#3 Mathias Coureur – Ma vie à l’Est

Pierre Vuillemot
Pierre Vuillemot - Publié le 21 novembre 2016

Footballski vous propose de découvrir une nouvelle rubrique avec « Ma vie à l’Est. » Le principe est simple : rentrer dans la vie d’un joueur de football tout le long de sa saison et lui laisser carte blanche afin qu’il puisse s’expliquer sur tous les sujets qui peuvent l’intéresser ; du football en passant par la musique, la nourriture, vous saurez tout d’eux. Pour lancer la rubrique, nous avons décidé de choisir Mathias Coureur, désormais ancien joueur du Dinamo Tbilissi, aujourd’hui au Lokomotiv Gorna Oryahovitsa en Bulgarie. Ainsi, tous les mois, vous aurez l’occasion de suivre les aventures du Martiniquais en Bulgarie à travers ses écrits.


De la Géorgie à la Bulgarie, mon retour en terre bulgare s’est plutôt bien passé sous le maillot du Lokomotiv Gorna Oryahovitsa. Premièrement, le club a mis quelques moyens sur la table pour s’offrir des joueurs avec qui je m’entends plutôt bien, je pense notamment à Tsvetan Genkov, joueur bulgare expérimenté qui a eu l’occasion de jouer avec le Dinamo Moscou et le Wisla Krakow, Igor Djorman, un Français habitué des terrains bulgares depuis quelques années maintenant, ou encore Rahavi Kifoueti qui m’épaule sur le front de l’attaque.

Le club a également eu l’occasion de changer rapidement d’entraîneur au début de la saison et a fait venir Ivan Kolev, l’ancien entraîneur du Slavia Sofia, avec qui un véritable changement a eu lieu à l’intérieur du groupe. En effet, ce dernier ayant une certaine expérience à l’étranger me comprend, et nous comprend plus généralement, mieux. Il m’a rapidement fait comprendre qu’il savait ce que c’était d’être un étranger dans un pays, étant donné qu’Ivan a notamment longtemps travaillé dans le développement du football en Indonésie. Bien que parlant et comprenant un minimum le bulgare, le fait de pouvoir échanger en anglais reste un plus. Son approche, elle, semble mieux convenir à l’équipe, ce dernier est tourné vers le jeu et nous pousse à construire de l’arrière quand on le peut et s’efforce d’utiliser toutes les qualités de l’effectif au mieux, bien que je ne pense pas que notre ancien coach ait fait un si mauvais travail que ça. Cependant, son jeu était, lui, plus direct et ne cherchait pas forcément à travailler sur des actions construites.

Du côté du football bulgare en général, le grand match de l’année s’est déroulé il y a peu, à savoir le derby de Sofia. Pour tout amateur de football, et étant de cette catégorie, il n’était pas possible de passer à côté. Autant dire que l’ambiance n’a pas déçu, les tribunes étant blindées et les ultras mettant une ambiance de folie, comme d’habitude avec ces deux clubs. Si le Levski méritait de l’emporter, autant vous dire que ce match nul promet un match retour explosif. S’il vous faut une raison de suivre le football bulgare, vous l’avez avec ce match. Auquel je peux également rajouter le derby de Plovdiv qui s’est joué ce week-end et s’est soldé sur une victoire deux buts à zéro du Lokomotiv. Ce derby pue également le football et l’ambiance dans la ville est totalement unique. Un match à faire.

Malheureusement, ces pelouses bulgares, je ne peux pas les fouler actuellement. Lors de notre dernier match avant la trêve internationale, j’ai malencontreusement « pété un câble », comme on dit, en mettant un coup de poing à un joueur de l’équipe adverse. Les insultes sur les terrains de football sont particulièrement courantes à notre niveau, mais il faut croire que cette fois-ci, je ne pouvais pas me retenir. Si je n’en ai jamais vraiment parlé, je dois bien avouer que ce n’est pas la première fois que cela m’arrive.

Pour resituer un peu les choses, j’ai notamment eu l’occasion me battre avec deux de mes coéquipiers. Si je suis plutôt de nature sympathique et ne cherche pas les embrouilles, il ne faut cependant pas me pousser trop loin. Sur un terrain et dans un vestiaire, il faut parfois se faire respecter et ne pas accepter de se faire marcher dessus.

Je me souviens notamment avoir attendu pendant une heure, après la douche, un coéquipier avec qui je m’étais chauffé durant un entraînement collectif où l’on avait eu l’occasion de se mettre taquet sur taquet, tacle glissé sur tacle glissé. Ce genre de situation fait partie de la vie d’un vestiaire. Je me souviens que durant cet épisode, le coach voulait nous séparer et qu’il allait me mettre une amende si jamais on allait trop loin, je me souviens lui avoir dit que s’il essayait de nous arrêter, il s’en mangerait une également. Et finalement, après quelques droites et gifles, tout rentre dans l’ordre le lendemain.

J’ai déjà eu l’occasion d’être au coeur de pas mal de situations de ce genre, parfois tu gagnes, parfois tu perds et te fais « démonter », mais, dans tous les cas, le joueur en face de toi sait qu’il ne faut pas te prendre de haut et qu’importe ce qu’il se passe, il faudra toujours compter sur toi pour répondre présent. Même s’il faut parfois en venir aux mains. C’est aussi une façon de communiquer dans un vestiaire et de souder un groupe. C’est avec ce genre de joueurs que l’on peut avancer, mouiller le maillot et remporter des matchs.coureur

Pour en revenir à ce dernier match, si je m’excuse pour l’image que j’ai pu donner aux fans de football, notamment aux jeunes bulgares, je dois avouer que l’adversaire en question, dont j’ai totalement oublié le nom, ne l’a pas forcément volé. Le plus dommageable étant au final la suspension de cinq matchs que j’ai reçu après ce geste. Une amende qui pourrait tomber à trois matchs cette semaine après demande de mon club, qui, je dois le souligner, m’a parfaitement soutenu. Ce qui n’est pas toujours le cas dans ce milieu qu’est le football professionnel.

Cette situation, tous les footballeurs l’on déjà vécu. Être éloigné des terrains pendant une période plus ou moins longue, que ce soit pour une blessure ou suspension, n’est jamais évidente. Il faut trouver une motivation pour s’entraîner toute la semaine alors que tu sais parfaitement que tu passeras ton week-end à regarder tes amis, sans que tu puisses agir sur le match, le tout en devant rester assis devant sa télévision ou dans les tribunes. Et forcément, cette suspension arrive pile au moment où mon club va rencontrer un certain… Cherno More Varna. LE match que je ne voulais pas louper. Ce match, c’était le mien, le retour aux sources. Retourner sur la pelouse de Varna était pour moi le moment spéciale de la saison. Savoir comment j’allais être accueilli par les supporters, comment le match allait se dérouler. En clair, ce match, je ne voulais pas le manquer. Je ne vais pas me plaindre, car la faute me revient entièrement. Mais louper ce match est la plus grosse sanction possible, bien plus que la totalité de ces cinq matchs.

De plus, si jamais ma suspension ne tombe pas à trois matchs, je louperai également l’autre match de la saison, celui contre le CSKA Sofia. Comme je l’avais expliqué dans l’épisode deux, j’ai été durant un long moment en contact avec le club afin d’y signer un contrat cet été. Si tout a capoté dans les derniers instants, j’ai un rapport particulier avec ce club. Je l’ai toujours dit, j’ai un amour inconditionnel pour le Cherno More, mais je dois avouer que jouer pour le CSKA ne m’aurait pas déplu. Loin de là. J’ai compris, au fil de mon expérience dans ce pays, ce qu’était réellement ce club et ce qu’il pouvait représenter pour beaucoup de Bulgares.

Je vais vous raconter un exemple qui résume toute cette folie que l’on peut trouver autour du CSKA en Bulgarie. Il y a quelques jours, dans un bar, j’ai commandé un mojito menthe. Quelques secondes plus tard, le barman revient avec ma commande et un mojito aux fruits rouges. « Je voulais te voir avec un maillot rouge, moi. Pas vert. » sourit-il au moment de me servir mon verre. Ici, tout est prétexte à parler football. Même un mojito.

Mathias Coureur / Tous propos recueillis et retranscrits par Pierre Vuillemot


Image à la une : © gong.bg

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