Jonathan Soriano, le triomphe modeste

© Dean Mouhtaropoulos/Getty Images
Adrien Mth
Adrien Mth - Publié le 24 mars 2016

À chaque fin de saison, un nom s’incruste au milieu du gratin européen quand il faut réaliser les comptes. Un nom à consonance espagnole, peu médiatisé mais qui revient inlassablement depuis quatre ans. Jonathan Soriano est l’un des buteurs les plus réguliers du vieux continent depuis 2012. Cette constance, il la doit à un club, le Red Bull Salzbourg. Malgré un manque de notoriété en Autriche, la gâchette espagnole a refusé plusieurs sollicitations pour continuer à exploser les records. Un plaisir fidèle qu’on vous partage sur Footballski.

152 réalisations en 170 rencontres. Si l’on exclut les mastodontes Cristiano Ronaldo et Lionel Messi, les statistiques de Jonathan Soriano, en Autriche, font saliver 99% des attaquants européens. Au-delà des chiffres, le natif de El Pont de Vilomara i Rocafort (à vos souhaits), en Catalogne, possède une panoplie impressionnante. Une frappe monstrueuse, un jeu de tête de redoutable et une finition machiavélique, il est craint de Graz à Vienne. Attaquant complet, l’Espagnol s’est aussi affirmé en tant que passeur au fil des saisons, avec 59 caviars délivrés. Mais tout n’a pas été si simple après son transfert au Red Bull.

« J’ai souffert les six premiers mois en arrivant ici. Entre les températures et l’impact physique je n’étais pas prêt. Mais depuis, je prends mon pied ici. »


Un début de carrière galère

Et pourtant cette belle idylle a failli ne jamais voir le jour… Jonathan Soriano aurait pu continuer à ronger son frein dans l’anonymat de la Liga Adelante si Salzbourg ne lui avait pas tendu la main. Formé à l’Espanyol Barcelone, le petit Jonathan peine à convaincre à ses débuts. Le paradoxe ? À cause de son faible nombre de buts… Quatre petites réalisations seulement, ce qui pousse les dirigeants à le prêter successivement à trois clubs situés à l’échelon inférieur. Une situation précaire qui va lui forger un caractère de fer.

Soriano a connu peu de réjouissances chez son club formateur, l'Espanyol |© LLUIS GENE/AFP/Getty Images

Soriano a connu peu de réjouissances chez son club formateur, l’Espanyol |© LLUIS GENE/AFP/Getty Images

Le grand Barça fait confiance à ce profil véloce et peu académique. D’abord chez les A où il jouera deux petits matchs, Soriano part alors à 24 ans chez l’équipe B, au milieu des prodiges de la Masia. Dans ce fourmillement de jeunesse, le Catalan se sent comme chez lui et cela se voit très vite. En trois saisons, il inscrit 55 buts pour la réserve barcelonaise et se construit un CV tout à fait honorable. Suffisant pour attirer l’œil du club qui monte en Autriche…

Une rentabilité record pour le Red Bull Salzbourg

Recruté pour seulement 500 000 euros, Soriano va très vite rentabiliser la modique somme de son transfert. Il participe activement aux trois derniers titres du Red Bull (2012, 2014 et 2015) et remporte la coupe d’Autriche à deux reprises. Au milieu des Alan, Kampl et Sadio Mané, il forme un quatuor de choc qui martyrise les défenses, s’illustrant également en Europe. Le Red Bull explose l’Ajax, le Celtic et le Standard de Liège. Une frustration notable cependant, l’absence de participation à la phase de groupe de la Ligue des Champions. Un véritable échec pour ce chasseur de buts, qui n’a pas pu qualifier son équipe. « C’est ce qu’il manque à cette équipe, chaque été on se prépare pour, mais on échoue finalement. Le club a besoin de ça pour grandir » déclare l’intéressé.

« Je sais que même en marquant plus de buts, c’est assez compliqué en Autriche d’être reconnu. »

Jonathan Soriano se plait dans sa nouvelle vie de Goaleador autrichien. Malgré des intérêts prononcés du Milan AC, Naples et Leverkusen, le Catalan a privilégié la stabilité en restant pour une nouvelle saison dans la quatrième ville du pays. Il est conscient que son cas est atypique dans le monde du football d’aujourd’hui « Le fait d’être ici rend les choses plus compliquées. C’est un championnat différent du championnat français, anglais ou espagnol. Nous savons que même en marquant plus de buts, c’est assez compliqué en Autriche d’être reconnu, mais c’est comme ça, on est au courant. » Une reconnaissance tout de même, celle de la Fifa en 2014, qui l’avait retenu dans la liste des quarante meilleurs joueurs européens de l’année.

Un profil devenu rare au XXIème siècle

Dans ce monde du football business où l’argent va plus vite que la Bourse de Wall Street, Jonathan Soriano est un oiseau rare. L’Espagnol, 30 ans aujourd’hui, aurait pu céder aux nombreuses propositions vues précédemment, mais aussi aux pays du Golfe. Pisté par des clubs basés au Qatar, en Arabie Saoudite et à Oman, l’attaquant du Red Bull n’a pas voulu quadrupler voire quintupler son salaire en dépit des joies du terrain. Il a notamment déclaré dans un journal local : « On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve mais pour ma famille, l’Autriche c’est la stabilité assurée. Je préfère continuer ici qu’entraver ma carrière avec une nouvelle aventure malheureuse. »

« Il se met constamment au service du collectif. Au-delà de ses statistiques, c’est un modèle pour tout le club et les supporters. » Déclarait son entraîneur, Oscar Garcia.

Depuis deux saisons maintenant, Jonathan Soriano a hérité du brassard de capitaine. Une responsabilité supplémentaire qui lui convient parfaitement. Avec la politique de transfert du Red Bull, où l’effectif est de plus en plus rajeuni chaque année, le canonnier espagnol apparaît comme une sorte de grand sage, ou de modèle sur qui se reposer. En Autriche il évolue depuis plusieurs saisons dans un 4-4-2 où il aime tourner autour de l’autre attaquant qui occupe le poste de pointe. Que ce soit avec Alan, Sabizer ou plus dorénavant Prevljak, une complicité s’est toujours formée. Une adaptation rare qui témoigne de son grand professionnalisme.

© Dean Mouhtaropoulos/Getty Images

© Dean Mouhtaropoulos/Getty Images

Il rêve toujours de la sélection nationale…

Si cette saison le canonnier ibérique n’a pas réitéré son impressionnant ratio de 2013 à 2015, il n’en reste pas moins précieux avec déjà 24 buts aux deux tiers de la saison. Son club a plus que besoin de lui dans la conquête d’un dixième titre de Bundesliga, alors que le Rapid Wien reste plus que jamais au coude-à-coude. S’il s’est vite assimilé à la vie autrichienne, entre l’air pur des montagnes et la douce odeur des Wiener Schnitzel, Soriano ne perd pas de vue la sélection espagnole. Il considère cette dernière comme l’objectif ultime de sa carrière.

« Je dois accepter les décisions de Vicente Del Bosque, évoluer dans un championnat mineur ne plaide pas en ma faveur. » 

Aujourd’hui dépassé dans la hiérarchie par Morata, Aduriz, Diego Costa et Paco Alcacer. Jonathan Soriano semble presque s’être fait une raison. Il a récemment avoué qu’il s’était renseigné pour obtenir la nationalité autrichienne. Son objectif était d’accéder à cette sélection, qualifiée pour l’Euro 2016, mais la FIFA lui a signifié un refus catégorique, en raison de ses capes avec l’Espagne en U-21. Une preuve de plus qu’une certaine malédiction semble peser sur lui, et qu’il est bien passé à côté d’une carrière monstrueuse. Et ça la FIFA peut le certifier…

Adrien Mathieu / Citations tirées du quotidien catalan Ara


Image à la une: © Dean Mouhtaropoulos/Getty Images

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A propos de l'auteur

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Étudiant en journalisme à l'IJBA de Bordeaux. Passionné par le pays du Tyrol, de l'escalope, de Natascha Kampush et du Prater. Vous l'avez compris, la Bundesliga autrichienne, c'est mon dada. Également auteur du FootballskiTrip en Ukraine.

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