On a discuté avec Dyadya Mavr, Capo des Steel Monsters d’Ural Ekaterinbourg

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Antoine Jarrige
Antoine Jarrige - Publié le 3 février 2016

C’est bien connu, la culture ultra chez les pays Footballski, c’est de père en fils. C’est surtout la vie de nombreuses personnes comme vous et moi qui vont au stade soutenir l’équipe chère à leur coeur quel que soit le résultat final. On vous avait déjà parlé des ultras ukrainiens avec notamment ceux du Dynamo Kiev, direction désormais la Russie où Footballski a pu s’entretenir avec Dyadya Mavr, le Capo des Steel Monsters, le groupe ultra du club de l’Ural Ekaterinbourg. Au programme, les fights organisés, les déplacements de plusieurs milliers de kilomètres en Russie et bien sûr quelques questions d’actualités !

Peux-tu présenter ton association d’ultras « Steel Monster » en quelques mots ?

L’association « Steel Monster » a été fondé en 1990, nous sommes le groupe ultra majeur d’Ural Ekaterinbourg.

Quel est ton rôle dans l’association ?

En 2014, j’ai repris les commandes de « Steel Monster ». Le groupe était en perte de vitesse et j’ai décidé de relancer tout ça en obtenant les pleins pouvoirs par les anciens dirigeants. En période de match je suis depuis 2008 le Capo: mégaphone en mains, je gère le rythme et les chants.

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La mentalité ultra est-elle très présente dans le club ?

Oui à 100% !

Depuis le changement de stade on entend beaucoup plus les chants que dans l’ancien stade. Préfères-tu l’ancien ou le nouveau, au niveau de l’ambiance ?

L’ancien stade a été conçu comme un stade olympique avec une piste d’athlétisme, ce qui fait que nous étions loin du terrain, très loin… De plus, nous étions situés sur une sorte de balcon à neuf mètres de hauteur, sans toit, c’était l’horreur ! Même en criant de toutes nos forces on pouvait juste couvrir le bruit des oiseaux et des voisins autour du stade. Le stade Uralmash (NDLR: la SKS Bank Arena) est petit, ce qui fait que nous sommes proches du terrain, et pour la première fois depuis bien longtemps vous pouvez entendre notre groupe de sauvages !

Selon toi, les nombreux changements de stade (Stade Central, Tyumen, Manezh) ont-ils joué un rôle dans la saison dernière qui fut difficile ?

Bien sûr ! Changer de stade nécessite un temps d’adaptation pour les joueurs mais aussi pour les supporters ! Nous n’avons quasiment pas joué à domicile la saison dernière, Tyumen est à 380 kilomètres d’Ekaterinbourg, les supporters n’ont donc pas tous suivi le mouvement. La plupart des matchs se déroulaient le vendredi ou le lundi (NDLR: pour ne pas déranger l’équipe de Tyumen évoluant en FNL), on vous laisse imaginer notre état au travail le lendemain, surtout avec une ébriété avancée… C’était l’horreur !

Concernant les déplacements, ça semble assez difficile vu la grandeur du pays et l’éloignement d’Ekaterinbourg. Vous vous organisez comment ?

Notre déplacement le plus proche c’est à Perm, contre Amkar à 400 kilomètres, Ufa est à 600. Généralement, on prend le bus avec de nombreux changements, ou le train. Contre Perm, le club mobilise des bus, sinon on se déplace par nos propres moyens ! Il y a quelques années un jeune de 15 ans s’est déplacé seul en auto-stop jusqu’à Vladivostok qui est à 6800 km de chez nous… Mais d’un autre côté avoir un si grand pays c’est bien, ça nous permet de le découvrir chaque semaine.

En parlant de déplacement, celui de Perm contre l’Amkar est le plus attendu avec le derby. Comment on prépare ça concrètement ?

C’est la crise pour tout le monde donc exit les grandes bannières colorées, on réutilise les anciennes et on investit dans un support audio de qualité avec des drapeaux et quelques banderoles. On est toujours excité de se déplacer à Perm, mais la présence policière omniprésente nous refroidit toujours un peu et fait perdre à ce derby son piquant si particulier.

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Le derby Amkar Perm – Ural Ekaterinbourg

Avez-vous d’autres rivalités dans le pays ?

Amkar Perm, Tom Tomsk, Krylia Samara, Shinnik Yaroslavl, principalement les équipes les plus proches d’Ekaterinbourg. Moscou ce n’est pas notre niveau, mais il y a déjà eu des combats avec eux.

Et les amitiés ?

Nos vieux amis sont ceux du Zenit Saint-Pétersbourg, on est très proche d’eux quand on joue en Premier League. Ils nous aident à bien des égards, que ce soit en paroles et en actes. C’est toujours un plaisir de les voir ! Quand on était en FNL on était très proche des ultras du Sibir Novossibirsk. Bien sûr, on a commencé notre histoire en se battant mais au fur et à mesure des fois où on se rencontrait, on a lié une vraie amitié. Malgré les 1600 kilomètres qui nous séparent, ils sont toujours présents pour nous donner un coup de main contre les autres groupes ultras quand on joue en Sibérie contre Krasnoyarsk et Tomsk, on espère les voir rapidement en Premier League !

On a vu dans le match contre Rostov les joueurs d’Ural porter des t-shirts à l’effigie de ton groupe d’Ultras. Quels sont les liens entre le club et les ultras ? Vous avez le droit à la parole ?

Notre groupe fêtait ses 25 ans, ce n’est pas rien ! On avait propos au club de nous faire un petit clin d’oeil avant un match et on a été bien surpris que la direction accepte ! Les joueurs nous ont même remis tout leur maillot à la fin du match. Le dialogue n’était pas génial à un moment mais nous sommes en train d’en construire un nouveau, fort et robuste. Par exemple nous avons proposé au club de retrouver la couleur verte abandonnée depuis les années 2000 alors que c’était une couleur majeure dans l’histoire d’Ural, on verra s’ils y donneront suite…

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Le Tee shirt porté par les joueurs pour les 25 ans du groupe

Que penses-tu du début de saison d’Ural ?

On a tout vu cette saison, mais la situation avec les matchs truqués nous a fait mal. Néanmoins, on voit que l’équipe progresse, l’entraîneur fait un excellent boulot et bouscule les grosses écuries. Si on avait pas loupé le coche sur certaines rencontres, on serait aux portes de la coupe d’Europe, le rêve de toute une vie…

Le club effectue pour le moment sa meilleure saison depuis sa remontée dans l’élite, sens-tu une émulation nouvelle autour du club ?

Comme je l’ai dit toute à l’heure, on sent plus d’intérêt pour le club. On a quand même peur que cette dynamique s’effondre après la trêve hivernale.

Ton opinion sur Goncharenko et son départ précoce d’Ural ?

On a eu beaucoup d’entraîneurs dans notre équipe, il n’était pas différent des autres, il n’y a pas vraiment eu de scandale contrairement à ce qui a pu être dit dans la presse.

Ton joueur préféré à Ural ?

Spartak Gogniev ! Sans aucun doute un exemple pour nous tous ! Certains l’appellent « la prostituée » du fait qu’il a évolué dans de nombreuses formations mais pour nous c’est un super attaquant ! Il a été remplacé dans des tas de clubs mais c’est grâce à lui que l’équipe se retrouve en Premier League aujourd’hui. C’est un super gars qui se bat sur chaque ballon. Je me souviens il y a quelques années quand il jouait avec Krasnodar contre le Terek, toute l’équipe adverse et le banc voulait sa peau mais il s’en est sorti, c’est un mec dur, un vrai.

La mentalité ultra est très présente en Russie avec notamment les fameuses bagarres en équipe. C’est quelque chose que nous voyons très rarement en France. Que penses-tu de cela ?

On aime ça, pour nous c’est la culture ultra, c’est inscrit dans nos gènes. Tout le monde supporte son club et quelqu’un qui aime voyager avec l’équipe à travers le monde a besoin de conquérir tous les terrains pour être le premier, le plus craint. Une goutte de vodka et c’est parti, on oublie tout. Il ne faut pas oublier que nous sommes des êtres humains, on ne ferait jamais de mal à un enfant ou à une femme et on a nos règles. On souffre, mais on a nos limites, jamais on ne battrait à mort un adversaire.

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Les « Steel Monsters » à Saint Pétersbourg

Plus légèrement, regardes-tu le championnat français ?

Non, uniquement le championnat russe. Bien sûr comme chaque gamin j’ai regardé le championnat italien, espagnol, anglais, allemand mais le championnat français n’attire pas beaucoup. On sait néanmoins qu’il y a de bonnes équipes qui ont formé de nombreuses stars.

Impatient de mettre l’ambiance dans le futur stade pour le mondial ?

Bien sûr ! Et si la France joue à Ekaterinbourg vous serez les bienvenus !

Pour finir, ton meilleur souvenir avec Ural ?

Notre dernier match en FNL qui nous a permis d’obtenir le titre. C’était un moment magnifique !

 

Merci à Dyadya Mavr pour avoir pris le temps de répondre à nos questions, on lui souhaite de nombreux beaux voyages à travers la Russie et pourquoi pas à travers l’Europe!

Antoine Jarrige

On a discuté avec Dyadya Mavr, Capo des Steel Monsters d’Ural Ekaterinbourg
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A propos de l'auteur

Antoine Jarrige

Antoine Jarrige

Antoine, 19 ans. Etudiant en kiné en Alsace, grand amateur du football russe . Amoureux d'Ural, le grand club de Sibérie occidentale et de son futur ballon d'or Chisamba Lungu.

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