2015 – Six mois de football en Pologne – Partie 1

Mathieu
Mathieu - Publié le 25 janvier 2016

La dynastie Piast a régné sur la Pologne entre 960 et 1675. Il y eut Siemovit, Lestko, Mieszko, Boleslas… Ducs et Rois de Pologne ayant façonné ce pays dans ses plus profondes racines. Mraz, Nespor, Vacek… et leur roi Roman Latal ont, à leur manière, façonné les six premiers mois du football polonais lors de cette saison 2015-16. Six mois durant lesquels le Piast Gliwice s’est montré conquérant, enchanteur et tellement rafraîchissant pour un championnat que l’on croyait réservé au Legia, Lech ou Wisla.

L’Ekstraklasa s’est donc trouvée un roi (du moins un demi pour le moment), nous allons donc revenir ensemble sur toute cette première partie de saison à travers les épopées, les chutes, les doutes, les anciens bannis et les couronnements sans lendemain ainsi qu’avec ses acteurs estoniens, polonais, tchèques, slovaques.  Prenez une Tyskie, asseyiez-vous sur un banc dans le froid du parc Mikolaja Kopernika aux alentours de Wroclaw et lisez la suite paisiblement entre deux gorgées de bière et bouffées d’une cigarette brune.

Le Lech Poznan, emmené par Maciek Skorza, avait gagné la précédente édition coiffant sur le poteau la bande d’Henning Berg. Cette première moitié d’Ekstraklasa fut donc pleine de surprises encore, des surprises que seul le football polonais peut nous réserver et nous apporter dans une petite assiette accompagnée d’Ogorki. Dégustez aujourd’hui la première partie de notre review.

Le classement à la trêve |© Ekstraklasa.org

Le classement à la trêve |© Ekstraklasa.org

Le nouveau roi

Dès le début du championnat, le Piast Gliwice a montré les dents, les crocs d’un club qui monte en puissance depuis trois ans. Emmené par une défense ultra solide, un milieu créatif et une attaque efficace, Gliwice a laissé sur place les mastodontes que sont le Legia, le Lech et leurs copains en proposant un football attractif fait de passes courtes et de jeu en mouvement. Les hommes qui font la réussite du Piast sont Murawski et Vacek en détonateurs créatifs, Mraz en passeur décisif d’une précision chirurgicale avec sa patte gauche divine et Nespor, le finisseur chauve au visage de bad boy.

Cette équipe est une révélation à ce niveau. Son coach, Roman Latal, est lui l’alchimiste qui a permis à Gliwice de compter jusqu’à douze points d’avance sur le reste de la meute. Ce Gliwice-là nous a enchanté, et continuera à nous enchanter, on l’espère, par le football qu’il propose. C’est une surprise certainement de les voir si haut mais l’intelligence du recrutement, des prolongations de contrat ainsi que des entraînements ont fait de la ville silésienne,  patrie du roi Lubanski, la première capitale de cette saison 2015-16 grâce à un jeu créatif et scintillant.

Le Piast célèbre son début de saison magnifique | ©Adam Ciereszko

Le Piast célèbre son début de saison magnifique. | ©Lukasz Grochala – Cyfrasport

Derrière eux ? En première partie de saison…. rien ou presque. Le Lech Poznan est à l’agonie, le Legia Warszawa moribond, le Lechia décevant, le Pogon Szczecin, lui, surprenant alors que les deux clubs de Cracovie sont à l’affût.

Les faux frères jumeaux

Le Lech Poznan, tout d’abord, roi de Pologne l’année dernière et incapable de gagner le moindre match cette saison. Skorza, abattu, s’en est allé au bout de onze journées avec si peu de points et une dernière place honteuse pour le champion en titre. Ce fut un tournant, Jan Urban arriva alors en sauveur de la maison bleue. L’ancien coach du Legia n’arrivait pourtant pas en terrain conquis mais sa méthode a fait mouche. Les Linetty, Gajos, Tetteh, Pawlowski, Hamalainen et cie ont repris confiance petit à petit et sans être flamboyant – Urban n’est ni un dynamiteur, ni un pyromane ; plutôt un tacticien -, Poznan gagne et enchaîne les performances dans ce qu’on pourrait appeler une remontada presque infinie. Le Lech a engrangé entre la douzième et vingt-et-unième journée un total de 23 points. Le champion en titre a repris un rythme de champion en laissant de côté ses doutes, son ancien coach, son rythme de sénateur alors que quelques joueurs qui se pensaient déjà au niveau des grands clubs européens sont revenus sur terre.

Le Lech s'est trop souvent retrouvé à terre cette année | © Adam Ciereszko

Le Lech s’est trop souvent retrouvé à terre cette année. | © Adam Ciereszko

C’est un Lech lifté, new look, qui est revenu dans la course pour le titre. Il n’a cependant pas réussi à passer la phase de poules de l’Europa League malgré quelques performances intéressantes. Poznan est donc sixième à la trêve et n’a absolument pas perdu espoir de garder son titre de champion car, avec les play-offs, rien n’est joué. Cependant, la trêve s’annonce dur pour le club de Grande-Pologne qui devrait perdre plusieurs éléments importants dont Hamalainen parti chez les rivaux du Legia en fin de contrat.

Si le Lech Poznan et le Legia Warszawa aiment se détester, ils évoluent pourtant de manière similaire cette saison. Le début de saison du Legia fut poussif voire indigent. Henning Berg en a fait les frais, étant incapable de tirer d’un collectif talentueux, une quelconque “équipe” jouant et « mourant » ensemble. Heureusement pour le Legia, un Hongrois venant de Videoton a commencé à enfiler les buts en Ekstraklasa comme il le faisait au pays la saison précédente. Nemanja Nikolic est devenu une star, un demi-Dieu et le vrai sauveur de ce début de saison poussif. Berg parti, c’est Stanislav Cherchesov qui est arrivé : froid et dur au mal, le Caucasien moustachu a insufflé une nouvelle rigueur aux Legionsici et les résultats ainsi que le niveau de jeu ont fini par décoller. Cela a été un vrai tournant. Cherchesov, depuis son arrivée, a réussi à faire revenir le club sur le Piast Gliwice qui faisait, seul, la course en tête. Ainsi, la nouvelle machinerie de Varsovie tourne désormais a plein régime avec une moyenne de 2,2 points par match.

Bla | © Ekstraklasa.net

Nemanja Nikolic | © Ekstraklasa.net

L’élimination en Europa League dans un groupe jouable fut en revanche une vraie et cruelle déception mais celle-ci va sans-doute permettre au club de se concentrer sur son objectif principal, le championnat. En Ekstraklasa, le chemin est encore long mais il y a de nombreux signes positifs : Nemanja Nikolic vole sur les grasses pelouses polonaises avec ses 22 buts, Pazdan est devenu le “Makélélé Blanc” selon son coach et l’association Jodlowiec-Duda commence à redevenir compétitive. Cherchesov semble donc avoir trouvé la bonne formule et pourrait réussir son pari d’amener le club de Varsovie à un merveilleux doublé Coupe-Championnat pour ses cent ans d’existence. Le Piast Gliwice n’est que cinq points devant.

 

La bataille du Wawel

Derrière, où l’on pouvait attendre le Lechia, le Slask Wroclaw ou le Wisla, se trouve le Cracovia. L’autre club de Cracovie surfe sur la “Gliwice hype » prônant le beau jeu, la complicité, et l’attaque grâce à des ailiers aussi vifs que techniques. Le Cracovia, emmené par son petit génie Deniss Rakels et son coach expérimenté Zielinski, est la bonne pioche de ce début de saison. Leur ode au football offensif est un appel à l’amour, à l’amour du football polonais. Le Piast et le Cracovia sont les nouvelles sublimes machines à faire rêver dans un championnat qui se veut parfois dur, rude et sans paillettes. Bartosz Kapustka, Marcin Budzinski et Mateusz Cetnarski forment un milieu royal pour la vieille ville surplombée par le Wawel. Ces trois ne sont pas  les trois « fantastiques » mais régulent, créent, ouvrent le jeu comme personne, délivrant des caviars à Rakels et Jendrisek (oui ! Même lui !).

Ambiance. | ©

Ambiance | ©

Le Cracovia c’est beau, c’est frais, c’est jeune et, avec 44 buts en 22 matchs; on en redemande comme les jours de frites au self du lycée. Avec une défense moins friable, le Cracovia serait peut-être d’ailleur encore mieux placé que son classement actuel. Une troisième place à six point de la tête. Avec une vraie défense, les Rouge et Blanc seraient certainement à la place du Piast Gliwice mais avec des « si », on referait le monde, n’est ce pas ? Les supporters peuvent tout de même rêver à un titre de champion qui leur échappe depuis 68 ans. Qui sait ? Avec un bon recrutement derrière tout deviendra possible. Les rêves sont parfois prémonitoires.

Et puis, il y a l’autre club de Cracovie, le Wisla. Commençant la saison par de bons nuls face au Legia ou au Cracovia et gagnant même contre Poznan, le Wisla est globalement resté dans la première partie de tableau au début. Mais c’est une équipe inconstante capable de scores fleuves comme de défaites inattendues chez des adversaires plus faibles. Leur jeu est fait de vitesse avec notamment des contres supersoniques. Mais être une équipe de contre ne suffit pas et cela s’est vérifié sur le terrain. Tel un château de cartes, le Wisla Krakow s’est écroulé et cela s’est vu lors du derby perdu contre le Cracovia. Une ambiance rouge feu, un match à l’odeur du souffre, une détestation, un derby, un vrai. Un but hors-jeu de Rakels, une frappe de mule de Deleu et le Wisla s’est arrêté comme la veille horloge d’une gare désaffectée. L’âme du Wisla Krakow s’est en partie évaporée là, en cette soirée du 29 novembre.

Le Wisla est tombé dans le derby. | © Michal Stanczyk - Cyfrasport

Le Wisla est tombé dans le derby. | © Michal Stanczyk – Cyfrasport

Et ce fut simplement l’une des premières estocades. Il y eut, par la suite, la blessure de Brozek, un collectif qui ne répond plus, des problèmes financiers qui refont surface et un changement d’entraîneur comme de président… Tout s’est enchaîné comme dans un cauchemar pour l’ogre de ces quinze dernières années. Comme si le destin avait choisi de faire payer cette saison au Wisla sa domination et son omniprésence dans le football polonais depuis les années 2000. C’est donc un Wisla abattu, qui ne gagne plus qu’entraîne maintenant Pawlowski (l’ancien coach du Slask Wroclaw). L’équipe devra se révéler pour ne pas finir dans la deuxième partie de tableau. Pour l’instant, elle végète a une dangereuse et anonyme treizième place. Il faudra un bon recrutement et une prise de conscience pour ne pas sombrer et jouer, pendant les playoffs, sa peau en Ekstraklasa.

Les bétonneurs

Nous aimerions vous parler du Termalica Bruk-Bet, qui réalise une belle première saison dans son stade tout neuf. Le promu ne joue pas forcément bien mais bétonne, logiquez quand on sait que Bruk-Bet est une société de construction spécialisée dans le béton. Le club joue dans le village de Nieciecza (700 âmes) dans la “banlieue » de Zabno. Là-bas 20 000 personnes attendent que l’été arrive alors que les hivers froids se succèdent, ainsi la seule solution pour se réchauffer reste une victoire du Termalica (ou une bonne bouteille de vodka). Le club joue avec des joueurs presque inconnus, un entraîneur aimant les chemises et vestes dépareillées et a pour mascotte un éléphant. Pourtant le promu s’en sort plutôt bien avec une onzième place alors qu’on voyait le petit club se faire manger et se débattre pour finalement descendre en ne remportant que peu de matchs. Mais pour une première saison, le Termalica est allé gagné au Cracovia et est allé chercher le match nul à Varsovie contre le Legia, tout en se faisant exploser par le Piast Gliwice quelques journées plus tard. La constance n’est donc pas synonyme de Termaloca mais tout est encore possible car il y a exactement sept pts entre le sixième et le seizième.

Oh le bel éléphant en Ekstraklasa ! | @ Mateusz Skwarczek - Agencja

Oh le bel éléphant en Ekstraklasa ! | @ Mateusz Skwarczek – Agencja

Si l’on parle bétonnage et fondation, comment ne pas parler du Pogon Szczecin qui n’a encaissé que 20 buts (meilleure défense d’Ekstraklasa pour le moment). La défense Lewandowski – Fojut – Murawski – Fraczczak est un mur, le mur bleu et grenat qui permet au Pogon de se treouver en quatrième position avant la trêve. Malgré des milieux techniques comme le japonais Takafumi Akahoshi, Szczecin a du mal à trouver la clef créative pour réchauffer ses supporters à domicile. Mais après tout, personne ne se plaindra outre mesure de ces problèmes offensifs, cette quatrième place étant tout de même une chance. Elle pourrait même mener l’équipe de Michniewicz au titre si les trois autres de devant calent lors des play-offs. Il faudrait être fou pour mettre une pièce sur Szczecin mais avancer dans l’ombre et sans faire de bruit est peut-être la solution pour un club qui refuse la pression médiatique et dont les joueurs, amis dans la vie et sur le terrain, vivent un rêve éveillé.

Être fou, c’est un peu aussi comme regarder les matchs du Korona Kielce, l’équipe du début de saison – enfin des deux premières journées – qui a réussi tout de même à battre le Legia. Elle s’est ensuite finalement, elle aussi, spécialisée dans le ciment pour une série impressionnante de matchs perdus ou gagnés sur la plus petite des marges : le 1-0 totocalcio. Et puis de temps en temps, Kielce se réveille avec des scores fleuves, mais sporadiques : un béton armé se doit de rester solide. Le Korona est revenu un peu sur terre en cette fin de demie-saison, en finissante seulement douzième d’Ekstraklasa. Pour la petite histoire, le Korona Kielce n’a aucun lien de près ou de loin avec la célèbre bière et le mot « Korona » signifie ici « Couronne ». Une couronne qu’Olivier Kapo avait porté l’année dernière lorsqu’il était encore joueur de Kielce.

Mathieu Pecquenard


Image à la une © Michal Stanczyk – Cyfrasport

2015 – Six mois de football en Pologne – Partie 1
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A propos de l'auteur

Mathieu

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Amoureux de la Pologne, des dimanches à regarder l'I.Liga sur Polsat en mangeant des pierogis froids accompagnés de Tymbark. Entre Paris, Wroclaw et Gdynia dans un avion pour les lacs de Mazurie, le football est un jeu, la vodka une passion.

pays de l'auteur footballski
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