On a discuté avec Harlem-Eddy Gnohéré, attaquant du Dinamo Bucarest

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Hadrian Stoian
Hadrian Stoian - Publié le 24 février 2016

En marge de la reprise du championnat roumain après la trêve hivernale et du match opposant le Dinamo Bucarest à Botoșani, nous avons rencontré  Harlem-Eddy Gnohéré, joueur français évoluant dans le club de la capitale. Actuel meilleur buteur de son club, il nous parle de son parcours et de sa vie en Roumanie.

 Ici les supporters t’appellent « Bison », est-ce un surnom que tu as choisi, ou c’est un choix des supporters?

Quand je suis arrivé en Belgique, on m’a surnommé Bison par rapport à mon physique, et à partir de là cela m’a toujours suivi, que ça soit en Belgique ou ailleurs. Il n’est pas rare qu’on me demande comment on doit m’appeler, donc je dis « Bison », c’est plus simple pour tout le monde. Aujourd’hui, les supporters du Dinamo l’ont adopté.

Quels souvenirs gardes-tu de ton passage en Belgique?

J’en garde vraiment un très bon souvenir, à Virton comme à Charleroi ou Mouscron. J’ai passé cinq ans dans le championnat belge, j’ai fait beaucoup de matchs en deuxième division, beaucoup moins en première division, c’est la seule petite chose qui me reste un petit peu en travers de la gorge. Je n’ai pas pu percer là-bas parce que j’estime que je n’ai pas vraiment eu ma chance.

© fcdinamo.ro

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Peux-tu nous raconter ton passage de la Belgique à la Roumanie?

La saison passée j’ai vécu une période difficile à Mons, où les joueurs n’étaient plus payés depuis le mois de janvier. À partir de là j’ai eu des propositions venant de Belgique qui ne me semblaient pas être de bonnes opportunités, notamment au niveau du projet sportif. Par la suite, j’ai eu un appel de Rednic (entraîneur du Dinamo Bucarest, avant au Petrolul Ploiesti, ndlr) alors que j’étais encore à Mons qui souhaitait que je le rejoigne au Petrolul, mais cela n’a pas pu se faire. Nous sommes restés en contact, et via sa réputation en Belgique j’ai privilégié le plan sportif avec lui à d’autres offres de seconde division belge.

On sait que Rednic est un entraîneur assez particulier, quels sont tes rapports avec lui?

Quand je suis arrivé au Dinamo, j’ai effectivement entendu des choses concernant le coach Rednic, évidemment pas tellement positives. J’ai décidé de ne pas en tenir compte, et je le considère quasiment comme un père ici en Roumanie et j’ai d’excellents rapports avec lui. Si nous sommes si performants cette saison, c’est en grande partie grâce à lui. Il nous pousse jusqu’à nos limites, il est très perfectionniste. Nous partageons tous le même objectif au sein du club, donc cela fonctionne bien.

A-t-il été facile de s’adapter au mode de vie roumain?

Les premiers mois ont étés difficiles, je ne parlais pas roumain et j’avais un anglais hésitant. J’ai pu être aidé par certains joueurs pour la traduction. Par la suite, tout s’est très bien passé au fil de l’amélioration de mes connaissances dans ces deux langues.

Ce qui m’a plu ici, c’est l’ambiance du stade.

Beaucoup de joueurs français viennent de signer au Petrolul Ploiesti durant la trêve. Que penses-tu de cette arrivée massive de français dans le championnat roumain?

J’ai quelques liens avec Tadé, Beleck et Teixeira pour les joueurs francophones évoluant en Roumanie, cette arrivée massive de joueurs fait sens compte tenu du retard engrangé par l’équipe cette saison, choisir des joueurs français ayant évolué à une époque à haut niveau est une bonne chose pour eux à mon avis. Difficile de savoir si cela va payer, beaucoup de transferts, d’un coup, peuvent déstabiliser l’équipe, c’est une affaire à suivre. J’ai la tête complètement au Dinamo, et je n’ai que peu d’intérêt pour les affaires actuelles du Petrolul. Mais je pense que cette arrivée de joueurs expérimentés français ne peut être qu’une bonne chose pour l’évolution du championnat roumain.

Par rapport à ce que tu connaissais du championnat roumain et de la Roumanie, as-tu vu un décalage entre ta représentation du championnat et la réalité? Des faits marquants?

Je ne connaissais quasiment pas le championnat roumain en arrivant ici, la saison passée on m’en a parlé car j’étais en lien avec le Petrolul, mais je ne l’ai jamais regardé. Je connaissais évidemment le Steaua qui est l’équipe la plus titrée du pays, mais peu de choses en plus. Ce qui m’a plu ici, c’est l’ambiance du stade, notamment lors du match face au Steaua à domicile (première victoire du Dinamo face au Steaua depuis quatre ans, ndlr). Ce qui m’a déplu, c’est la façon dont j’ai été reçu au Petrolul en tant que joueur du Dinamo après mon passage éclair chez eux. Les supporters poussaient des cris de singes qui m’étaient clairement destinés, je pense que les supporters n’appréciaient pas ma réussite ailleurs en Roumanie que chez eux, surtout dans cette saison difficile. J’en ai référé à l’arbitre sur le moment, qui a fait la sourde oreille. Enfin, en dehors de ce micro-événement, je n’ai pas eu d’autres soucis de racisme en Roumanie.

Pour les supporters du Dinamo, battre le Steaua est au moins aussi important que de gagner le championnat

Tes meilleurs moments au Dinamo?

La victoire cette saison contre le Steaua. Gagner contre le grand rival, c’est incomparable. Pour les supporters du Dinamo, battre le Steaua est au moins aussi important que de gagner le championnat, c’était incroyable de pouvoir vivre ça avec les supporters, c’était formidable. Je me souviens aussi du match contre l’Astra où on marque à la dernière minute, c’était un grand moment.

Le bison! | © dinamo1948.club

Le bison! | © dinamo1948.club

Penses-tu que le Dinamo puisse être prétendant au titre cette année?

C’est possible je pense. L’Astra devrait nous poser plus de problèmes que le Viitorul, qui est composé de jeunes joueurs en majorité. Face à eux, nous avons bien vu que certains joueurs n’étaient pas au niveau tactiquement. Le Steaua peut aussi se retrouver un sérieux prétendant malgré leur début de saison en dessous des attentes, ils ont fait venir des joueurs de qualité qui devraient leur permettre de rattraper leurs points. J’ai hâte de disputer le match retour face à eux.

Cannes c’était mon club, celui où j’ai pu commencer ma formation et de voir ce qui se passe actuellement, c’est désolant et triste.

Tu as été formé à Cannes. Aujourd’hui le club est totalement en train de sombrer : gardes-tu des liens avec ce club?

Rien que d’en parler, cela me donne des frissons. Cannes c’était mon club, celui où j’ai pu commencer ma formation et de voir ce qui se passe actuellement, c’est désolant et triste. J’aurais aimé rester là-bas et y être professionnel, mais la perte de leur statut de club professionnel ne m’a pas permis d’y jouer. Cannes restera pour moi le seul club qui m’a vraiment bien formé et éduqué. Les dirigeants, les joueurs, avec qui j’ai gardé contact sont partie intégrante de ma vie et de ma jeunesse. À Troyes, j’étais déjà plus adulte, Cannes m’a vraiment permis de rencontrer des joueurs incroyables comme Gaël Clichy, Le Moigne. Déjà à l’époque, c’était de grands professionnels. C’était très formateur d’être en contact avec eux au quotidien.

Tu as un frère qui a aussi eu une carrière professionnelle, est-ce que cela t’a aidé à te construire, ou cela fut plutôt un handicap qu’autre chose?

Nous avons suivi un parcours quasiment identique, je suis passé dans les clubs où il était lui-même passé, et cela ne m’a jamais aidé. Il est défenseur alors que je suis attaquant, cela n’a rien à voir, mais c’est vrai qu’on me comparait souvent à lui, en me disant de faire comme lui… C’était de la pression en plus. Il a eu une bonne carrière, mais nous n’avons vraiment rien de similaire dans notre football.

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A propos de l'auteur

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Roumain d'adoption, souvent aperçu une Timișoreana à la main près de Ghencea. Stelist convaincu, amoureux d'un football roumain authentique et désuet. Jamais objectif vis à vis du Dinamo.

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