avec la sélection kazakhe. Lequel n’est pas revenu par bonne volonté, amour du maillot, des fans ou autre, mais plutôt grâce aux voies du ciel et des corps célestes. Du moins selon le communiqué rédigé par Vasilyev himself après son entrevue avec le joueur à Aktobe :

« Même les puissances supérieures ne voulaient pas libérer notre capitaine Samat Smakov. La météo qui empêchait les avions de voler nous a donné une chance. On ne pouvait pas ne pas prendre en compte un signe de l’au-delà. Samat et nous sommes allés au-dessus du possible pour tomber d’accord sur toutes les questions principales. Il s’envolera avec nous pour le stage en Turquie et inch’allah, on signera le contrat au moment du premier stage. »

Un cas représentatif du mépris total de Vasilyev pour le club est celui du capitaine Yuriy Logvinenko, 27 ans, né à Aktobe, formé à Aktobe, n’ayant joué qu’à Aktobe (228 matchs) et international kazakh. En bref, l’âme du club! Selon Vasilyev, son départ n’était pas envisagé puisqu’il avait tenu à rassurer tout le monde à propos des rumeurs enflant sur la toile « Logvinenko a un contrat en cours avec Aktobe. Nous ne le vendrons pas. Il part en stage avec l’équipe. En ce qui concerne les informations sur Internet, tout est mensonge. Je pense que ce sont nos ennemis qui créent ce genre de rumeurs pour que les supporters ne puissent pas se réjouir du retour de Samat Smakov. » Un coup de baguette magique plus tard, le contrat du capitaine était résilié. De quoi provoquer une fureur indescriptible chez les fans, seulement à moitié étonnés : « Cela peut sembler bizarre, mais nous n’avons été surpris qu’à moitié. On aurait pensé qu’il l’aurait vendu, mais il l’a laissé partir gratuitement… »

Nous pouvons également citer l’épisode du second meilleur buteur de la KPL 2015, le monténégrin Luka Rotkovic. Invité à Aktobe pour signer un contrat avec le club, le monténégrin s’est déplacé avant de constater amèrement que personne n’était venu pour lui faire signer son contrat. Vasilyev lui avait pourtant assuré qu’il serait signé le 16 février à l’hôtel Bellis… où ni lui ni personne du club ne s’est finalement présenté. Alors même que le joueur avait refusé d’autres propositions pour signer à Aktobe.

En plus d’avoir fait partir tous les meilleurs joueurs, Vasilyev a eu la brillante idée d’augmenter de manière significative le coût des tickets et des abonnements. Ce qui n’a pas manqué de déclencher la fureur des fans, déjà choqués par les résultats des matchs de préparation conclus par deux défaites 3-0 et une autre 4-0 contre des clubs de faible renommée pour une seule victoire contre l’équipe de jeunes du FC Sioni (Géorgie) : « On a encore plus honte que de s’être fait éliminer en Europa League par Nõmme Kalju, » témoigne un supporter. Après la préparation en Turquie, le club a décidé de renvoyer le porte-parole de l’équipe Marat Dzhumabaev, l’un des rares à être revenu au club après avoir également joué durant les années de gloire. Ce dernier a posté sur sa page Facebook : « Rien n’est éternel. Et la tradition de victoires de notre club dans le pays non plus… »

Deux recrues qui s’enfuient, quatre joueurs sous contrat

Durant le stage en Turquie, Vasilyev a donné une autre occasion d’amuser la galerie. Le russe annonçait partout dans les médias, fier de lui, avoir fait signer un joueur de Manchester City et un de Chelsea. Le lendemain de cette annonce, quelle ne fut pas la surprise d’apprendre qu’Islam Feruz et Abdul Razak avaient fui le camp d’entraînement, selon l’aveu même du coach Yuri Utkulbaev.

« Ils se sont entraînés hier soir avec nous. Puis, nous avons discuté des aspects tactiques du match, je voulais leur donner la possibilité de montrer leurs compétences. Nous leur avons montré notre façon de jouer. Le lendemain, je me suis levé et ils n’étaient plus à l’hôtel. »

aktobeIslam Feruz est visiblement coutumier du fait puisqu’il avait déjà rejoint le Krylya Sovietov pendant 24 heures avant de tout quitter, annonçant : « après quelques jours en Russie, j’ai réalisé que je n’étais pas encore prêt pour un changement aussi radical dans ma vie ». Il se trouve que ces deux joueurs, ainsi qu’une tripotée d’autres, étaient à l’essai lors du stage en Turquie comme en témoigne un post sur les réseaux sociaux, tandis que le site est en maintenance depuis le début de la préparation.

Il n’en a pas fallu plus aux internautes pour se déchaîner, comme sur cette amusante affiche détournée de Feruz et Razak dans Prison Break. Même les autres clubs au Kazakhstan se sont moqués d’Aktobe, à l’image du tweet du FK Maktaaral (D2) annonçant fièrement que tous ses joueurs avaient été vus à l’entraînement la veille.

Au-delà du sketch, c’est la communication de Vasilyev qui a particulièrement énervé les fans d’Aktobe. En se targuant d’avoir recruté deux joueurs de Manchester City et Chelsea, le gestionnaire a grandement embelli la situation. L’un des quidams, somalien, n’a jamais joué pour les Blues en match officiel. En outre, son dernier prêt à Hibernians (D2 écossaise) s’est soldé par un échec cuisant. L’autre, ivoirien, passé par l’Anji Makhatchkala sans avoir laissé de trace, a effectué son dernier match officiel le … 21 mars 2015 avec l’illustre club de Doncaster Rover !

Il est difficile d’imaginer dans quel but Vasilyev mène cette parodie de gestion de club de football. Il semble qu’avec toutes ses singeries, il ait complètement oublié qu’Aktobe doit être une équipe plus ou moins compétitive, alors que le début du championnat se fait pressant. Selon l’administratrice du groupe Vkontakte du club composé de 50.000 fans, qui a donné ses impressions à Footballski, la nouvelle direction a tué le club : « On espérait qu’avec les nouveaux arrivants à la tête du club tout allait changer en bien. Ce n’était qu’un espoir… Ils ont divisé le budget par deux. L’équipe a perdu tous ses joueurs expérimentés et ses étrangers! Le championnat débute dans deux semaines et pour le moment, nous n’avons officiellement que … quatre joueurs !! Nous rêvions de jouer en phase de groupe d’Europa League ou de Champions’ League, mais cela restera un rêve… Nous avons déjà écrit à tous les médias, maintenant nous allons écrire au gouverneur de la région et au président. Notre club est en train de mourir… » Signe que les impressions de notre interlocutrice risquent de s’avérer juste, les fans du Shakhter Karagandy avaient également écrit au président au moment de la déroute de leur club. Avec la suite que l’on connaît.


Voir aussi : Shakhter Karagandy, plus ombre que lumière


Damien Goulagovitch


Image à la une : © legionisci.com

Aktobe, le grand n’importe quoi
5 (100%) 6 votes

A propos de l'auteur

Damien Goulagovitch

Damien Goulagovitch

Né à Tchernobyl, fils du cousin au troisième degré de Dimitriev Goulagovitch, parrain de la mafia kazakhe. Déporté au gré du vent dans toutes les contrées d'Europe de l'Est, je participe à tous les #FootballskiTrip

pays de l'auteur footballski
pays de l'auteur footballski

2 Commentaires

Laisser un commentaire

Lire les articles précédents :
© digisport.ro
On a discuté avec Harlem-Eddy Gnohéré, attaquant du Dinamo Bucarest

En marge de la reprise du championnat roumain après la trêve hivernale et du match opposant le Dinamo Bucarest à...

Fermer