2015 – Six mois de football en Pologne – Partie 2

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Mathieu
Mathieu - Publié le 29 janvier 2016

Dans notre première partie, nous nous sommes arrêtés sur de belles machines parfois enraillées comme le Legia, des étoiles parfois filantes comme le Wisla Krakow, des outsiders en chasse cachée comme le Pogon, des petits qui aimeraient devenir grands comme le Termalica Bruk-Bet, des clubs aux noms de bières légères comme le Lech Poznan et le Korona Kielce et enfin sur les animateurs d’un jeu fait de sourires, de passes courtes et de joie avec le Cracovia et le Piast Gliwice. Maintenant, il est temps de revenir sur le reste de la troupe et de son début de saison avec encore beaucoup des surprises, de déceptions, de questions technico tactiques, de tacles au-dessus du protège-tibia et de reprises au troisième poteau.

Alors savourez cette fin de fresque des six premiers mois du championnat Polonais : notre magnifique Ekstraklasa.

Pourquoi pas ?

Pourquoi pas ? Vous vous êtes souvent posé cette question quand un ami vous a proposé un verre alors que vous essayiez, dans la tristesse post-défaite de votre club préféré, d’oublier toute vie sociale. C’est un peu ce que le Ruch Chorzow peut maintenant penser. Pourquoi ne pas être un trouble-fête dans la course au podium et à l’Europe ? Le club de Silésie est emmené par un Stepinski épanoui, au four et au moulin et qui a déjà marqué onze buts cette saison. Et cette forme étincelante montrée de temps à autre sur les terrains polonais (et sur de courtes séries de, maximum, quatre matchs consécutifs) pourrait faire revenir le club là où ses fans aimeraient qu’il soit. Mais pour cela, il faudra gagner en régularité.

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© Luc Laskowski

Champion ? Cela sera trop compliqué. Le club possède quatorze points de retard sur le Piast Gliwice mais l’Europe, elle, reste accessible. En effet, le Ruch est cinquième, bien calé dans le haut de tableau, et offre un jeu simple, mais efficace. Seul problème, la « Stepinski dépendance ». Après quelques matchs ratés en juillet, le Ruch s’est repris sous la houlette de son leader offensif offrant parfois des copies simples méritant seulement la moyenne et les trois points, mais, d’autres fois, faire signe d’insuffisances défensives flagrantes pendant que le duo Lipski – Stepinski essaye de se débattre pour animer l’avant-garde du Ruch.

Le second problème du club cette saison est son incapacité à gagner ses matchs à l’extérieur. Les joueurs de Fornalik sont presque irréprochables dans leur citadelle du Stade municipal de Chorzow, ne concédant que deux défaites, mais leur bilan à l’extérieur est catastrophique. L’optimisme est donc mesuré du côté de Chorzow, d’autant que le club n’a pas prévu de réglages, ni d’arrivées cet hiver. Mais, puisque le championnat vit de folie et de surprises cette saison, pourquoi ne pas y croire et faire ressortir le glorieux passé des Niebiescy ?

Rois « découronnés »

« Le roi est mort, vive le roi ! » s’empressait de dire la foule après le passage de vie à trépas du défunt roi. Le Gornik Zabrze, vieux roi au passé flamboyant est retourné depuis quelque temps dans un anonymat qu’il n’aurait pourtant jamais dû retrouver. Si les Trojkolorozi auront bientôt le droit à une enceinte de plus de trente mille places flambant neuves, qu’ils possèdent l’un des meilleurs clubs de supporters du pays et qu’ils n’ont jamais quitté les huit premières places de l’Ekstraklasa durant les cinq dernières saisons, l’équipe n’est que l’ombre d’elle même en ces six premiers mois avec un début de saison complètent raté.

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© ASInfo

Une saison galère la faute à un effectif pléthorique, comptant pas moins de trente joueurs ayant joué plus d’une minute en championnat, faisant de lui un roi surarmé qui ne trouve pas l’alchimie pour créer un groupe solidaire. Il y a bien sûr l’exception avec le slovaque Gergel, voire également Sobolewski, qui surnagent dans cet effectif totalement perdu. Une sorte de navire sans aucun matelot ni capitaine  ; dans ce même Gornik qui avait fini péniblement septième la saison dernière. Mais cette fois, il a traversé le début de saison comme un chemin de croix, lent et difficile, ne sortant que rarement des deux dernières places où il est solidement ancré.

C’est donc un roi fatigué qui devra se renouveler pour espérer ne pas lutter pour le maintien. Les quatre victoires engrangées depuis juillet font plus penser à un parcours de relégable qu’à autre chose, d’autant que le Gornik ne peut se permettre de retourner en I.Liga et regoûter aux terrains plus ou moins fiables des divisions inférieurs. Le recrutement raté et l’investissement dans le nouveau stade dont la durée de construction s’allonge sont deux des problèmes qui plombent le club. Quand l’extra sportif se mêle au sportif, ce n’est jamais bon signe.

Il y a des vieux rois croulants et des rois ayant régné peu de temps mais dont on attend que la flamme reste vive pour la fraîcheur qu’ils ont apportée. Le Slask Wroclaw n’est remonté en première division que depuis peu (2008 exactement) mais quel parcours flamboyant depuis ! Toujours dans les sept premiers, vice champion après deux saisons et champion après seulement trois saisons. On pensait alors que le club de la quatrième ville de Pologne allait, suite à l’arrivée de nouveaux sponsors et investisseurs, devenir l’un des géants de ce championnat. Il s’agirait finalement peut-être d’un géant aux pieds d’argile.

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© ASInfo

La quatrième place de la saison dernière avait laissé de beaux souvenirs et de beaux présages. Mais tout cela a volé en éclat avec un début de saison cataclysmique, sans relief, d’un club mené alors par Tadeusz Pawlowski, l’homme de Wroclaw. Où sont donc passées les espérances sur Holota, les valeurs sûres comme Paixao, Celeban ou Dudu ? Un jumeau s’en est allé et le jeu du WKS Slask s’est effrité. L’attaque est devenue atone. Une élimination en deuxième tour d’Europa League et une autre en Coupe par le Zawisza Bydgoszcz (2e division) ont rythmé leur début de saison. Le reste en Ekstraklasa, ne fut que banquet où les mets d’exceptions et raffinés manquent.

L’homme de Wroclaw s’en est allé en laissant le club bon dernier à cinq journées de la trêve. Un possible sauveur de la nouvelle dynastie est arrivée ou plutôt revenu, Szukielowicz qui a entraîné pas moins de quatre équipes en 2015, a apporté non pas du sang neuf, ni même des idées neuves, mais un électrochoc qui a vu le club quitter la zone de relégation avec seulement une défaite lors des cinq derniers matchs. Serait-ce suffisant pour voir le club de Wroclaw éviter les play-offs de relégation ? Peut-être car l’écart est tellement faible entre le sixième et le seizième que le WKS Slask n’est qu’a cinq points des play-offs pour le titre. Alors, sait-on jamais, les monarques ont parfois besoin de chance mais quoi qu’il en soit, la déception est réelle et le peuple vert veut encore vibrer.

Le haut dur du ventre-mou

Ah le Jagiellonia! Sa troisième place la saison dernière, le sourire ultra bright de leur jeune prodige Dragowski, sa mascotte représentant une abeille, ses couleurs Sang et Or et la charmante ville de Bialystok. On attendait beaucoup cette saison de la bande à Michal Probierz mais nous avons été déçus, très déçus. Une défense calamiteuse ayant encaissé presque autant de buts de que le Podbeskidzie qui se traîne à la dernière place, et ce malgré la star montante dans les cages, Bartlomiej Dragowski. Une attaque où on pensait que l’arrivée de Cernych allait donner ce petit plus qui permettrait au Jagiellonia de rejouer dans la cour des très grands cette saison. Mais il n’en fut rien. Pendant tout le début de saison, le Jagiellonia a beaucoup marqué, mais sa défense « expérimentale » l’a toujours mis dans des positions délicates. Au-delà des joueurs c’est peut être aussi Probierz qui s’est perdu dans ses schémas tactiques complexes et, la plupart du temps, ultra offensifs. Les ailiers laissaient trop de boulevards lors des contre-attaques adverses.

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© Piotr Galas

Malgré tout cela, les Sang et Or polonais sont dans la première partie de tableau et ce n’est pas un miracle. Dans un championnat tellement serré, rien n’est impossible. Preuve en est avec la remontée progressive du club, gagnant des matchs importants sur des scores fleuves. C’est ce qui leur permet d’être à cette place cet hiver.  En conclusion, ce Jagiellonia est attractif offensivement mais les temps sont rudes pour le reste de l’équipe et il faudra absolument se rassurer derrière pour espérer rester dans les huit premiers. On attendait le Jagiellonia certainement plus haut mais personne n’attendait le promu Lubin à pareille fête. Le Zaglebie a fait un début de saison plutôt maîtrisé, là où la plupart les voyaient plutôt finir dans les dernières places du classement. Papadopoulos a notamment fait des merveilles lors des dix premières journées.

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© CYFRASPORT

Avec un collectif solidaire et une bande qui fut championne de I.Liga la saison dernière, Lubin semble surfer sur la confiance engrangée l’an passé, à l’image du Termalica Bruk-Bet. Les petits n’ont pas peur et risquent d’ici quelques années de faire éclater la hiérarchie d’un championnat que l’on pensait fossilisé par les mêmes champions. Comme le Jagiellonia, le Zaglebie Lubin encaisse beaucoup de buts. C’est une constante du championnat cette année, les attaques ont pris le pas sur les défenses offrant un spectacle attractif en Pologne mais ne permettant pas aux clubs polonais de se montrer à leur avantage sur la scène européenne. Les Cuivres de Lubin sont une petite fraîcheur que l’on aimerait revoir encore plus constant en deuxième partie de saison en gardant leur jeu ainsi que leur milieu Janus – Janoszka, qui est pour l’instant une belle réussite. Septième c’est beau pour un promu, espérons que ça dure.

Bataille navale sur la Baltique

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© sportowefakty.wp.pl

Vous connaissez tous Milos Krasic. Connaissez-vous le club qu’il avait choisi en début de saison pour se relancer ? Il s’agit du Lechia Gdansk. Si les déceptions sont légion cette année, le Lechia fait partie des plus grosses. Plus qu’un début de saison affreux, c’est pas moins de quatre mois horribles qu’a passés le club de la Baltique lors de cette saison.Avec seulement trois victoires lors de ses quinze premiers matchs, le Lechia a sans doute voulu suivre le rythme du Lech Poznan. Mais comment ce club avec autant de talents a pu végéter tout en bas du classement si longtemps. Il est vrai qu’ils ne sont pas tous jeunes ni en grande forme, mais tout de  même. Que faisaient les Borysiuk, Peszko, Mila, Mak et Warwzyniak ? D’autant qu’un joueur comme Kuswik n’est pas non plus un manche, bien qu’un peu trop tendre et manquant parfois de réalisme  dans les matchs importants.

Lorsqu’on évoque les noms cités plus haut, plus quelques autres comme Krasic et Paixao, on s’attend à du football champagne, peut être un peu bouchonné, mais à du champagne tout de même. Après une valse d’entraîneurs, passant de Brzeczek, dont la méthode a semblé à bout de souffle ; à Thomas Von Heesen, arrivé en grande pompe en septembre et reparti trois mois plus tard. Ensuite, ce fut au tour de Banaczek de faire l’intérim.

Avec ce dernier, les résultats se sont améliorés et il semble après coup que les techniques et préparations de l’ex-coach allemand (Von Heesen) n’aient pas été bénéfiques aux Blanc et Vert et que son « laxisme » ait pu avoir raison de la cohésion et de l’engagement de son groupe. Malgré cela, le Lechia pointe a une dixième place presque inespérée finalement. Il faudra avec l’arrivée de leur nouveau coach Piotr Nowak (réputé intransigeant et dur) retrouver une solidité pour éviter de répéter les erreurs commises. Par exemple, de perdre sur le terrain d’un promu juste après une victoire probante contre un gros. La régularité sera le maître mot tant pour l’équipe que pour certains de ses éléments comme Krasic, Peszko et Warwrzyniak. Gdansk ne doit pas rester à quai dans sa quête vers un retour en haut de tableau. En tout cas, avec les méthodes de Nowak, ça passera ou ça cassera …

Mais aussi…

A vrai dire je n’ai pu placer le Gornik Leczna dans aucune catégorie. Et vous ne m’en voudrez sans doute pas.

Les miniers de Leczna sont un petit ovni vert et noir dans ce championnat. Ils ne jouent pas si mal, avec un milieu composé de Bonin et Nowak placé derrière Spiaczka qui se débat pour mettre au fond les offrandes de ses deux comparses ; à eux trois ils représentent 70% des buts et occasions de Leczna.

A part ça, la défense est plus souvent à la rue, ce qui fait rater pas mal de matchs à cette équipe, mais le Gornik se retrouve à la trêve neuvième, à la porte des play-offs pour le titre. Vous me demanderez peut-être où se trouve Leczna et je vous répondrai ainsi que Leczna est une petite ville près de Lublin, dans l’Est de la Pologne près de la frontière ukrainienne. Et cette petite ville pourrait se hisser presque par défaut dans le haut de tableau sans que personne ne trouve quelque chose à y redire. Néanmoins, le fait qu’il se retrouve neuvième indique bel et bien que l’Ekstraklasa cette année est déroutante.

En parlant déroute, et ça sera les dernières lignes de ce résume du début de saison, le Podbeskidzie est notre lanterne rouge. Ou plutôt notre lanterne blanc, bleu et rouge comme les couleurs d’un petit navire à la dérive. Le TSP ne gagne plus depuis six matchs et les voilà bon derniers à la trêve.

Alors que le reste de la saison fut pourtant pleine de promesses avec, pour moi, l’un des meilleurs gardiens d’Ekstraklasa, Zubas, un défenseur buteur tel que Mojta, l’espoir polonais Szczepaniak (qui ne devrait pas rester longtemps à Bielsko-Biala) et un attaquant adroit, le slovaque Robert Demjan. Une bien belle colonne vertébrale qui n’arrive cependant pas s’exprimer.

Le TSP devra retrouver ses fondamentaux et consolider son assise défensive pour remonter au plus vite, mais la course à la relégation sera rude cette saison car les clubs sont si proches et les écarts si faibles que chaque match en deuxième partie de saison comptera quasiment double pour tout le monde.

Le classement à la trêve |© Ekstraklasa.org

Le classement à la trêve |© Ekstraklasa.org

C’est donc une deuxième partie de saison excitante qui nous attend. Des positions incertaines qui pourraient amener à des play-offs dignes d’un thriller. Là ou dans certains championnats le suspense s’est tue,  en Ekstraklasa il est bien présent que ça soit en haut ou en bas. Le printemps s’annonce bourgeonnant de nouvelles surprises, de déceptions, de derbys exacerbés. Avec tout cela, notre Ekstraklasa devrait accoucher d’un beau, d’un très beau champion.

Mathieu Pecquenard


Image à la une : © Materiały prasoweT-Mobile Ekstraklasa

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A propos de l'auteur

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Amoureux de la Pologne, des dimanches à regarder l'I.Liga sur Polsat en mangeant des pierogis froids accompagnés de Tymbark. Entre Paris, Wroclaw et Gdynia dans un avion pour les lacs de Mazurie, le football est un jeu, la vodka une passion.

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