Natif de Strasbourg et formé à Nancy, Jérémy Malherbe a pas mal voyagé durant sa carrière avant de poser ses valises en Grèce, à l’été dernier, dans l’un des clubs les plus historiques du pays : le Panionios. L’occasion de retracer une carrière déjà bien riche à 28 ans, entre Écosse, Biélorussie, les Alpes et donc Athènes.

Pour retracer un peu les débuts de ton parcours, tu es donc né à Strasbourg…

C’est ça. Après, quand j’ai commencé à jouer au foot, je n’étais pas à Strasbourg mais à Vesoul, car mes parents ont déménagé là-bas quand j’étais plus jeune. À l’âge de 6-7 ans j’ai démarré, directement gardien de but. À 15 ans, j’ai signé au centre de formation de l’AS Nancy-Lorraine.

Comment s’est faite cette arrivée à Nancy ?

Ce n’est pas qu’ils m’observaient mais j’ai fait plusieurs essais, comme des détections à Sochaux, Strasbourg, Auxerre, Toulouse et donc Nancy. Suite à ça, ils ont trouvé mon profil intéressant, et j’y suis retourné pour deux ou trois jours d’entraînement au centre de formation. Puis derrière, j’ai signé.

Quel souvenir gardes-tu de ce passage ?

Ça reste un bon souvenir. On a gagné le championnat en 16 ans Nationaux. Les deux dernières années ont été un petit peu moins bonnes, car le directeur du centre du formation est très spécial. On aurait cru que c’était un peu l’armée (rires). Au niveau des gardiens, c’était un peu bouché pour moi donc je n’ai pas signé professionnel là-bas et j’ai paraphé un contrat stagiaire pro à Grenoble, en 2010. J’ai intégré le groupe Ligue 2.

Ne pas signer pro à Nancy, c’était un regret ?

Oui, bien sûr. Mais par rapport à la situation qu’il y avait… Il y avait cinq gardiens pro, dont deux qui n’étaient jamais dans le groupe pro, et un autre qui était prêté. C’était vraiment compliqué à cette époque. Donc le fait de partir m’a permis de découvrir le monde pro à Grenoble, parce que quand j’étais à Nancy, je suis allé jusqu’à la réserve, en CFA. À Grenoble, j’ai progressé et passé un palier.

Comment s’est déroulée ton arrivée au GF38 ?

Quand je suis parti de Nancy, j’ai fait un essai de quelques jours à Grenoble. J’avais Grenoble, mais aussi Clermont-Ferrand, et surtout Strasbourg, qui venait de descendre en National. Moi qui suis originaire de la ville, forcément ça m’avait plu. Mais le club avait de grosses difficultés à ce moment-là et le projet de Grenoble, en Ligue 2 avec un contrat stagiaire pro, était plus intéressant sportivement.

Tu y es resté un an, avec une entrée en Ligue 2 à la clé.

C’est ça. J’ai fait la reprise avec la réserve et un mois après, j’ai intégré le groupe pro. Ça s’est bien passé, et j’ai tout de suite été dans le groupe. Il y avait quelques blessures avec Jody Viviani et Brice Maubleu, qui est encore au club. J’ai fait ma première entrée en pro avec Grenoble, mais le week-end d’après, il y avait une trêve internationale donc le gardien est revenu et je n’ai pas continué à jouer. Mais c’était une bonne expérience. Après, la saison d’après, le club a déposé le bilan, malheureusement. Et je ne suis pas resté, c’était compliqué.

© Facebook – ФК Динамо Брест / FC Dynamo Brest

Ce fut dur à vivre ce dépôt de bilan ?

Le problème, c’est que j’aurais bien voulu continuer. C’était un club que j’appréciais et que j’apprécie toujours. Avec les entraîneurs, ça se passait bien. Le club comptait sur moi pour la saison d’après donc c’était l’objectif de rester. J’avais eu quelques touches avec Nice ou le Stade de Reims, qui me suivait à l’époque. Après Grenoble, je vais à Gap, qui devait jouer en National. Mais le club a été rétrogradé en CFA quand j’ai signé. J’y ai joué six mois, avant que Gap ne dépose le bilan.

Tu t’es dit que tu étais un peu maudit avec ce deuxième dépôt de bilan, non ?

Ouais, un peu un manque de chance. Mais ce sont des choses qui font partie du sport. Ces dernières années, pas mal de clubs ont déposé le bilan. La DNCG est un peu plus stricte. Mais comme j’avais le Stade de Reims qui me suivait l’année d’avant, je suis parti m’y entraîner à partir du mois de février après le dépôt de bilan à Gap, et j’ai signé trois ans en fin d’année, quand le club est monté en Ligue 1.

Comment se sont passés ces trois ans, où tu as essentiellement évolué avec la réserve ?

J’ai fait quelques apparitions dans le groupe professionnel, avec notamment Koffi Agassa. C’était une bonne expérience là-bas.

Quand tu es parti en D2 belge après Reims, tu avais l’envie de jouer ?

À Reims, j’ai été avec des gardiens d’expérience, comme Agassa, Liébus ou Placide. Mais c’est surtout aux côtés d’Agassa que j’ai appris, que j’ai su comment agir et m’entraîner comme un professionnel. J’ai appris beaucoup de choses, et le fait de partir en D2 belge, ça m’a permis de jouer et de retranscrire ce que j’avais appris sur le terrain.

C’était ta première vraie saison pleine ?

Oui. C’était important de jouer. Ça reste une bonne expérience, mais je n’avais signé qu’une année là-bas, et j’avais eu un petit malentendu avec le directeur sportif de l’époque, donc je ne suis pas resté là-bas, avant de rester six mois sans club avant de signer au Dynamo Brest.

Cette période sans club, comment tu l’as vécue ?

Pendant un mois, un mois et demi, j’étais avec l’UNFP pour m’entretenir mais aussi faire des matchs amicaux avec eux. Ensuite, le Racing Club de Strasbourg, via sa réserve et François Keller, m’a permis de m’entraîner au quotidien, en faisant du bon boulot pour me permettre de continuer à garder le rythme.

La Biélorussie, ce fut l’une de mes meilleures expériences sportives

Quand l’offre biélorusse s’est présentée, tu as réagi comment ?

C’était un projet avec un club qui cherchait vraiment à se construire, et devenir un des gros de la Biélorussie pour lutter avec le BATE Borisov et le Dinamo Minsk. Du coup, j’ai trouvé le projet intéressant. Je suis allé là-bas en janvier pendant une semaine, pour voir les installations et tout. Je ne te cache pas que c’était un peu compliqué, parce qu’en plein hiver, les températures sont de -20°, donc ça surprend (rires). Mais j’ai fait le choix, j’ai tenté l’aventure. Ce fut l’une de mes meilleures expériences sportives. C’était une belle aventure, en gagnant la Coupe de Biélorussie et en faisant un petit parcours qualificatif en Europa League.

Les premiers jours, quand tu as débarqué, tu ne t’es pas demandé ce que tu faisais là ?

Bien sûr ! Parce que c’est un pays qui est plus en retard par rapport à l’Europe Occidentale. Les températures sont fraîches, la culture est différente. Mais ça a été une bonne surprise.

Il y avait Junior Etoundi, un autre Français, avec toi. C’était important d’avoir un compatriote avec soi ?

On était très souvent ensemble. On va dire que je l’ai un peu plus aidé par rapport à son adaptation, car j’avais un peu plus d’expérience vu que j’étais déjà parti de la France. Lui, c’était sa première fois à l’étranger. C’est vrai que c’est toujours bien d’avoir une personne qui parle la même langue.

Tu évoquais la Coupe, et la victoire. Quel souvenir en gardes-tu ?

Ça reste mon plus beau souvenir sportif. C’est mon premier trophée, et mes parents étaient venus pour cette finale. En plus de l’avoir remportée, j’étais un peu le sauveur, puisque j’arrête le penalty à la fin. Forcément, ça a été vu d’un très bon œil, et les supporters m’ont de suite adulé, parce que ça faisait plus de dix ans qu’ils n’avaient rien remporté je crois. C’est vraiment une belle chose.

Avec le recul, quelle est ton opinion sur le projet du club ?

C’est un club qui investit beaucoup, et qui continue à progresser au fil des saisons. Quand je suis arrivé, le club était dans sa première année avec un président qui investissait beaucoup. Ils misent plus sur les joueurs locaux, ceux qui peuvent intégrer l’équipe nationale ou ceux qui y jouent déjà. Donc le club continue d’avancer, et je pense qu’il peut rivaliser avec le BATE Borisov.

Concernant la qualité de vie, la Biélorussie ça donne quoi ?

C’est un pays qui est un petit peu en retard par rapport à la France, s’il faut comparer, mais ça reste quand même sympa. J’y ai trouvé des personnes très gentilles, qui m’ont beaucoup aidé. L’hiver, forcément, il fait froid, mais c’est agréable l’été, avec des bonnes températures.

Pourquoi tu es parti, alors que tout semblait bien se passer ?

Il y a eu une nouvelle politique dans le club, à savoir de faire jouer des joueurs locaux. Là-bas, tu ne peux faire jouer que cinq joueurs étrangers par match. Et on était beaucoup d’étrangers, donc le club a voulu nous faire partir.

Ça n’a pas été trop dur de se retrouver sans club après une telle expérience ?

Ça a été dur de partir, parce que j’aimais le club et je m’y sentais bien. Mais ça n’a pas été dur de retrouver un club, parce que tout de suite après, j’ai signé à Dundee, en Écosse, au moins de janvier. Ça m’a laissé un goût amer, parce que le club était un peu en difficulté, et je n’ai jamais eu ma chance, alors que j’aurais très bien pu la saisir parce que le gardien qui jouait n’était pas très performant et le club a eu du mal à se maintenir en fin de saison. J’ai attendu ma chance, et malheureusement, je ne l’ai jamais eue. Il y a beaucoup de choses que je n’ai pas comprises.

© Facebook – ФК Динамо Брест / FC Dynamo Brest

Quand on est gardien, est-ce plus dur de rebondir vu la complexité du poste ?

C’est dur, mais il faut avoir une chance. Et quand on ne l’a pas, c’est difficile de montrer quoi que ce soit.

Venons-en à la Grèce : comment débarques-tu au Panionios à l’été dernier ?

Ils m’ont contacté lorsque j’étais en vacances du côté de Bali. Ça s’est fait rapidement et dès que je suis rentré de vacances, je suis venu ici en Grèce, à Athènes, pour rencontrer les dirigeants. L’arrivée de José Anigo était déjà pressentie, vu que le club s’était mis d’accord avec lui. Il a donné son accord pour me faire venir parce que le gardien qui jouait l’année dernière et qui est toujours au club, Matic Kotnik, était sur le départ. Sauf qu’il est resté au club.

J’ai quand même signé pour deux saisons, et j’étais content de venir ici avec un coach français de renom. J’ai commencé la préparation, tout s’est bien passé vu que je jouais. Mais j’ai eu une grave blessure, avec une double fracture au visage, notamment à la pommette. Ça m’a éloigné des terrains pendant deux-trois mois, ce qui m’a fait louper la fin de la préparation et les premiers matchs de championnat. Ça m’a handicapé pour la suite.

Tu parlais de José Anigo. Quels étaient tes rapports avec lui lorsqu’il était en place ?

Quand j’ai signé, ça a pesé dans la balance. J’avais entendu parler de la Grèce, du fait qu’il y avait des petits soucis sur les salaires avec des retards de paiement, et je me suis dit que j’avais besoin de jouer, donc avec un coach français, ça me permettait d’avoir peut-être un bon relationnel et d’avoir du temps de jeu.

La situation des gardiens n’a-t-elle pas été frustrante pour toi, avec Kotnik qui reste et l’arrivée en prêt de Manojlovic ?

Quand je suis arrivé, le gardien était en partance. Il n’a même pas fait la préparation en juillet et en août. C’est même moi qui l’aie commencée, puisque je jouais. Malheureusement, à cause de ma blessure, j’ai été éloigné pendant une bonne période, et lui est revenu. Ils ont aussi recruté Manojlovic en prêt de Getafe. Dans le football, c’est comme ça. On ne peut pas promettre de poste. De mon côté, j’ai toujours voulu jouer, mais avec les blessures, les circonstances, tu ne peux pas toujours le faire.

© Facebook – ФК Динамо Брест / FC Dynamo Brest

Concernant le club, tu savais que c’était une des formations historiques en Grèce ?

Bien sûr. J’avais un ancien collègue, David Ngog, qui jouait à Reims et qui y avait fait un passage. J’avais entendu parler du club, qu’il était l’un des plus historiques en Grèce et qui avait un passé en Coupe d’Europe. Pour moi, ça semblait intéressant de venir ici par rapport à tout ça.

Après la Biélorussie et l’Écosse, qu’as-tu trouvé de différent en Grèce ?

C’est différent. C’est beaucoup plus agréable de venir jouer ici. Il y a la mer, la météo est beaucoup plus douce. L’Écosse et la Biélorussie, c’est l’inverse. En Écosse, il faisait nuit à trois heures de l’après-midi, c’est souvent pluvieux, avec du vent…

Le départ de José Anigo a été un peu surprenant, sans qu’il ait trop le temps de mettre des choses en place…

On a été tous surpris, parce qu’on avait de bons résultats à l’époque, même s’il part après une défaite 4-1 à Larissa. D’après ce que j’ai compris, ça n’a rien à voir avec ce match. Le départ est suite à un désaccord avec la direction. Il faut savoir qu’il y a des choses pas forcément faciles à gérer suite aux paiements. C’est surtout par rapport à un souci avec la direction qu’il est parti.

Le club a quelques soucis financiers, notamment en vue de la saison prochaine. Comment ça se passe à ce niveau ?

Il y avait du retard au début de l’année 2019 par rapport aux derniers mois de 2018. De mon côté, j’ai réussi à régulariser ma situation. Mais ce n’est pas le cas de tous. Globalement, ils sont réglos. Il y a eu de retard, je te l’accorde mais ma situation a été réglée et on va voir comment ça va se passer sur la fin de saison. On ne parle pas trop de ça avec les autres joueurs, plutôt entre Français, vu qu’on est pas mal dans l’équipe. Par rapport à cette situation-là, c’est plutôt avec le capitaine Korbos qu’on en parle.

D’un point de vue personnel, cela fait quelques matchs que tu es titulaire. Ce moment, tu l’attendais forcément non ?

J’attendais ce moment, oui, et depuis longtemps. Depuis mon retour de blessure en octobre-novembre, j’étais déjà revenu à un très bon niveau aux entraînements. Le coach Anigo était très satisfait de moi avant qu’il parte, et il m’a dit d’être patient parce que j’aurais ma chance. Malheureusement, la semaine suivante, il est parti et j’ai été un peu déçu. En début janvier, pareil, je n’étais pas trop utilisé, et une blessure à la cuisse m’a éloigné des terrains pendant un mois. Dès que je suis revenu, j’ai été réintégré dans le groupe et avec les blessures et les méformes, j’ai eu une chance. J’ai essayé de donner le meilleur de moi-même. C’était agréable de pouvoir retrouver les terrains. On était dans une situation pas forcément facile il y a un mois et demi et là, on s’est sauvés en se retrouvant à la sixième place. Donc c’est tout bénef’ pour moi et l’équipe.

Qu’as-tu pensé du niveau de ce championnat grec ?

C’est un championnat d’un bon niveau. Mais je pense qu’il a perdu en valeur par rapport à il y a dix ans, quand la crise n’était pas encore passée. On parlait beaucoup plus du Panathinaïkos, de l’Olympiakos… Malheureusement, quelques clubs ont perdu par rapport à tout ça. Et le niveau ici reste encore à perfectionner. Si on veut parler d’une D1, il faut que le championnat soit encore plus homogène jusqu’en bas du classement.

Est-ce que tu te projettes sur la saison prochaine, déjà ?

À l’heure actuelle, il me reste une année de contrat. J’ai envie de continuer à jouer, bien sûr. Si je peux rester ici, dans les conditions actuelles, bien sûr que je le ferai. Après, dans le foot, on ne sait pas ce qu’il peut se passer, comme j’ai pu le voir cette saison : j’étais blessé, puis un peu au placard, et je me retrouve à jouer. Si je peux continuer à jouer l’année prochaine, je ne dirai pas non !

Au Panionios, Fiorin Durmishaj a animé les débats récemment, en choisissant la Grèce par rapport à l’Albanie. Tu en penses quoi de ce joueur ?

C’est un bon joueur. Il a le niveau pour intégrer la sélection grecque, et peut-être un plus grand club ici. Après, il doit encore se perfectionner, comme tout le monde, parce qu’il est encore jeune. Il a un bel avenir s’il continue à bosser comme il le fait.

Pour finir, as-tu vécu une anecdote un peu marquante depuis que tu es en Grèce ?

Tous les week-ends, on a des anecdotes. Je n’étais pas dans le groupe à ce moment-là, mais le match de Coupe qu’on joue au PAOK, en quart de finale, on était à 2-2 en prolongations en étant qualifié. Le PAOK est revenu dans les trois dernières minutes de la prolongation avec un penalty et un but à la dernière minute. C’était un match un peu fou, puisqu’on est passé par toutes les émotions. C’était dommage, parce que je pense qu’on était sur une bonne dynamique, et après ça, on a perdu un peu confiance en nous. Sur ce match, je pense que le PAOK a été favorisé…

Martial Debeaux


Image à la une : © Facebook – ФК Динамо Брест / FC Dynamo Brest

On a discuté avec Jérémy Malherbe, gardien du Panionios
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1 Comment

  1. Avatar Tom du 67 8 mai 2019 at 13 h 51 min

    Chouette le maillot de gardien … avec le numéro 67 ! Un beau clin d oeil à son departement natal !

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