2014 en Biélorussie

Quentin Guéguen
Quentin Guéguen - Publié le 16 janvier 2015

Fin d’année. Fin de saison. Comme les championnats scandinaves et baltes mais contrairement à ses plus proches cousins ukrainiens et russes, le championnat biélorusse débute au printemps et se termine à la fin de l’automne. Retour sur la saison 2014 avec l’aide d’Andrei Rapoport, rédacteur en chef du site www.offside.by.

2014, donc. Une belle année pour les clubs biélorusses. Une catastrophe pour la sélection nationale. Si le BATE Borisov et le Dinamo Minsk ont réussi à accrocher les poules en Ligue des Champions et en Europa League, l’équipe nationale de Biélorussie a tout simplement raté son entrée en lice dans les qualifications à l’EURO 2016. Une compétition pourtant élargie à 24 équipes qui avait, à juste titre, laissé la place au rêve et à une première qualification pour une compétition européenne pour la jeune nation qu’est la Biélorussie. Raté. « Le problème principal selon moi est la qualité de nos joueurs. Peu d’entre eux jouent dans des bons clubs ou championnats. L’autre problème était l’entraîneur, Georgiy Kondratiev. Il n’était pas prêt pour mener l’équipe nationale » affirme Andrei Rapoport. Kondratiev a d’ailleurs démissionné après la défaite face à la Slovaquie. Aleksandr Khatskevich, légende du football biélorusse (38 sélections), a été nommée à sa place. Un coach débutant qui entraînait la réserve du Dynamo Kyiv : « La nomination de Khatskevich est quelque chose de nouveau de la part de la fédération, poursuit Rapoport. Il a été un super et grand joueur, mais son expérience sur un banc est très loin du niveau d’une équipe nationale. Sa nomination est un sérieux risque. » Khatskevich aura pour objectif de terminer cette campagne de qualification de la meilleure des manières. Un défi, en-soi.

Championnat disputé, dénouement familier

L’hégémonie du BATE Borisov ne s’arrêtera pas en 2014. Pour la neuvième année consécutive, les joueurs d’Aleksandr Ermakovich ont soulevé en fin de saison le trophée qui récompense le champion de Biélorussie. Pourtant, cette saison, le BATE a eu un peu plus de problèmes pour clamer ce titre qu’à son habitude, devant longtemps faire face avec la concurrence du Dinamo Minsk. Lors de la 28e journée, devant 8.500 personnes à Minsk, le BATE se présentait avec un petit point d’avance sur son rival. Une victoire deux buts à un (Nikolic pour le Dinamo / Khagush, Polyakov pour le BATE) du futur champion mettait fin à tout espoir de titre pour le Dinamo Minsk, relégué à quatre points à trois journées de la fin. Trop.

« Le BATE a beaucoup de jeunes joueurs maintenant et c’est pourquoi ils étaient ont parfois été instables cette saison, insiste Andrei Rapoport. Néanmoins, ils ont gagné le match le plus important face au Dinamo. C’est toujours le meilleur club du pays. » Instable et jeune, le BATE. Le club doit se renouveler sans cesse, régulièrement pillé par la Russie. Ainsi, Mladenovic, Aleksievich, Maxim Volodko, Signevich et Polyakov ont tous dû s’imposer comme des tauliers de l’équipe en ayant 23 ans ou moins pour palier le départ de Sergey Krivets, qui avait fait un début de saison exceptionnel. Mais terriblement efficace, le BATE. Après sa défaite initiale lors de la première journée face au Shakhter Soligorsk (0-2), le BATE Borisov n’a tout simplement plus perdu pour terminer avec une série de 31 matchs sans défaite et finalement ne pas laisser d’espoir au club de la capitale. « C’est toujours le meilleur club du pays mais leur hégémonie prendra fin un jour. Pourquoi pas la saison prochaine ? »

 BATE Borisov champion 2014

Pour le championnat, voir une équipe challenger l’ogre de Borisov sur une saison complète est rafraichissant. Une deuxième locomotive est nécessaire pour pousser le championnat vers le haut. Deuxième lors des précédentes éditions, le Shakhter Soligorsk reste une solide alternative avec une troisième place cette année, mais à une distance importante des deux premiers. La réponse doit être le Dinamo Minsk. Un problème néanmoins : son propriétaire. « Le futur du club ne semble pas brillant. Yuri Tchizh a viré environ 30 entraîneurs sur les 18 dernières années et tout le monde sait que ça ne va pas durer » raconte le rédacteur chef d’Offside.by. Difficile de faire mieux que Vladimir Zhuravel cette année. L’entraîneur du Dinamo, arrivé l’hiver dernier du Shakhter où il avait réalisé d’excellentes performances, a redonné ses lettres de noblesses au club champion soviétique en 1982 en terminant dauphin du BATE et en se qualifiant pour les poules d’Europa League, bien aidé par les hommes forts de l’effectif, Igor Stasevich et Chigozie Udoji en tête. Logiquement, il n’a pas été prolongé. Les directeurs sportif et général ont également changé. Dusan Urhin mènera les troupes l’an prochain, alors que Vuk Rasovic prendra en charge le directorat sportif.

Le BATE Borisov jouera la Ligue des Champions. Le Dinamo Minsk et le Shakhter Soligorsk joueront l’Europa League. Le vainqueur de la Coupe de Biélorussie, qui se déroule à cheval sur deux saisons, jouera également l’Europa League. C’est également la fin des deux groupes de six équipes après la première phase. L’an prochain, le championnat comprendra 14 équipes : « Avec l’expansion de la division à 14 clubs, la fédération pense que les jeunes joueurs auront plus d’opportunités pour jouer en première division, possiblement dans les équipes les plus faibles, argumente Andrei. En 2016, la première division aura 16 équipes. Bien sûr, le niveau général du championnat chutera avec ces changements, mais l’important est de choisir un système et ne pas le changer tous les ans. » Les équipes s’affronteront deux fois, pour un total de 26 matchs.

Surprenantes surprises…

La saison 2014 ne fait pas exception à la règle. Elle aussi a été le théâtre de surprises et de déceptions. Mal en point financièrement, le Torpedo-BelAZ Zhodino a terminé à une surprenante quatrième place. Pouvant compter sur un effectif homogène, l’entraîneur Igor Kriushenko a réalisé du bon boulot en réalisant notamment un championnat très régulier. Dans ses rangs, Vyacheslav Hleb. Le frère de celui qui a pas mal vagabondé pendant sa carrière semble s’être trouvé un domicile à Zhodino et a réalisé une très belle saison avec cinq buts et onze passes décisives. A noter la révélation au poste de latéral droit, Igor Burko, 26 ans. Pressenti pour succéder à Khagush au BATE, il a prolongé au Torpedo.

Deuxième belle surprise, le promu du FC Slutsk. Généralement, la différence de niveau entre la première et la deuxième division est telle que le promu est immédiatement retourné à l’envoyeur. Pas avec Slutsk, qui termine à une belle neuvième place, emmené par le Nippon Yosuke Saito, auteur de sept buts : « Pour moi, les résultats et le jeu de Slutsk ont été une vraie découverte. Ils ont réalisé du très bon boulot et je leur souhaite d’éviter le syndrome de la deuxième saison » confirme Andrei Rapoport. Le départ du super dribbleur ukrainien, Andrey Yakovlev, pendant la saison, n’a pas tellement heurté l’équipe, preuve d’une certaine solidité. Le club a déjà annoncé le départ de Saito cet hiver. Il faudra se renforcer offensivement pour essayer de passer un cap. En plus des résultats, le club travaille bien et continue de développer ses installations (voir ci-dessous). Le club a inauguré cette saison son stade rénové et le club possède le plus grand taux de remplissage du championnat (70%).

FC Slutsk installations

…et décevantes déceptions

Du côté des déceptions, on peut citer le FC Gomel. Gros potentiel, pas de résultat. Le club, qui s’est qualifié de justesse avec le groupe des six meilleures équipes, s’était pourtant très bien renforcé avec notamment Komarovskiy, Sivakov, Badoyan ou Sitko : « Je ne sais pas exactement quels étaient les problèmes. Ils ont une bonne équipe, mais les rumeurs disaient qu’ils ont eu des problèmes financiers et que les salaires n’ont pas été payés en temps et en heure, continue notre interlocuteur. Les changements dans le staff les ont affectés également. » Alexey Merkulov, entraîneur du club au début de la saison, a démissionné après six journées.

Pire encore, le Neman Grodno a passé toute sa saison dans le ventre mou et a terminé à une bien décevante 8e place. Pavel Savitskiy, l’ex-futur-Hleb, n’a pas déçu avec 11 buts et, à 20 ans, il est enfin parti, au Jagiellona Bialystok, en Pologne : « Il y a un sentiment qu’ils ne veulent pas le laisser partir loin de chez lui. Bialystok est à 80 kilomètres de Grodno. Un joueur qui joue en première division depuis l’âge de 16 ans aurait dû faire beaucoup plus de progrès à ses 20 ans. Peut-être que sa famille ne veut pas lancer sa carrière » déclare Andrei. Le relégué se nomme le Dnepr Mogilev, qui a subi le départ de Fedor Chernykh cet été. Le Lituanien explose en Pologne. Le club de Mogilev s’est incliné lors d’un barrage aller-retour avec le troisième de deuxième division, le FC Vitebsk, qui accompagnera le Granit Mikashevichi et le Slavia Mozyr en Vysshaya Liga l’an prochain.

  • Meilleur buteur : Nikolay Yanush (Shakhter Soligorsk) – 15 buts
  • Meilleur passeur : Igor Stasevich (Dinamo Minsk) – 12 passes
  • Affluence moyenne : 1.825 spectateurs par match (- 14% par rapport à 2013)
  • Meilleur taux de remplissage : FC Slutsk – 70%
  • Pire taux de remplissage : Dinamo Brest – 11%
  • Moyenne de buts marqués : 2,38 buts par match
  • Meilleure attaque : BATE – 68 buts marqués
  • Meilleure défense : BATE, Dinamo Minsk – 21 buts encaissés
  • Pire attaque : Dnepr – 19 buts marqués
  • Pire défense : Dinamo Brest – 68 buts marqués

Historique en Europe

Si l’année 2014 est une réussite pour le football biélorusse, c’est grâce à la Ligue des Champions et à l’Europa League. Pour la première fois de son Histoire, la Biélorussie a réussi à aligner deux équipes lors des phases de groupes des compétitions européennes. Andrei Rapoport est formel. C’est une excellente nouvelle : « Malgré les résultats du BATE et du Dinamo Minsk face à des grosses écuries comme Porto et la Fiorentina, c’est une opportunité pour nos joueurs de gagner de l’expérience. » C’est également un apport d’émotions pour les supporters qui peuvent sortir des rencontres parfois déséquilibrées du championnat. Ainsi, malgré les (violentes voire très violentes) fessées reçues, le BATE et le Dinamo ont battu respectivement l’Athletic Bilbao et la Fiorentina après avoir éliminé le Slovan Bratislava et le CFR Cluj, notamment. Même le Shakhter Soligorsk a réalisé d’excellentes performances, éliminant sèchement Zulte-Waregem avant de tomber face au PSV.

De quoi apporter quelques points UEFA. Si les classements restent comme ils sont actuellement, la Biélorussie aura gagné une place au classement du coefficient UEFA, dépassant le Danemark à la 21e place. Pourtant, alors que ça aurait pu être un juste retour des choses, Andrei Rapoport ne voit de retombées populaires sur le football biélorusse : « C’est surprenant, mais malheureusement, on peut voir que le succès des clubs sur la scène européenne n’a pas d’impact sur la popularité du football, tout du moins sur les affluences. On a besoin de quelque chose d’autre pour sentir la progression. » Quoi donc ? « On a besoin d’un marché pour vendre un produit télévisuel de qualité et pour générer des revenus publicitaires. On a également besoin de nouveaux stades. Tu vois, combien de personnes vivent à Minsk ? Deux millions. Et combien il y a de stades 3 étoiles ? Aucun. » Constat cinglant.

Quel bilan tirer de cette année 2014, alors ? « C’est un pas supplémentaire. Le football biélorusse continue d’évoluer, mais nous ne sommes pas sûrs de savoir si c’est dans la bonne direction. Le meilleur moment était l’ouverture de la Borisov-Arena. Le stade a rouvert à Slutsk après des rénovations, des joueurs ont été transférés dans les meilleurs championnats (Krivets, Filipenko) et la décision d’agrandir le championnat à 14 équipes a été prise. Tout cela est un pas en avant. Mais il reste des gros problèmes systémiques dans notre football » ajoute Andrei Rapoport. Plus d’équipes pour faire jouer les jeunes, qui pourraient être, l’an prochain, barrés par les étrangers. « Cette année, il a été décidé que les joueurs étrangers ne seraient pas considérés comme extra-communautaires s’ils jouaient pour une équipe nationale faisant partie du top 100 du classement FIFA. Du coup, on s’attend à ce que les meilleures équipes de notre championnat prennent pas mal d’étrangers. » Rendez-vous en avril pour la suite des aventures de la Vysshaya Liga.

Un grand merci à Andrei Rapoport, rédacteur en chef de www.offside.by (Twitter), pour son amabilité et sa disponibilité.

Quentin Guéguen

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J'aime les draniki sans champignon, et accessoirement le football biélorusse et autrichien.

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