2015 – Six mois de football en Grèce – Partie 1

Martial Debeaux
Martial Debeaux - Publié le 23 décembre 2015

La trêve, c’est avant tout du repos pour les joueurs. Des vacances en famille, pour certains loin de la Grèce. Des écarts aussi, pour d’autres. Et pour les observateurs, l’occasion de faire un premier bilan à mi-championnat. Si la course au titre semble déjà pliée, celle pour les autres places européennes risque d’être disputée jusqu’au bout. Alors, plutôt que de revenir sur le bilan de chaque équipe de manière linéaire, nous avons sondé Sotiris Milios, journaliste grec spécialisé dans le football. Il nous livre ses tops et ses flops, équipes, aujourd’hui, comme joueurs, demain, complétés par nos observations personnelles.

Les équipes

  • Les tops

1. Olympiakos

Le bilan est sans équivoque. 15 journées pour autant de victoires, si l’on compte celle acquise sur tapis vert contre le Pana. D’ailleurs, les trois seules défaites de l’année sont contre le Bayern (x2) et Arsenal, deux équipes supérieures sur le papier. Arrivé cet été du Portugal (Sporting) pour prendre la suite de son compatriote Vitor Pereira parti en Turquie, Marco Silva a rapidement imposé sa patte tactique à l’équipe du Pirée, habituée à collectionner les titres ces dernières années. Son principal fait d’armes ? L’éclosion (ou la confirmation) de Fortounis, déjà prometteur l’an passé, et qui prend petit à petit la succession de Chori Dominguez. L’ancien joueur de l’Asteras, avec 12 buts au compteur, domine le classement des buteurs d’un championnat qui va vite devenir trop petit pour son talent. Pour le reste, la supériorité de l’effectif est notable, et l’objectif sera de digérer l’élimination contre Arsenal pour faire un beau parcours en Europa League.

L’avis de Sotiris Milios : « Bien qu’ils aient eu un nouveau coach et beaucoup trop de nouveaux joueurs, ils ont réussi à battre le record de victoires consécutives (11) qui datait de la saison 1966-1967. Les autres équipes se plaignent d’une trop grande protection de la part des arbitres (ce qui est vrai), mais il faut reconnaître que l’Olympiakos joue à un niveau bien supérieur du reste des équipes ».

2. AEK

Le plaisir de revoir un club avec tant d’histoire à ce niveau est énorme. En tout cas, en ce qui nous concerne. Car avant de terminer la première moitié de saison à la deuxième place, le club dirigé par Gus Poyet (arrivé en cours de saison) et rival historique de l’Olympiakos a dû repasser par la troisième division, comme d’autres. L’enfer. En deux ans, voilà Enosis revenu en Super League avec son maillot jaune et noir caractéristique et Rafik Djebbour en pointe, comme au bon vieux temps de la coupe d’Europe. Et le retour au sommet est (plutôt) réussi. Avec un recrutement rondement mené autour de joueurs achetés libres (voir demain), et une certaine stabilité, l’AEK s’est placé comme un concurrent sérieux pour la Ligue des Champions, compte tenu de l’irrégularité du Pana. L’OAKA, le fameux stade olympique de 2004, mériterait bien ça.

Jakob Johansson représente le bon début de saison de l'AEK. / © aekfc.gr

Jakob Johansson représente le bon début de saison de l’AEK. / © aekfc.gr

3. Panionios

C’est LA belle surprise de l’année. Club plutôt modeste de la banlieue d’Athènes, l’équipe coachée par Marinos Ouzounidis déjoue tous les pronostics. 5e à la trêve, plus que jamais en course pour l’Europe, l’ancien club de Jean-Jacques Pierre et de Fousseni Diawara se paie même le luxe de n’être qu’à un point du Panathinaïkos et ses joueurs à gros salaire. Le tout, avec un effectif qui ne compte que trois étrangers : Olivier Boumale (Cameroun), Karim Ansarifard (Iran) et Leonardo Villalba (Argentin). Une statistique rare dans une Super League plutôt (très) cosmopolite, peu habituée à miser sur des joueurs grecs pourtant talentueux. Un vrai gage de réussite et de stabilité, aussi, qui explique ces débuts prometteurs.

L’avis de Sotiris Milios : « Bien que ce soit un petit club historique de la banlieue d’Athènes, c’est la meilleure destination pour tout joueur qui veut ressusciter sa carrière. Même s’ils n’ont pas d’argent pour les transferts, ils réussissent à créer des trésors à partir de rien. Ils investissent dans les talents locaux (Bakasetas, Fountas, Risvanis, Siopis, Karamanos) avec des Grecs qui n’ont pas pu concrétiser les promesses placées en eux, et ils créent une équipe modèle. »

4. Iraklis

Certes, la neuvième place n’est pas forcément un bonne performance en soi. Mais pour ce club historique de Thessalonique, le plus vieux de la ville (où l’Aris et le PAOK cohabitent également) et fondé en 1908, cela relève un peu du miracle. Surtout lorsque l’on pense que le club a été relégué en Football League (D2) en 2011 pour fraude sur documents comptables, puis finalement en quatrième division après des mois de procédures judiciaires avant de fusionner avec le Pontioi Katerini F.C et de finalement repartir en D3. Bref, un beau bordel comme on en voit souvent en Grèce. Remonté cette année en Super League, l’équipe de Nikolaos Papadopoulos est confortablement installée dans le ventre mou, à sept points de la zone rouge. Tranquille.

L’avis de Sotiris Milios : « Une autre équipe historique qui est retournée en Super League après plusieurs années d’absence. Ils se surpassent cette année, avec des jeunes locaux mélangés à quelques joueurs étrangers expérimentés basés en Grèce depuis plusieurs années (Lazar, Romano, Bartolini). Avec Apostolos Velios (ancien d’Everton), ils ont réalisé le recrutement de l’année pour la modique somme de 0 €. Leurs temps forts sont les grandes victoires contre le Panathinaïkos et l’Asteras, et le nul héroïque 3-3 contre le PAOK.

  • Les flops

1. Panathinaïkos

Imaginez faire signer un joueur comme Michaël Essien et ne le voir jouer que quatre petits matchs de championnat sur 15. Ce serait un résumé parfait (ou presque) de la demi-saison du Pana. Beaucoup d’attentes, de talent et, au final, beaucoup de déceptions. Aucune recrue n’est réellement au niveau attendu, la campagne européenne de l’été, pourtant primordiale, a été un échec total (élimination de la LDC contre Bruges et de la Ligue Europa contre Gabala), et le club d’Andrea Stramaccioni, débarqué en cours de saison, ne pointe qu’à la quatrième position. Bien loin de ce que l’on peut attendre d’un club qui aimerait bien aller titiller l’Olympiakos, histoire de mettre fin à un règne presque sans partage.

L’avis de Sotiris Milios : « C’est le gros flop de l’année. La saison a très mal débuté avec les fiascos européens contre Bruges et Gabala. Ils ont viré Giannis Anastasiou après 2 ans et demi à la tête de l’équipe, et bon nombre de leurs grosses recrues de l’été (Essien, Sergio Sanchez) n’ont pas tenu leurs promesses. Ils ne jouent plus un football attractif, et le retrait de 3 points suites aux événements d’avant le derby contre l’Olympiakos a été le coup fatal. Ils essaient de reconstruire avec Andrea Stramaccioni, mais ils font face à plusieurs soucis financiers, et ils vont peut être être obligés de vendre un de leurs top players (Berg ou Karelis).

Michael Essien n'a plus tellement le sourire. / © pao.gr

Michael Essien n’a plus tellement le sourire. / © pao.gr

2. Atromitos

Parfois, et même souvent, le football se joue sur des détails. Pour l’Atromitos, ce fut un but de Robin Van Persie (avec une faute non sifflée) à la 90e minute du match aller du quatrième tour préliminaire d’Europa League contre Fenerbahce. Une défaite 1-0 à domicile, qui fut suivie d’un sévère 3-0 sur le terrain turc. La fin du rêve européen de ce club athénien, et le début d’une moitié de saison en dents de scie, oscillant entre la zone rouge et le milieu de tableau. Deux victoires lors des deux dernières journées ont quand même permis au club d’Anthony Le Tallec de se donner un peu d’air, et de passer les fêtes avec un peu de sérénité. Mais tout reste possible pour la deuxième moitié de saison. Le meilleur… comme le pire.

L’avis de Sotiris Milios : « C’est la plus grosse déception de l’année. C’était un exemple de stabilité mais, cette année, tout va de mal en pis. Ils ont déjà changé leur coach, et ont déjà 9 défaites en 15 matchs malgré une équipe de qualité et un effectif plutôt cher, ainsi qu’une certaine stabilité financière. Sur les derniers matchs, ils ont décidé de changer leur tactique et de faire joueur quelques jeunes (Limnios, Bastakos, Barkas), ce qui est plutôt prometteur pour l’avenir. »

3. PAOK

Igor Tudor comme coach. Frank Arnesen comme directeur sportif. Dimitar Berbatov à la pointe de l’attaque. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le PAOK dispose, sur le papier, de toutes les ressources, sportives comme financières, pour se mêler à la lutte pour le titre, ou au moins celle pour la Ligue des Champions. Certes, la troisième place actuelle n’a rien d’inquiétante, surtout que le retard sur le deuxième, l’AEK, n’est que d’un point. Mais dans le jeu, difficile de trouver des motifs de satisfaction, compte tenu de la qualité qui se trouve dans cet effectif. La belle victoire (inutile) sur la pelouse de Dortmund en Europa League ne viendra pas effacer une première moitié de saison en demie-teinte.

L’avis de Sotiris Milios : « Ce n’est pas un flop, mais une sous-performance. Ils ont changé toute l’équipe l’an dernier, ils ont le directeur sportif le plus cher (Frank Arnesen), ils ont dépensé plus de 5 millions en indemnités de transfert, ils ont le deuxième plus gros budget, ils ont fait signer Berbatov mais ils n’ont que 7 victoires en 15 matchs. Le futur est à eux, mais pas le présent. »

Martial Debeaux


Merci à Sotiris Milios pour sa disponibilité et ses réponses.

Image à la une : © vangelis zardis

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A propos de l'auteur

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Le pied gauche d'Holebas, la hargne de Karagounis, la technique de Fortounis, la classe de Nikopolidis & le jeu de tête de Charisteas.
04/07/2004 à tout jamais.

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